TROISIÈME PARTIE
178. On appelle greffer, l'opératioQ par laquelle on applique sur un végétal une portion prise sur un autre pour qu'elle s'y unisse et y croisse. On donne le nom de greffe ou greffon à la portion détachée du végétal qu'on veut multiplier : comme un scion, un écusson.
La greffe par approche fait exception, car l'opération consiste à unir deux parties encore adhérentes aux individus qui les portent.
L'arbre ou la plante qui reçoit la greffe ou le greffon est le sujet ou sauvageon.
Pour que la reprise soit assurée et durable, il faut qu'il y ait entre les sujets et les greffes une analogie suffisante par leur mode de végétation, par les mouvements ascensionnels et descendants de la sève , par la qualité des sucs propres, et enfin par les caractères qui les constituent en espèces , genres et familles.
La greffe est un moyen de conserver, de multiplier les espèces et variétés rares ou utiles, en plaçant sur des
sujets moins précieux celles qui ont été obtenues par des semis : ce dernier mode ne reproduisant que d'une manière très imparfaite , et souvent même complètement différente, les types primitifs. Elle accélère aussi leur fructification de plusieurs années.
179. Les époques qui conviennent généralement le mieux à cette opération sont le printemps et Tété; il y a quelques exceptions que nous indiquerons. Au printemps, on choisit l'époque de Tascension delà sève; si l'on opère en été, on ne doit pas attendre qu'elle soit arrêtée complètement : c'est à Pintelligence du cultivateur à saisir le moment favorable, qui ne peut être bien précisé, parce qu'il varie selon Pélat de la température. Il est essentiel de faire coïncider le mieux possible les parties jeunes de la greffe, telles que le liber et l'aubier, avec celles du sujet : l'adhérence est plus prompte et plus assurée. Il faut encore mettre dans l'exécution de Topération une grande célérité , pour que le contact de l'air n'ait pas le temps de nuire à la réussite en desséchant les plaies.
Quoique les sujets n'aient pas sur la greffe l'influence que quelques personnes leur attribuent, et ne changent pas le caractère de l'espèce, il y en a cependant qui la bonifient souvent dans la saveur des fruits; qui poussent avec plus ou moins de vigueur, ou dont la durée de l'existence est différente : c'est pourquoi nous allons indiquer ceux qui conviennent le mieux pour les différentes espèces d'arbres fruitiers les plus intéressantes.