ÉTENDUE DU RÉSEAU
Dans l'ensemble, le réseau actuel des voies classées dans le domaine public comprend 8.800 kilomètres de rivières navigables, 2.900 kilomètres de rivières flottables en trains et 5.000 kilomètres de canaux; mais, sur ces 16.700 kilomètres, 12.000 tout au plus donnent lieu à une navigation efl'ective et 6.000 kilomètres environ, constituant les lignes principales, reçoivent 96 0 0 du trafic. La longueur accessible aux péniches flamandes à pleine charge est de 4.900 kilomètres; elle a plus que triplé depuis trente ans.
Dans le total, la longueur des voies concédées entre pour 250 kilomètres, comprenant seulement deux lignes de quelque importance : 1" le canal de la Sambre à l'Oise (67 kilomètres), qui fera retour à l'Etat en 1937 ; 2" les canaux de la ville de Paris, c'est-à-dire les canaux Saint-Denis et Saint-Martin avec le bassin de la Villette (12 kilomètres), qui ont plutôt le caractère d'un port intérieur que celui d'une voie de circulation, et le canal de TOurcq (108 kilomètres), qui sert à Talimentation de la ville en eau autant qu'à la navigation.
Le montant total des capitaux dépensés par l'Etat pour la construction et l'amélioration de ces voies, de 1821 à 1906 inclus, s'élève à environ 1.500 millions, auxquels les dépenses faites pour le rachat des voies concédées ajouteraient une centaine de millions (1). La moitié environ de ces sommes a été dépensée au cours des trente dernières années.
(!) Ces chiffres ne concordent pas exaclcment avec les slatisliques officielles, d'après lesquelles ont été calculées les moyennes de dépenses annuelles données plus haut. Celles-ci comprennent en eil'et 125 millions imputés sur les crédits de la navifj;ation inlérieure, mais dépensés, en réalité, dans l'intérêt de la navigation maritime : 1° pour approfondir les estuaires de la Seine, de la Loire et do la Garonne, en vue de faciliter au\ navires de mer l'accès des ports de Rouen, deXanles et de Bordeaux; 2" pour construire les canaux maritimes de la Basse-Loire et de Saint-Louis. Nous les avons retranchés du total, mais nous y avons ajouté, au contraire, la dépense du canal de Tancarville, destiné à faciliter l'accès du port du Havre à la batellerie fluviale. Nous avons retranché, d'autre part, les dépenses faites avant 18*0 sur les voies cédées à rAUcmaLme.
La répartition des dépenses entre les diverses voies est très inégale. Les dépenses d'établissement faites sur les canaux du Nord, de l'Est et du Centre antérieurement au programme de 1879 pouvaient être évaluées, en moyenne, à 200.000 francs par kilomètre. Le réseau des lignes principales de Paris sur le Nord, sur la Belgique et sur l'Est, et du Nord sur l'Est, qui présente une étendue d'environ 1.400 kilomètres, qui recevait dès cette époque la moitié du trafic total de la navigation intérieure et qui depuis lors a reçu près de la moitié de son augmentation totale, a'fait face à cette augmentation avec de simples améliorations de détail, dont la dépense totale ne dépasse guère 80 millions. La Saône navigable et les deux lignes qui la relient à Paris, avec les embranchements sur Montlucon et Roanne^ forment un réseau d'étendue à peu près égale, dont le trafic est trois fois moindre et dont la transformation a absorbé près de 120 millions.
Les lignes neuves sont plus onéreuses. Le canal de l'Est, établi en partie en lit de rivière, n'a coûté, il est vrai, que 100 millions pour 432 kilomètres, soit 230.000 francs par kilomètre. Mais le canal de l'Oise à l'Aisne, long de 48 kilomètres, créé pour permettre à la batellerie qui circule entre les houillères du Nord et la région industrielle de l'Est d'éviter le passage en lit de rivière dans l'Aisne, a coûté 35 millions, soit 730.000 francs par kilomètre. Le canal de la Marne à la Saône, long de 150 kilomètres, était évalué primitivement 44 millions ; il en a coûté 86, soit 570.000 francs par kilomètre. L'évaluation du nouveau canal du Nord dépasse 600.000 fr. par kilomètre, et l'échec des premières adjudications porte à croire qu'elle sera insuffisante ; celle du canal de Marseille au Rhône atteint 71 millions pour 54 kilomètres, soit 1.320.000 fr. par kilomètre, en raison des dimensions plus grandes qu'il a fallu adopter pour livrer passage aux chalands du Rliône et de la nécessité de percer un tunnel de 7 kilomètres.
La dépense moyenne kilométrique, pour l'amélioration des
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voies navigables naturelles, paraîtrait devoir être moindre que la dépense d'établissement des canaux. Cependant, si nous prenons comme exemple les lignes les plus importantes, nous trouvons des chiffres comparables.
Sur le Rhône en aval de Lyon, on a exécuté des travaux ayant pour unique objet de concentrer les basses eaux dans un lit plus étroit et de régulariser leur écoulement au moyen d'épis transversaux. On est arrivé à obtenir^d'une manière à peu près continue, entre Lyon et Arles, le tirant d'eau de 1 m. 60 qui autrefois n'était guère réalisé que pendant 250 jours par an. On a dépensé ainsi 77 millions depuis 1860, pour obtenir une voie navigable encore très médiocre, sur une longueur de 335 kilomètres^ soit 230.000 francs par kilomètre.
Sur la Seine, la Marne, la Saône, on a exécuté des travaux de canalisation, consistant en construction de barrages mobiles qui empêchent le niveau des eaux de s'abaisser en étiageetqui s'effacent en temps de crue ; des écluses accolées aux barrages permettent aux bateaux de passer d'un bief à l'autre. On a obtenu ainsi un tirant d'eau absolument régulier, d'abord de 1 m. 60, puis de 2 mètres. La dépense faite entre Paris et Rouen jusqu'en 1878, pour obtenir ce tirant d'eau, atteignait 28 millions ; depuis 1878, on a porté le tirant d'eau à 3 m. 20 et on a dépensé pour cela 60 millions. A ces chiffres, il faudrait ajouter 35 millions dépensés pour obtenir le même mouillage dans la traversée de Paris et pour y établir des ports. Même en supposant que, dans cette dernière somme, il y ait 15 millions à déduire comme intéressant les relations avec les voies navigables d'amont, ce qui est certainement exagéré, on arrive à un total de 108 millions pour 240 kilomètres, soit 450.000 fr. par kilomètre. Mais, comme la distance par chemin de fer (qui n'est cependant pas comptée à vol d'oiseau) n'est que de 13i kilomètres, les dépenses faites pour le fleuve représentent 800.000 ïrancs par kilomètre de parcours utile. Du Havre à Rouen, les travaux d'amélioration de la Seine ont été exécutés
surtout dans Tintérêt de la navigation maritime et nous ne les comptons pas ici ; mais, pour rendre le port du Havre accessible à la batellerie, on a construit le canal de Tancarville,long de 25 kilomètres, qui a coûté plus de 2o millions.
Les dépenses faites pour les travaux intéressant la navigation intérieure ont été à peu près exclusivement supportées par l'Etat, Depuis 1880, il a complètement aboli les péages qui faisaient rembourser par la navigation une partie, d'ailleurs très faible, des charges assumées dans son intérêt. Les localités intéressées n'ont fourni que des fonds de concours insignillants, sauf pour la Seine dans la traversée de Paris et pour le canal de Tancarville. La loi de 1903 a inauguré un régime nouveau sur ce point, en subordonnant l'exécution des nouveaux travaux projetés au versement de fonds de concours représentant la moitié de ladépense; pour faire face aux charges des emprunts nécessaires, on a prévu des péages sur lesquels nous reviendrons au paragraphe suivant.
III. — Administration, dépenses et recettes. — Les voies navigables faisant toutes parties du domaine public national, c'est l'Etat seul qui les administre, en dehors des rares concessions que nous avons énumérées. Le corps des Ponts et Chaussées est chargé de ce service, sous l'autorité du Ministre des Travaux publics. Les agents de l'Etat exécutent les travaux neufs et d'entretien, assurent la manœuvre des barrages et des écluses, etc. Quant au soin d'installer et d'outiller les ports de navigation intérieure, il a été abandonné, jusqu'ici aux intéressés dans la plupart de cas, et l'outillage est en général resté rudimentaire ; sauf dans quelques grandes villes, il n'existe presque pas en France de ports publics se prêtant à une bonne exploitation.
Les dépenses d'entretien des rivières et canaux figurent au budget pour plus de 12 millions; mais cette somme est notoi-