‹ Trate de la taille des arbres fruitiersChapitre 51 sur 105 · DU CEP · texte numérisé non relu

DU CEP

144. On donne ce nom à tous les pieds de vigne, quelle que soit la forme sous laquelle elle est conduite :

Fig. 98.

mais il s'applique plus généralement au pied cultivé en plein jardin ou en plein champ.

Une chevelée a été plantée la première année, elle est rabattue à deux yeux (fig. 98) qui ont donné les

sarments a a que Ton a ébourgeonnés, attachés et pinces suivant le besoin. La deuxième année , ils ont été taillés encore sur deux yeux en 6, qui ont produit les sarments c; ceux-ci sont aussi taillés la troisième année à deux yeux aux points d, et constituent ainsi quatre coursons qui forment le cep dont A est la souche. Les années suivantes on taille tous les sarments, comme à la figure, en rapprochant sur la crossette, de manière à n'avoir, après chaque taille, constamment que quatre coursons qui donnent ensemble huit sarments pouvant fournir seize grappes.

La figure 99 offre un cep déjà âgé, il a été traité comme précédemment; nous allons le tailler en indiquant quelques modifications souvent avantageuses. Les sarments a sont rapprochés sur la crossette , les autres coupés à deux yeux, les onglets à leur insertion enlevés comme inutiles. Il reste le sarment h et le long bois C. Le long bois est un sarment de l'année précédente, que l'on a incliné horizontalement ou au-dessous de l'horizontale , et taillé très long en d pour avoir beaucoup de fruit. On remarque que sur celui-ci sont partis cinq bourgeons, qui pourront donner chacun deux grappes. Si, parmi eux, il y en avait qui n'en portassent pas, on les supprimerait. Quant aux autres, ils seront pinces à deux feuilles au-dessus de la grappe la plus élevée. De pareilles branches ne doivent être prises que sur des ceps très vigoureux, car une telle production de fruits les aurait bientôt épuisés. Si Ton avait besoin de multiplier la vigne , ce long bois serait couché en terre , les

rameaux e retranchés préalablement, et Pextrémité /* sortant de terre taillée sur deux yeux. Des racines naîtront aux points e, et formeront ainsi une bonne chevelée, qui sera séparée de sa mère à l'automne prochain. Quant au sarment 6, qui s'élève de lïntérieur, on en fera à son tour un long bois conduit comme le premier en Pinclinant avant l'ascension de la sève. On choisit toujours à cet effet un sarment inutile sur les coursonnes ou sur la souche, et qui, par sa position, aurait dû être supprimé.

L'ébourgeonnement , révrillement, le rognement, seront exécutés comme à Pordinaire. Les sarments sont soutenus par un échalas auquel ils sont attachés.

DE LA PALMETTE.

U5. Cette forme (fig. 100), qui consiste en une tige verticale avec des coursons latéraux, commence à se répandre dans les jardins; elle a l'avantage d'être simple et de convenir aux murs de peu d'étendue et de peu de hauteur. Si les murs étaient élevés, il vaudrait mieux adopter la treille en cordons, dont nous parlerons tout à Theure; car la palmette est longue à élever, et les coursons ne restent vigoureux que s'ils sont peu nombreux, en raison de la verticalité de la tige.

Lorsqu'on est dans l'intention d'élever une treille en palmette, on doit planter les ceps à O^^ySO ou 1 mètre les uns des autres, suivant la manière indiquée à l'article Plantation. Cette distance est suffisante pour palisser

Fig. 100.

les bourgeons, que Ton tient obliquement ; ils peuvent alors parcourir une distance de 0"",50 à 0°*,60, et être pinces à la deuxième feuille au-dessus de la grappe. Il est quelques variétés vigoureuses, cultivées dans les jardins (le Frankenthal, entre autres), auxquelles on donnera un écartement d'au moins 1 mètre. En arrivant au pied du mur, le sarment a été rabattu à deux yeux, les bourgeons qu'ils émettent ont été traités comme il a été dit^ et nous attendons à l'année suivante pour établir la palmette. Alors on rabat le sarment le moins vigoureux, ou, s'ils sont égaux en force, le moins bien placé. Le sarment conservé est taillé à trois yeux ; le supérieur continuera la tige, et les deux autres constitueront deux coursons, dont le premier sera établi à environ 0°',26 du sol. Ils doivent être aussi régulièrement distancés que possible sur toute l'étendue de la tige; Pespace à conserver entre eux variera, selon la longueur des mérithalles, de 0'",18 à O^^jSS. Comme à la base du bourgeon de prolongement , les yeux sont plus rapprochés qu'à son sommet, lors de la seconde taille, afin de maintenir une distance régulière, on ne tiendra pas compte des yeux les plus près du talon, d'autant plus que ceux qui s'en éloignent se développent mieux. Chaque année on agira de même, en établissant seulement un courson de chaque côté , qui rapportera du fruit , en attendant que la palmette arrive au haut du mur. Lorsqu'elle va atteindre celui-ci à 0°',30 au-dessous du chaperon, on taille sur les deux derniers coursons sans prolonger ^Pendant le cours de la végétation , si l'on s'a-

la tige./l

percevait que l'œil sur lequel on a le projet d'établir un courson se trouvait trop en avant ou en arrière, on ferait subir au bourgeon une légère torsion pour amener Toeil à la place voulue ^ et Ton maintiendrait le bourgeon dans sa nouvelle position par un palissage un peu serré. La même figure en montre une formée et fait voir les diverses opérations exécutées sur elle. Les points T sont les tailles nécessaires; les petits traits sur les coursons sont les coups de serpette à donner à la taille. ^ Palmelte à ceps alternés (fig. 101). — Si Ton veut que le mur soit promptement garni, au lieu de planter les pieds à O^'jSO ou 1 mètre les uns des autres, on les met seulement à 0°,40 ou O'^'jSO. Un cep forme le bas de la treille en étendant ses sarments sur la tige des ceps voisins; l'autre forme le haut, le mur étant divisé dans sa hauteur en deux parties égales. Us sont alternativement dirigés sous cette forme facile à maintenir en bonne production. Ces palmettes s'établissent absolument de la même façon que la précédente. Toutefois les pieds du haut ne prennent leurs coursons qu'à partir de la moitié du mur. Si la végétation est bonne, on allonge la tige à la taille, pour tâcher de faire marcher le haut aussi vite que possible. Les points T marquent les endroits où il convient de tailler la tige. Cette forme a sur la palmette simple le grand avantage de permettre de garnir beaucoup plus promptement le mur. Chaque cep n'ayant qu'un nombre relativement restreint de coursons à porter, ceux-ci n'en sont que mieux constitués et plus capables de produire de beau raisin. Enfin elle peut

s'appliquer aux murs élevés tout comme aux murs de

Fig. 101.

hauteur ordinaire. Aussi à Thomery, où elle a pris nais-

sance, la substitue-t-on, en partie, maintenant à toute autre. Lorsqu'on aura affaire à des variétés plus vigoureuses que le chasselas, on espacera davantage les ceps en les plantant à O'^^ôO, et l'on distancera également plus les coursons sur la tige; ce qui, du reste, est presque toujours indispensable par suite de la longueur des mérithalles.

DE LA TREILLE A LA THOMERY (Hg. 102).

146. Cette méthode , sans contredit une des meilleures, convient à toutes les hauteurs du mur et utilise bien Tespace qu'on lui consacre ; elle le tapisse régulièrement, et en outre d'un coup d'œil satisfaisant, elle produit beaucoup. Elle demande pour son établissement plus de soins que la palmette, mais ils sont faciles à donner.

On distingue dans la charpente de cette treille les ti^es verticales ou montants A, les tiges horizontales ou cordons B. La distance à observer entre les tiges dépend de la hauteur du mur, de Pintervalle réservé entre ctaque cordon et de la longueur de ces derniers. Cet intervalle, pour le chasselas, dans tous les cas, ne devra pas excéder 0°',50 et la longueur des cordons l^'jSO de chaque côté. On plantera donc d'autant plus rapproché que le mur sera plus haut ou les cordons plus serrés. La disposition des montants 1, 2, 3, 4, varie aussi suivant la hauteur du mur, chaque bras des cordons ne devant pas dépasser l°*,oO; souvent, au lieu de se suivre par

1, 3, 3, 4, Tordre sera interverti : c'est au planteur à calculer à l'avance la meilleure disposition à adopter pour son mur.

Les coursons, au lieu d'être latéraux, comme dans la palmette, sont verticaux et toujours placés en dessus : si Ton voulait en établir en dessous, on ne pourrait les conserver longtemps en bonne santé, et ils périraient bientôt, la sève les abandonnant pour se porter dans les coursons du dessus. Dans la figure 102, la treille est établie le long d'un mur de 2"',35 de hauteur, le premier cordon étant à 0™,30 du sol, et les autres à 0",50 entre eux : il y a en tout quatre cordons. On aurait pu, à la rigueur, en mettre cinq, en rapprochant le premier de terre et les autres entre eux. Les bras ayant 1°',20 de longueur, les cordons n'auront que 2™,40 à parcourir.

Pour quatre cordons ainsi espacés, les tiges verticales seront entre elles à 0°',60 ; il .est évident qu'on les eût plantées plus rapprochées s'il y avait eu cinq cordons.

Les ceps arrivés le long du mur et rabattus sur deux yeux, comme précédemment, seront, au printemps, conduits de la manière suivante : Un des sarments est retranché; l'autre, qui devra former la tige, taillé à quatre ou cinq yeux, suivant sa force ; on enlèvera tous les faux bourgeons, et Ton conservera les bourgeons pour avoir du fruit. Chaque année il en sera de même jusqu'au moment où la tige sera près d'arriver à l'endroit où elle doit se bifurquer, endroit marqué à Tavance sur le mur.

La bifurcation qui constitue le cordon doit avoir-aussi exactement que possible la forme d'un T, non pas tant pour le coup d'œil que pour la parfaite répartition de la sève dans les deux bras du cordon-

Pour former le T , il est plusieurs procédés. Je n'en

indiquerai que deux : ce sont les plus faciles à exécuter, et ils remplissent parfaitement le but proposé.

Le premier consiste (fig. 103) à courber le bourgeon de prolongement A de la tige, à lui faire faire un coude juste à Tendroit où le T doit être formé en C, en ayant soin, autant que possible, qu'il se trouve un œil sur la courbe, et à le pincer sur un œil B. Par suite du pince-

ment , le bourgeon A se trouve momentanément arrêté dans sa croissance; la sève, concentrée sur Toeil qui est au sommet du coude en C , le fait développer en faux bourgeon D ; quelque temps après l'œil B part en faux bourgeon aussi; on les palisse tous deux en les maintenant en équilibre de végétation.

Le second procédé (fig. 104 et 105) consiste en un pincement sur le bourgeon de prolongement A. Quand il est arrivé à l'endroit où il doit se bifurquer pour former le cordon , ou tout près de cet endroit, l'œil que l'on a

Fig. 104.

pincé se développe^ et à la base du faux bourgeon qu'il produit (A', fig. 105) se trouvent deux yeux presque opposés ce. L'année suivante on taille sur ces deux yeux, qui fournissent les bourgeons destinés à commencer les cordons. Ce procédé, qui donne un T plus parfait

que le premier, est cependant moins avantageux. D'a-»^ bord le T peut être, ou un peu plus haut, ou un peu plus bas que le* point où la tige doit être bifurquée; on préférera le tenir plus bas pour faciliter le palissage des cordons; puis on perd une année pour la formation des bras, qui se trouve commencée dès Tannée de bifurcation dans le premier exemple.

Les cordons seront palissés bien horizontalement ; les yeux a a (fig. 103) donneront les deux premiers coursons, qui seront distancés d'environ 0°',i5 à O'^jâO les uns des autres. On taille toujours le cordon sur un œil en dessous 6, de manière que celui qui précède se trouve constamment en dessus, les yeux étant alternés, condition importante pour un courson.

Tous les ans, on en prendra un de chaque côté, ou deux si la nature du sol favorise la vigne, mais pas plus, de manière à s'établir solidement et à avoir de beaux raisins, et encore un seul vaut- il mieux. Lorsque le cordon sera arrivé à sa limite, on l'arrêtera, soit en relevant l'extrémité du bourgeon de prolongement pour ensuite tailler dessus et en faire un courson (fig. 96), soit en taillant sur un œil de dessus pour courson. On ne s'occupe point du bourgeon de prolongement, devenu inutile.

Toutefois, au lieu de traiter ainsi les cordons, nous préférons , et de beaucoup , avoir toujours un rameau de prolongement qu'on renouvelle chaque année avec un beau sarment, le plus près possible du centre. Car sur ces prolongements on obtient de plus beau

{ raisin que sur les coursons, la sève y étant plus viv / Si des cordons avaient besoin d'être rapprochés , ce qui souvent arrive lorsqu'ils ont été tenus trop longs, on choisit un sarment le plus près possible du bras , on Fincline et on le ramène dans la direction du cordon ; Tannée suivante on rabat celui-ci sur le sarment, qui est taillé sur un œil de dessous, et Ton recommence un nouveau cordon d'après les principes énoncés plus haut. / C'est ordinairement à P extrémité des cordons que vient le plus beau raisin ; aussi pourra-t-on employer ce procédé de rapprochement pour avoir toujours de nouveaux sarments à l'extrémité des cordons, sans attendre que la vigne en ait absolument besoin. /

Quelle que soit la longueur que les tiges aient à parcourir, on ne les taillera pas, comme je l'ai dit, à plus de quatre ou cinq yeux, à moins qu'il n'y ait excès de vigueur; en ce cas on les allongerait un peu plus : elles donnent d'ailleurs du fruit sur les coursons que l'on conserve sur elles, à la manière des palmettes, en attendant qu'elles atteignent l'endroit où elles seront bifurquées.

Page 1