CONCURRENCE AVEC LE CABOTAGE
les échanges de purl à port, il n'en est pas de même pour les échanijes entre les points intérieurs voisins de bi côte, et là, il y a efrectivement conciiiTcnce. A mesure; que l'on envisage des lieux dexpûdiliunou de destination plus éloignés des ports, le parcours à faire entre eux et le point d'embarquement ou de débarquement augmente, et par suite les frais de transport qui s'ajoutent au fret, quand on veut prendre la voie maritime, vont on croissant; en même temps, la distance par toute voie ferrée diminue, et un moment arrive où le chemin de fer peut engager la lutte sans s'imposer trop de sacrifices.
On en trouve un exemple dans les transports de vins du Midi sur Paris. Les deux grands centres du commerce viticole, lîordeaux et Cette, peuvent communiquer par mer avec Rouen et le Havre. Pour le trafic local entre ces ports, la lutte n'est guère possible ; mais pour les transports sur Paris, elle peut au contraire être tentée avec succès.
Il y a quelques années, les tarifs du chemin de fer, pour les vins, étaient de 30 fr. 70 de Cette à Paris (780 kilomètres) et de 37 francs de Bordeaux (580 kilomètres) ; la navigation enlevait peu à peu la majeure partie du trafic. En 1803, les trois compagnies de P.-L.-M., du Midi et d'Orléans ont établi un barème à base extrêmement décroissante, de toutes leurs gares sur Paris; par cet abaissement, elles voulaient surtout faciliter l'accès direct du marché de Paris aux vignerons du Midi qui en avaient été presque complètement expulsés par la concurrence espagnole. De Cette à Paris, le barème donne un priv de 28 fr. 30 qui a suffi pour faire cesser complètement les transports par mer. De Bordeaux, le barème donnait un prix de 24 fr. 80; la réduction n'étant pas suffisante, la compagnie d'Orléans a établi un prix fcjrme de 18 francs pour les gi'osscs expéditions, qui lui a conservé une grande partie du trafic. Pour enrayer le transport par mer des petites expéditions adressées directement au consommateur, elle a institué plus récemment un prix de transport à domicile de 8 fr. 50 par futaille de
250 litres au plus, camionnage compris. La navigation fait cependant encore des transports assez importants, au prix de 12 francs, de Bordeaux à Paris-Bercy par Rouen et la Seine. Mais, si elle garde une fraction du trafic de Bordeaux même, elle a perdu presque toutes les expéditions faites directement des points intermédiaires, qui auraient à parcourir un certain trajet par voie ferrée pour aller s'embarquer.
La navigation détourne au contraire de leur itinéraire normal certains transports analogues, quand le chemin de fer ne les relient pas par des réductions de prix; elle transporte, de Rouen à Bordeaux, par exemple, des cotonnades à destination de tout le Sud-Ouest. On a souvent projeté l'organisation de services de bateaux allant directement de divers points de la côte jusqu'à Paris, qui pourraient enlever au chemin de fer des transports dont il a bénéficié jusqu'ici et que les obstacles auxquels se heurtent les abaissements de tarifs visant spécialement un trafic concurrencé Fempêcheraientpeut-étre de retenir.
Les tarifs des chemins de fer doivent encore s'adapter aux conditions de concurrence résultant du coût des transports maritimes dans le cas où divers ports se trouvent en concurrence pour desservir un même centre situé à r intérieur des terres dont ils sont à des distances inégales. Dans ce cas, si les voies ferrées qui relient ce centre aux ports rivaux n'appartiennent pas à une oième administration, chaque compagnie devient solidaire du port dont le développement lui amènera du trafic, et la lutte s'engage dans des conditions qui ressemblent beaucoup à celles qae nous venons d'étudier pour la concurrence entre voies intérieures. Toutefois, dans cette lutte, les considérations purement commerciales, l'initiative desarmateurs et des négociants de chaque port jouent un rôle considérable et amènent des résultats souvent très différents de ceux auxquels on s'attendrait, si l'on tenait compte uniquement des prix de transport.
D'abord, quand il s'agit de marchandises pour lesquelles il