CANAUX MARITIMES
fie, il a fallu réduire les taxes à un taux très bas; elles sont aujourd'hui de 0 fr. 75 par tonneau jusqu'à 400, et les tonneaux en sus paient une taxe rapidement décroissante, qui n'est plus que de 0 fr. 25 par tonneau au delà de 800. Le canal est fréquenté surtout par des navires de faibles dimensions. Pourl'exercice 1906-07, le transit s'est chilîré par 21.007 bateaux jaugeant 5.280.000 tonneaux, et le trafic intérieur par 12.091 bateaux jaugeant 683.000 tonneaux; la recette s'est élevée seulement à 3.600.000 francs, dépassant légèrement les frais d'exploitation et d'entretien.
Le Canal de Corinthe dispense de doubler le cap Matapan, ce qui donne une économie de temps de vingt-quatre à quarante heures. Il est long de 6 kilomètres et profond de 8 mètres seulement, mais il traverse un isthme dont le point culminant atteint 70 mètres. Il a été construit à voie unique, par des Compagnies privées qui se sont succédé et qui y ont dépensé 71 millions. Le trafic est resté très inférieur aux prévisions. Il a fallu réduire les péages à un taux infime et, même en établissant des tarifs plus élevés pour les navires qui viennent de l'Adriatique que pour ceux auxquels le canal procure un raccourci moindre, il a été impossible de rémunérer le capital. Le canal vient d'être adjugé sur saisie pour 430.000 francs.
La disproportion entre les recettes qu'ont pu réaliser ces deux entreprises et le capital, pourtant minime, qu'elles ont absorbé, met bien en relief le caractère chimérique d'un projet qui a cependant trouvé en France quelques appuis, celui du Canal de l'Océan à la Méditerranée. Il aurait pour objet de créer une voie accessible aux grands navires, longue de 494 kilomètres du Verdon à Narbonne, franchissant une altitude de 107 mètres au moyen de 35 à 40 écluses. Le parcours de ce canal prendrait de trois à quatre jours, pour faire économiser aux navires allant du nord de l'Europe vers le fond de la Méditerranée un trajet en mer d'environ 1.800 kilomètres; il n'y aurait donc gain de temps que pour les navires filant moins dt;
10 nii'uds. La dépense d'établissement dépasserait 2 milliards el l'alimenlalion du canal serait très difficile. Comme utilité, il serait sans doute inférieur au Canal de la mer du Nord à la Baltique; comme dépense, il serait comparable au Panama, et comme résultat il est absolument invraisemblable que les recettes couvrent jamais môme les frais d'exploitation seuls.
La deuxième catégorie de canaux maritimes comprend ceux qui ont pour objet de donner aux navires de mer le moyen de pénétrer à l'intérieur des terres. Nous avons déjà dit qu'Amsterdam n'est resté accessible aux grands navires actuels que grâce à. la construction d'un canal reliant son port à la mer du Nord, qui a coûté 121 millions. Les accès des ports de Nantes, de Tunis, etc., sont assurés dansles mêmes conditions.
L'exemple le plus fameux d'un port intérieur créé de toutes pièces avec une voie d'accès artificielle est celui du Canal marit'niic de Manchester. Cette ville est le centre de l'industrie, colonnière, tandis que le marché des cotons bruts est établi à Liverpool. Trouvant excessifs les tarifs des docks de Liverpool et des chemins de fer réunissant les deux villes, Manchester voulut s'en affranchir. Une Compagnie créa à cet effet un canal accessiUe aux navires de 7'"5Û de tirant d'eau, aboutissant i^i des docks très étendus et très bien outillés. Le canal est long de 57 kilomètres, avec quatre écluses d'une hauteur totale de chute de IS'^oO. La dépense avait été évaluée, au début, à 220 millions seulement, y compris les frais généraux et l'achat du canal de navigation de Bridgewater ; mais ces prévisions ont été largement dépassées et le canal n'a pu être terminé en 189'tque grâce à une avance de 125 millions, faite par la municipalité de Manchester. Depuis lors, il a été encore dépensé environ 40 millions, pour aggrandir les docks et pour porter la profondeur du canal à 8"'50; des travaux nouveaux, d'une importance égale, sont en projet. Le compte capital, à la fin de 1900, s'élevait à 312 millions dépensés en travaux, aux-