EFFETS DE LA SUPPRESSION DES PÉAGES
rien du trafic des produits pondéreux, qu'elle revendique eomme son bien propre.
Mais ce n'est pas cette distinction légitime, fondée sur la nature du trafic, qui a été faite ; c'est une distinction toute autre, et inexplicable, entre les diverses régions de la France. Là où ilexiste des voies navigables, on a supprimé tout péage, même sur les marchandises riches ; là où il n'existe que des chemins de fer, on laisse subsister les péages, même sur les marchandises pauvres. Or, les voies navigables ne desservent que certaines parties du territoire, et même dans les régions où il en existe, elles ne constituent pas un réseau assez serré pour que la majeure partie de la population puisse en profiter; dès lors, en mettant ces voies gratuitement à la disposition de certains privilégiés, on leur fait une véritable faveur, et on étend cette faveur même^aux transports de grande valeur pour lesquels elle est absolument injustifiable.
Il en résulte naturellement que les populations qui ne sont pas dans le voisinage de ces voies favorisées demandent instemment à en être dotées, et qu'on est conduit à créer ou à transformer à grands frais, dans des régions déjà très bien desservies par les chemins de fer, des voies sur lesquelles le prix de revient des transports restera plus élevé que sur -ceux-ci, simplement pour n'y pas percevoir de péage. Mais, du moment où ce n'est pas lasupériorité de la voie en elle-même, où c'est seulement la législation à laquelle elle est soumise qui établit une différence, il n'y a pas, à priori, de raison pour ne pas obtenir les mêmes résultats au moyen des chemins de fer. Il en coûterait moins cher de cesser de percevoir le péage sur la voie de communication existante, que de construire une autre voie exemptée de ce droit, à l'effet d'obliger la première à le supprimer. Il est vrai qu'en général, les chemins de fer sont concédés, et qu'il ne dépend pas des pouvoirs publics d'y supprimer le péage ; mais le rachat de ce péage coûterait souvent moins cher que la construction d'une voie
concurrente. Moyennant les 25.000 francs, par an et par kilomètre de distance réelle, que représentent les intérêts du capital et Tentretien des travaux de la Seine, la compagnie de rOuest aurait fait des abaissements deprixaumoins'égaux à ceux que procure la navigation, et elle aurait encore trouvé, sur les transports qui lui ont été enlevés et qu'elle n'aurait pas perdus, un bénéfice suffisant pour alléger, dans une tn»;» large mesure, les charges incombant à TÉtat par le jeu de la garantie d'intérêts.
L'idée d'une pareille combinaison paraît inadmissible, et toute la France n'aurait pas manqué de protester, si les pouvoirs publics s'étaient avisés de faire un tel sacrifice, pour abaisser le prix des transports sur la seule ligne de Paris h Rouen. Pourtant, c'est à cela que revient la création de voies navigables sans péage. Aucun budget ne suffirait à doter le territoire entier de la France d'un réseau de canaux doublant tous les chemins de fer. Mais du moment où la navigation ne peut exister que sur un petit nombre de directions, elle crée, pour ces directions, un avantage considérable par rapport à celles qui n'ont que des chemins de fer, puisqu'il se trouve, à la fois, que les régions ainsi desservies sont dotées d'une voie exempte de péage, et que de plus, par une conséquence indirecte de ce premier privilège, ces régions profitent d'un abaissement considérable dans les péages perçus par le chemin de fer.
11 est vrai que, parfois, tout en exemptant la navigation de péages, on interdit aux chemins de fer, sous prétexte d'égalité, de réaliser les abaissements nécessaires pour retenir le trafic ; mais c'est là une politique de tout point injustifiable. En efl'et, on ne peut espjrer voir les compagnies, qui ont lie lourdes charges de capitaux à rémunérer, abaisser sur toutes les lignes leurs tarifs au niveau des prix d'une navigation exempte de tout péage; dés lors, quand on leur interdit de réduire leurs taxes sur les points concurrencés,