CONCURRENCE DES PORTS ÉTRANGERS
lève des augmentations de 50 à 100 pour 100 et même davantage|dansles pays et dans les ports rivaux. Il serait très imprudent, dans cette situation, de rendre nos ports plus coûteux.
Il est vrai que, pour l'importation, en France, des produits d^origine extra-européenne, nos ports sont protégés par la mrtaxe (T entrepôt ; un droit de douane supplémentaire frappe ces produits, lorsque, au lieu d'être importés directement du pays d'origine, ils ont été expédiés d'abord sur un port étranger d'Europe, et introduits de là en France. Cette surtaxe atteint le chiffre assez important de 36 francs par tonne eu général; elle s'élève, pour certains produits, jusqu'à 400 francs, 600 francs ou môme 1.000 francs par tonne (épices, thés, étoffes de soie); seuls, les cotons des Indes et les laines d'Australie, pour lesquels il n'existe pas jusqu'ici de marché important en France, en sont exemptés. Même certaines matières premières d'origine européenne, lorsqu'elles ne sontpas importées directement des pays de production, sont frappées de surtaxes, variant de 10 à 36 francs par tonne. Mais la surtaxe d'entrepôt ne protège nos ports ni pour l'importation de la plupart des produits européens, ni pour Téxportation. En fût-il autrement, si l'on abusait des avantages qu'elle donne, pour accroître outre mesure les taxes dans nos ports, on grèvai'ait les matières premières nécessaires à notre industrie, dans une mesure qui lui serait très préjudiciable dans sa lutte contre l'étranger.
Nous ne pouvons donc pas augmenter, pour nos grands ports, les droits de navigation dans la mesure où l'a fait l'Angleterre, à qui sa situation insulaire, sa puissance coloniale et son développement industriel assurent la possession d'un trafic maritime incomparable. A tort ou à raison, nos voisins agissent autrement, et nous ne pouvons pas imposer au Havre, à Dunkerque ou à Marseille des charges que ne supportent pas Anvers, Rotterdam, Hambourg et Gènes.
Mais, si l'État est obligé, par des raisons de concurrence
internationale, de subventionner les grands établissements maritimes, est-il possible qu'il abandonne à leurs seules ressources les ports secondaires, à qui leui's puissants voisins enlèveraient alors tout le traflc, au moyen des ressources fournies par le budget? On ne peut guère l'admettre, et du momenf où le Trésor public subventionne les uns, il ne peut se dispenser de concourir aussi au déveloj^pement des autres, dans la mesure de leur importance.
Les difficultés auxquelles donne lieu la coexistence d'établissements maritimes vivant de leurs propres ressources et d'autres alimentées parles ressources de l'impôt, ont apparu avét éviiience, à Marseille, dans ces dernières années, lorsque la Chambre de commerce a installé sur les quais publics un outillage très complet. La Compagnie des Docks s'était opposée à cet outillage, prétendant, à tort, avoir un monopole qu'aucun texte ne lui conférait. Mais, quand elle réclamait, au nom de l'équité, contre la concurrence qui lui était faite par l'exploitation de bassins construits entièrement aux frais de l'État, tandis qu'elle avait fourni et qu'elle devait rémunérer une partie du capital d'établissement de ceux qu'elle occupe, il était difficile de contester que sa réclamation eût quelque chose de fondé ; et, quand une taxe de tonnage, frappant même les navires qui pénétraient dans ses bassins, a été établie pour subvenir aux frais de l'outillage des bassins rivaux, on ne pouvait nier que l'État, en autorisant cette taxe, fût allé à l'extrême limite de ses droits. On a pu voir, h cette occasion, les difficultés auxquelles donnerait naissance la juxtaposition d'entreprises indépendantes vivant de leurs propres ressources, et d'autres dont l'État supporterait les frais.
Ajoutons que tout système de taxes exclusivement locales a pour conséquence l'autonomie locale. En laissant aux Chambres de commerce le soin de trouver des ressources, il faudrait leur laisser également la libre disposition des