‹ Trate de la taille des arbres fruitiersChapitre 47 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

136. Sous le climat de Paris » que nous avons en ce moment plus spécialement en vue , le raisin de table ne peut arriver toujours à une complète maturité, à moins de certains soins indispensables. La vigne pousse vigoureusement et émet une grande quantité de bourgeons, dont la végétation prolongée consomme beaucoup de sève et retarde la maturité des fruits; il. importe de s'opposer à cette vigueur, et de la diminuer ou de l'utiliser au profit du raisin : c'est le but de sa culture.

Presque tous les sols conviennent à la vigne; mais c'est surtout dans une terre fraîche et riche qu'elle déploie toute sa force et toute sa rapidité de croissance; toutefois le raisin a peu de saveur, et malgré sa belle apparence, la maturité s'y trouve compromise, pour peu que l'année ne soit pas favorable»

La terre qu'on choisira sera de moyenne consistance, un peu pierreuse, propre à s'échauffer facilement et à laisser les eaux s'égoutter promptement. Lorsqu'elle est froide, il faut l'amender avec du sable ou des composts dans lesquels le calcaire entre en forte proportion ; les plâtras peuvent aussi être employés avantageusement.

Les expositions du midi et du levant, et les coteaux, doivent être préférés.

Le terrain sera préparé comme nous Tavons dit à Tarticle Défoncement. Souvent on néglige pour la vigne de faire cette opération , c'est à tort ; plus on facilitera l'extension des racines, plus on pourra obtenir de beaux succès.

La vigne se multiplie très facilement par boutures, crossetieSy marcottes ^ greffes et semis.

La bouture est un sarment de Tannée, long de O^'jôO à 0™,80, que Pon fiche en terre verticalement, après l'avoir préalablement fait tremper dans Teau pendant quelques jours. On laisse sortir hors de terre deux yeux qui serviront à commencer le cep. Il vaut mieux le coucher dans une rigole ouverte à cet effet; il prend, dans cette position, plus facilement racine. Ce mode de multiplication donne de bons mais lents résultats. La bouture restant longtemps avant de pousser fortement, on remédie à cet inconvénient à Taide du procédé suivant : Avant de planter, on enlève légèrement l'écorce de la bouture sur toute la partie qui doit être mise en terre, et longue de O'^.W à O'^jSO, en ayant soin de ne pas attaquer le liber. Cette écorce dure , d'un tissu serré, quoique mince, est un obstacle à la formation et au développement des racines; sa suppression a pour effet de permettre à ces dernières de naître en abondance sur tous les points de la partie décortiquée, au lieu de ne sortir qu'aux yeux et au pourtour de la coupe de la partie enterrée. Cette bouture est d'une reprise plus

assurée et d'une végétation beaucoup plus grande que la bouture ordinaire dont Téporce n'a pas été enlevée.

D'après les essais que nous avons faits, nous avons obtenu de ce procédé des résultats des plus remarquables; aussi n'hésitons-nous pas à le recommander d'une manière toute particulière. On peut l'appliquer aussi avec le même succès à la crossette et à la marcotte.

La bouture se fait encore avec un œil détaché du sarment par deux sections perpendiculaires à ce dernier et contre l'œil même. L'œil alors se traite comme une graine. Ce mode permet de multiplier en grand une variété donnée , et est surtout applicable au vignoble./

La crossette est un sarment ayant à son extrémité inférieure une petite portion de bois de deux ans (fig. 93); elle se plante comme la bouture^ mais sa réussite est plus assurée ; elle pousse parfaitement. Elle ne fructifie, comme la première, qu'au bout de trois ou quatre ans. On devra préférer les marcottes, qui restent moins Iontemps à donner leurs fruits.

Les marcottes y ou chevelées (fig. 94), se font au printemps. On choisit les sarments les plus beaux; on pratique au pied du cep une petite rigole profonde de O'^yW à O^'jSS environ, on y couche le sarment sur une longueur de O'^jSO à 0°',40, en lui faisant décrire une légère courbe au fond de la rigole ; on le recouvre de terre et on le rabat sur deux yeux ; on supprime ceux qui se trouvent sur la partie comprise entre le cep et le point où le sarment entre en terre, afin de les empêcher,

en se développant, d'absorber la sève au détriment de la marcotte. Les yeux, au contraire, sont conservés sur la partie enterrée; ils donneront naissance à d^abondantes racines. A l'automne suivant, on peut sevrer la marcotte du pied mère et s'en servir pour la plantation i la condition qu'elle soit forte et les yeux bien nourris. ^

Fig. 93.

Fig. 94.

La marcotte s'emploie nue ou en panier. La marcotte nue est celle que nous venons de décrire. On l'appelle ainsi parce que, au moment de la plantation, les racines sont débarrassées de la terre qui y adhérait. La marcotte en panier consiste à coucher le sarment dans un panier ovale ayant de 0"^,25 à 0°',30 de longueur, de largeur et de hauteur, en le maintenant à l'aide d'un crochet, ou en le faisant passer par le fond, dans lequel on ménage

une ouverture. On enfouit le panier, que Ton remplit de bonne terre. Cette marcotte sera sevrée à l'époque indiquée, et pourra, sans souffrir, être transplantée dans son panier, qui doit être d'osier assez bon pour se conserver à peu près une année. Il pourrit l'année suivante et laisse la chevelée libre d'étendre ses racines. Les marcottes peuvent commencer à donner du fruit la deuxième année de plantation.

Quelquefois on couche des brins de deux ans; ils reprennent aussi bien que les sarments.

/ Indépendamment de la marcotte ordinaire , on peut employer avec le plus grand succès la marcotte suivante, que nous désignons sous le nom de marcotte horizontale. On ouvre une petite rigole de O"',!^ environ de profondeur, on y couche le sarment en le tenant fixé contre la terre du fond à l'aide de plusieurs petits crochets dé bois et l'on en redresse l'extrémité de manière à avoir deux bons yeux hors de terre. On laisse la rigole ouverte. Au printemps, les yeux se développent; lorsque les bourgeons ont une dizaine de centimètres de longueur, on fait tomber un peu de terre dans la rigole , sur le sarment, afin d'enterrer la base des bourgeons de O^'yOI à O'^jOâ. Pais, quand ils sont suffisamment hauts, on finit de combler la rigole. Pendant le cours de la végétation des racines naissent à la base des yeux enterrés , et à l'automne suivant on a autant de pieds bons à planter

. qu'il y avait d'yeux sur le sarment qu'on a dû coucher dans son entier. Cette marcotte est donc précieuse pour multiplier promptement la vigne. 11 va sans dire qu'on

attachera à des tuteurs les bourgeons au fur et à mesure que leur allongement le nécessitera; ou bien on se contentera de les pincer au-dessus de la septième ou huitième feuille pour éviter de les échalasser, mais les tuteurs valent mieux. "^

La greffe est employée comme moyen de propager une espèce» ou de changer la nature des cépages en substituant une nouvelle à une ancienne , ou bien , le plus ordinairement, pour rajeunir une vieille vigne, ou encore pour remplacer sur les cordons des coursons qui ont dispani^et aussi pour voir fructifier plus tôt, souvent la deuxième année , une variété nouvelleJ Nous reviendrons sur elle en parlant de ces diverses circonstances, dans lesquelles elle donne toujours de bons résultats si elle est bien faite.

Le semis est encore un des modes de multiplication de la vigne, mais peu usité à cause de l'incertitude des résultats et de leur lenteur à fructifier. Nous ne faisons que le mentionner, sans entrer dans des détails. 11 serait cependant utile d'en tenter un assez grand nombre, mais dans le but seulement d'obtenir des espèces plus précoces, qui permissent d'étendre cette culture plus au nord, au moins dans les jardins. Déjà des essais dans ce sens ont été faits et ont parfaitement réussi. C'est un exemple pour engager les cultivateurs, à qui leurs occupations laissent quelque loisir, d'essayer des semis de toute espèce d'arbres , dans le but de créer des variétés hâtives qui favoriseraient l'extension de certaines cultures , en rendant leurs produits plus assurés.

J'avoue que ces serais, tout en demandant du temps, exigent aussi une longue patience et un soin extrême ; dans l'état actuel de nos connaissances, ils ne doivent pas être faits au hasard. C'est à Taide de rhybridation qu'on parvient à former de nouvelles races ; le choix des portegraine à hy brider est donc bien important. Pour hâter la fructification, il sera avantageux dé greffer. Ce n'est pas ici le lieu de m'étendre sur ce sujet; je l'indique seulement comme le seul et vrai moyen de réussite.

PLANTATION DE VIGNE (fig. 95).

137. Avant de planter, le terrain a été défoncé et amendé suivant le besoin. S'il s'agit d'une plantation en cep ou en contre-espalier, il suffira d'ouvrir une rigole de 0'",25 de largeur sur 0°\30 à 0"',40 de profondeur, selon la nature du sol, et Ton placera la crosse tte ou la marcotte, à laquelle on ne laisse que le sarment le plus vigoureux, à l'endroit où l'on veut élever le cep. Si, au contraire, c'est pour établir un espalier, le m^elUeur procédé à suivre est de faire une tranchée d'un bout à Tautre du mur, profonde de O'^^SO et large de 2 mètres. On peut mettre au fond un lit de bon fumier bien décomposé, qu'on recouvre ensuite de O^'ylO à O^'jlS de bonne terre; on place les chevelées les unes parallèlement aux autres, et conservant entre elles une distance qui variera suivant la hauteur du mur et la forme à donner à la treille. On les couche la première année jusqu'à 0™,80 à 1 mètre du mur, et on les recouvre de

O'",30 à O^'jSS de terre en les rabattant sur deux yeux seulement. Ceux-ci se développeront; on les attachera sur des tuteurs ou des échalas ; les faux bourgeons seront soigneusement pinces à une ou deux feuilles sans être encore retranchés; ils ne le seront que plus tard, en août, et les bourgeons eux-mêmes rognés à leur extré-

Fig. 95.

mité à la même époque, rarement plus tôt, à moins qu'ils ne prennent trop d'accroissement en longueur. Ce rognement a pour but de concentrer la sève vers la base de la partie conservée , pour faire prendre au sarment une grosseur suffisante et assurer la complète maturité du bois. La vigueur des pousses de l'année suivante dépend en grande partie de cette opération; sans elle les sarments resteraient grêles et ne donneraient que de

faibles bourgeons. La deuxième année de plantation, on retranche le sarment le moins vigoureux, et l'on rabat l'autre à deux yeux. Pendant la végétation ^ on donne les mêmes soins que l'année précédente : les deux nouveaux bourgeons sont attachés , ébourgeonnés et rognés , si c'est nécessaire, mais à une hauteur d'au moins l^^^SO a 1",50. La troisième année, on retranche comme précédemment l'un des sarments, et l'on couche Tautre dans une rigole que l'on pratique en face du cep, en le faisant arriver au pied du mur. Cette rigole doit avoir une profondeur de 0°,30 à 0"*,35 sur 0°,25 de largeur; elle est remplie de terre bien amendée, afin d'exciter le développement des racines de la partie enterrée. Cette profondeur est nécessaire pour que celles-ci ne soient pas atteintes lors des labours. Le brin couché est rabattu encore à deux yeux, comme dans les premières tailles. Par ce procédé, on fait prendre à la vigne un grand nombre de racines qui lui assurent une bonne végétation/Si l'on a affaire à un sol dans lequel la vigne soit susceptible de pousser avec une grande vigueur, on peut se dispenser avec avantage de coucher le sarment deux années de suite. On plante au pied du mur même la première année; on gagne ainsi du temps, sans préjudice pour la prospérité ultérieure de la treille, car souvent, dans cette nature de sol, les nouvelles racines qui naissent sur la partie couchée la deuxième année prennent une telle force, que les racines de la première partie se trouvent pour ainsi dire annihilées et finissent \ par périr.

Il y a des personnes qui préfèrent planter tout de suite à demeure des boutures enracinées; elles obtiennent d'aussi bons résultats qu'avec les marcottes et gagneraient ainsi du temps. La réussite d'une telle plantation ne peut être avantageuse qu'à la condition d'élever avec soin les boutures en pépinière , en choisissant de préférence des crossettes , afin de les avoir déjà fortes au moment de les mettre en place. /

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