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CONCURRENCE AVEC LE CABOTAGE

Au point de vue des prix de revient, la situation respective du chemin de fer et de la navigation maritime varie avec la distance, mais dans un sens exactement inverse à celui que nous avons constaté pour la batellerie. Nous avons dit en efl'et que les prix de transport par mer sont très loin de croître en proportion de la longueur des trajets. Pour les parcours très petits, le cabotage est beaucoup plus cher que le chemin de fer. Il ne peut donc entrer en lutte que s'il a l'avantage de la distance, comme cela arrive aux environs des estuaires où le chemin de fer fait des détours considérables. Ainsi, entre Caen et le Havre, tandis qu'il n'y a pas par mer 50 kilomètres, le trajet par la voie ferrée, qui va passer la Seine à Rouen, a une longueur de 240 kilomètres. Les cas exceptionnels de ce genre sont les seuls où il puisse y avoir lutte, pour les petits parcours, quand ils ne peuvent être effectués que par des bateaux capables de tenir la mer. Cependant, l'emploi des chalands remorqués, permettant d'utiliser la traction à vapeur sans immobiliser le moteur et son personnel pendant le séjour dans les ports, pourrait bien modifier d'ici peu la situation à cet égard au profit de la voie de mer.

Dès qu'il s'agit de transports un peu longs, les prix par mer descendent à des chiffres comparables au prix de revient des transports par chemin de fer pour le même trajet. Malgré l'obligation de doubler la pointe de Bretagne, le cabotage entre Rouen et Bordeaux descend à des prix qui, pour le trajet par rails, long de 700 kilomètres, répondraient à des bases de 1 centime ou 1 c. o. Entre Marseille et le Havre ou Dunkerque, le détour à faire par Gibraltar rend la situation de la navigation maritime moins favorable; sans descendre au-dessous de 2 centimes, pour des parcoursde 1.089 et de 1.157 kilomètres, le chemin de fer arriverait à des prix voisins de ceux de la voir d'eau pour les marchandises de valeur moyenne.

Ces réductions ne seraient pas inabordables pour lui; mais, par la soudure et la clause des stations intermédiaires, elles CoLSuN. — Transports et Tarifs. 43

67 '< TAHIFS DES CHEMINS DE l'EH ET TRAMWAYS FRANÇAIS

réagiraient sur tout le trafic intérieur, en sorte que, le plus souvent, le chemin de fer n'a pas d'intérêt à engager la lutte. Il en a d'autant moins que les échanges entre les points situés sur le littoral même ne sont pas très actifs; de plus, le cabotage se prête moins encore que la navigation intérieure aux expéditions de détail, quand il n'existe pas de service régulier, en sorte que le champ de la concurrence qu'il peut faire aux chemins de fer, pour les points qu'il dessert directement, n'est pas très étendu. Les cas où cette concurrence a exercé une influence réelle sur les tarifs sont donc assez rares en France. Si le chemin de fer n'a pas intérêt à engager la lutte contre le cabotage entre ports français, elle lui est tout à fait impossible dès qu'il s'agit de tnmsporls internalionaux à longue dislance. Bien que la navigation maritime ait alors à supporter certains péages dans les ports, comme ses prix n'augmentent que dans une faible mesure quand la distance double ou triple, sa supériorité devient vite incontestable. Jamais les chemins de fer n'ont eu la prétention de lui disputer les transports entre nos côtes delà Manche, par exemple, et celles de l'Espagne ou de l'Italie, car, pour oflrir des prix égaux, ils devraient descendre à des bases inférieures à 1 centime. On a beaucoup parlé, lors du percement du Saint-Gothard, du transit entre Anvers et l'Italie, voire entre l'Angleterre et les Indes, qui allait nous être enlevé par cette voie nouvelle. La vérité, c'est que ce transit n'existe que pour la grande vitesse, car tous les autres transports se font par mer. Les tunnels du Sainl-Gothard et du Simplon ont sans doute porté préjudice à la France, en permettant aux produits allemands d'aller lui faire concurrence sur le marché italien, en étendant la zone suisse desservie par (iènes et en ouvrant une voie nouvelle aux touristes ; ils ne nous ont pas enlevé un transit de grosses marchandises que jamais nous n'avons possédé.

Maii^^f si le chemin de fer ne peut disputer à la voie maritime

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