Nous ne quitterons pas ce chapitre du poirier, sans
mentionner ici un mode de taille et de traitement de la branche à fruits de cet arbre, et de celle du pommier, proposé par M. Jules Courtois, vice-président de la Société d'horticulture d'Eure-et-Loir, et que son auteur nous autorise à rapporter. Nous extrayons donc du compte rendu d'une conférence faite par M. J. Courtois à la Société d'horticulture de Seine-et-Oise le passage suivant, nous bornant à prendre ce qui s'applique spécialement à ce sujet :
<c La floraison est plus lente à se produire sur les )) deux espèces d'arbres à fruits à pépins, Poirier et » Pommier, que sur les espèces à fruits à noyau et la » Vigne. Voici la marche que suivent généralement, )) pour arriver à floraison, les yeux qui n'ont pas quitté » cette voie :
» Qu'on prenne toujours pour point de départ un œil, » un bouton abois, au printemps; il produira une » pousse à long mérithalle; cette pousse de l'année » n'est pas plus florifère, cette première année, que » celle du Pêcher et des autres espèces d'arbres à fruit » à noyau ; les yeux qui la garnissent n'ont guère qu'une » feuille en général, deux quelquefois, très rarement » davantage. La seconde année, ces mêmes yeux (il » faut supposer qu'ils n'ont pas abandonné la voie de » la fructification) s'allongeront faiblement en déjeunes » pousses terminées par un bouton couronné de trois à y> quatre feuilles. Ce seraient des bouquets floraux pour y> la troisième année, sur les arbres à fruit à noyau, )) mais avec ce nombre de feuilles , chez le Poirier et le
» Pommier, l'élaboration florale n'est pas encore ache- » vée. La troisième année, ces productions qui, sur le )) Poirier et le Pommier, portent le nom de dard, s'al- » longeront encore faiblement et se couronneront cette » fois de six à huit feuilles. Ces nombres (celui de sept 7> se rencontre fréquemment) sont les indices que la » floraison a été élaborée et que le bouton existant au » centre de la rosette contient une inflorescence qui, » au printemps suivant, c'est-à-dire la quatrième année, » s'épanouira en un bouquet de fleurs. Les boutons à » fleurs sont, pour un praticien exercé, reconnaissables » l'année qui précède leur épanouissement de très y> bonne heure, dès le mois de juillet et même plus tôt, )) par leur couleur, leur rotondité et par le nombre des r> feuilles de la rosette.
» Ces règles sont, M. Courtois en convient, sujettes y> à des exceptions.
j> Le Poirier et le Pommier indiqués comme dony> nant leur floraison la quatrième année seulement, » offrent de nombreuses anomalies, de nature à faire » douter de la règle, notamment sur certaines espèces » très florifères, trop florifères, les Doyennés par exem- » pie et la Duchesse. Il n'est pas rare de voir, sur ces » variétés, les bourgeons de l'année élaborer des bou- » tons floraux qui s'épanouissent comme sur le Pêcher » la deuxième année ; le bouton terminal des rameaux » a surtout cette tendance.
» L'on voit souvent encore sur les. Poiriers et les » Pommiers des boutœis floraux se former, comme les
j> bouquets de mai des arbres à fruit à noyau, la j> deuxième année, pour s'épanouir la troisième.
» 11 est même une nature d'yeux, les yeux de bourse, » dont c'est révolution presque normale. Nés en même y> temps que les fleurs , à la base de l'axe floral ou bourse , » ces yeux deviennent ordinairement, dans Tannée }D même, quand une exubérance de sève ne les fait pas » se développer à bois, des boutons couronnés de trois y> ou quatre feuilles. Ils se transforment la deuxième » année en boulons couronnés de six à huit feuilles ou 7> boutons à fleurs, et s'épanouissent en bouquets floraux » la troisième. C'est par cette évolution de deux an- » nées des yeux de bourse pour élaborer une floraison » qui s'épanouit au printemps de la troisième année , » que s'explique l'alternance de floraison bisannuelle » des arbres à fruits à pépins en plein vent, quand ils » sont en plein rapport et par conséquent d'une végé- » tation modérée; la première année de l'existence des » yeux de bourse se confond avec l'année de fructifi- » cation.
» L'année infertile, qui suit, est la deuxième année » d'existence des yeux de bourse, transformés cette » année-là en boutons à fleurs. Ceux-ci, s'épanouissant y> l'année suivante, constituent une nouvelle année de » floraison, et ainsi de suite pour les années subsé- » quentes.
OPÉRATIONS D'fflVER ; OPÉRATIONS D'ÉTÉ.
y> On n'a pas suffisamment distingué jusqu'ici les
)) opérations à faire pendant le repos de la sève ou opé- )) rations (Thiverj de celles à faire pendant le mouve- » ment de la sève ou opérations (Pété.
y> C'est là une première division fondamentale.
» Une seconde non moins importante doit encore » être faite, c'est qu'il n'existe sur tout arbre que deux )) natures de branches , les branches à bois ou charpen- » tières et les branches à fruit ou coursonnes.
y> En suivant ces deux divisions et en observant la » classification sus-indiquée, M. Courtois fait connaître » quelles opérations sont à faire pendant la période du )) repos de la sève et quelles autres pendant la période )) végétative sur les branches à bois d'abord , puis sur y> les branches à fruits.
§ P". ~ Opérations pendant le repos de la sôve ou d'hiver.
» Avec ces deux espèces d'arbres on entre dans un » ordre spécial d'idées. Un fait est certain, c'est que » le bouton à fleurs du Poirier et du Pommier est plus )) longtemps à se former que le bouton à fleur du » Pêcher et de l'Abricotier, comme aussi du Prunier et » du Cerisier.
» Deux autres faits principaux distinguent encore le » Poirier et le Pommier du Pêcher et de l'Abricotier.
y> Le premier de ces faits , c'est que le bouton à fleur )) de ces deux dernières espèces ne renferme jamais » qu'une fleur, quand le bouton à fleurs des deux
y> autres en renferme plusieurs et en très grand
» nombre quelquefois, surtout dans certaines espèces.
» Aussi, écrira -t- on pour le Pêcher et P Abricotier
» bouton à fleur, fleur étant au singulier et bouton
» à fleurs , fleurs étant au pluriel pour le Poirier et le
» Pommier. Ce qui explique pourquoi la nature met
» plus de temps , ainsi qu'on Ta vu plus haut, à élaborer
» celui-ci que celui-là.
» Le second fait, c'est qu'après la cueillette du fruit
y> dans le Pêcher et TAbricotier, il ne reste plus rien
y> à Tarbre qu'une sorte de cupule, organe sans valeur,
» qui est le réceptacle durci, ossifié sur lequel a reposé
» le fruit , tandis que , après cette même cueillette, dans
)) le Poirier et le Pommier, il reste à Tarbre un organe
» qui porte en lui une succession de vie nouvelle,
» Tespoir de bourgeons et de fruits nouveaux. Cet
j) organe est la bourse à la base de laquelle sont les
» yeux appelés plus haut yeux de bourse; et qui dit œil,
y> dit l'organe générateur, dont tous les autres ne sont
); que des modifications successives , omnia ab oculo,
» ajoute le professeur.
y> Taille des cour sonnes , taille trigemme. — Quant
» aux suppressions à faire d'hiver aux coursonnes
» fruitières du Poirier et du Pommier, le principe que
)) pose M. Courtois est absolu ; c'est à trois yeux ou trois
y> boutons, et rien qu'à ce nombre, ni plus ni moins,
)) que la taille doit être faite, ce qu'il explique ainsi :
» Première année de taille d'une coursonne de Poirier
» ou de Pommier. — L'un des rameaux élevés Tannée
}) précédente sur le rameau de prolongement pour en )) faire des coursonnes étant toujours pris comme point » départ et comme type de démonstration , ce rameau » est taillé, cette première année, à trois yeux : le n** 1 T) en bas 9 le n"" 2 intermédiaire, le n"" 3 au sommet. » (Fig. 31, 3 yeux.) y> Régulièrement, sur ces trois yeux un seul, celui du