CHAPITRE PREMIER
La facilité des communicatioDS est une des conditions essentielles du développement de la civilisation, aussi bien que dn progrès matériel des sociétés. La découverte de la boussole, qui a permis aux navigateurs de la fin du xv*^ siècle de franchir l'immensité des océans, l'emploi de la vapeur, qui, au cours du XIX® siècle, a réduit dans des proportions invraisemblables le coût et la durée des transports sur terre et sur mer, doivent figurer parmi les facteurs essentiels des transformations sociales les plus profondes qui se soient produites, et n'ont pas eu de moindres conséquences que l'invasion des Barbares ou la découverte derimprimerie. Si, en particulier, notre siècle, à travers des crises souvent douloureuses, a réalisé des progrès économiques sans précédents, et qui ne paraissent pas encore arrivés à leur terme, c'est en grande partie à la facilité prodigieusement accrue du mouvement des hommes et des choses que ces résultats sont dus. Dans la vie privée de chacun de nous, comme dans les combinaisons politiques et militaires des gouvernements, dans l'éducation de la jeunesse ou les distractions de Tâge mûr, comme dans les spéculations de l'industriel et du commerçant, l'organisation et le
prix des transports, à grande et à petite distance, jouent un rôle capital et doivent sans cesse être pris en considération. A l'origine des sociétés ou dans les pays barbares, les hommes ou les animaux qui portaient les fardeaux suivaient des pistes à peines frayées, et les radeaux ne flottaient que sur les rivières naturellement navigables. Mais, à mesure que la civilisation a progressé, tout un réseau de voies de communication, créées ou transformées par Thomme, a été ouvert. La conservation et l'extension de ce réseau est Tune des missions essentielles des pouvoirs publics, en môme temps que l'une des principales charges des contribuables, et c'est, en premier lieu, de sa situation et de son régime que dépendent la vitesse et le prix des transports. Avant donc d'aborder l'étude particulière de chaque espèce de transports, nous devons résumer très brièvement les principes généraux qui président à l'établissement, à l'entretien et à la gestion des voies de communication, notamment au point de vue des rapports du public avec l'administration qui en est chargée.
I. — Du domaine public et de ses divisions. — Dans les temps modernes, nous rencontrons quatre modes principaux de transport pour les personnes et les marchandises : les voitures ou charrettes, les bateaux servant à la navigation intérieure, ceux qui servent à la navigation maritime, enfin les trains de chemins de fer. A chacune de ces classes de véhicules répond un réseau particulier dévoies de communication.
Les routes, les chemins et les rues donnent passage aux voitures et aux charrettes.
Les bateaux employés aux transports intérieurs circulent soit sur les fleuves et rivières naturellement navigables, soit sur les cours d'eau rendus navigables par des travaux de redressement, de régularisation ou même de canalisation, soit enfin sur les canaux établis entièrement par la main des hommes.