GREFFES EN ÉCUSSONS
211. Les greffes en écusson sont très expéditives et très employées dans les pépinières, principalement pour les petits sujets. Elles se pratiquent dans deux saisons : au printemps, à œil poussant, et en juillet et août, à œil dormant. Cette dernière ^ qui est très usitée, est préférable pour toute espèce d'arbres fruitiers; celle qui se pratique au printemps à œil poussant est peu avantageuse et les résultats sont douteux, excepté pour le mûrier. On greffe aussi des rosiers par cette méthode , mais ils vivent moins longtemps , et les sujets ne sont jamais aussi beaux que par la greffe à œil dormant. Celle-ci se fait avec des écussons levés sur des bourgeons de Tannée coupés le matin ou le soir. On a soin de ralentir leur transpiration en supprimant immédiatement les feuilles, tout en conservant les pétioles, qui continueront à protéger les yeux. Ces rameaux seront mis au frais , enveloppés de mousse ou de linge mouillé, jusqu'au moment de s'en servir, à moins qu*on ne les emploie immédiatement.
La greffe à œil poussant se fait avec des yeux pris sur des rameaux de Tannée précédente et sur de jeunes bourgeons , lorsqu'on la pratique en mai et juin. Pour lever T écusson, on fait sur le rameau une incision transver-
sale à 10 ou 15 millimètres au-dessous de Tceil que Ton à choisi ; on pose la lame du greffoir à 2 centimètres audessus du même œil, et on la glisse obliquement de son talon, aux deux tiers de sa longueur, sous Técorce, jusqu'à la ligne transversale; on saisit l'écusson de la main gauche, entre le pouce et le médius qui pincent la base du pétiole conservé; on appuie l'index sur la partie supérieure de Técusson, puis, avec la pointe du greffoir, on détache de haut en bas le bois qui a pu rester adhérent à Técorce. On répète ensuite la même opération de bas en haut, avec l'attention de glisser la pointe du greffoir entre Técorce et la petite parcelle de bois, de manière à Tenlever sans détruire le germe de l'œil, ce qui rendrait l'opération moins sûre. Quand il y a beaucoup de sève sur le sujet, il n'y a point d'inconvénient à ce qu'il reste un peu de bois sous l'écorce.
S'il y a lieu à faire sur les sujets quelques élagages, il faut y procéder quelques jours d'avance, parce que la suppression des bourgeons peut ralentir momentanément la sève, ce qui nuirait à la reprise de la greffe.
Greffe en écusson à œU dormant.
212. On greffe les jeunes arbres de S à 10 centimètres environ du sol, et les hautes tiges à des hauteurs indéterminées.
On choisit sur la tige un endroit uni; on fait une incision transversale sur le sujet et une perpendiculaire en
forme de T, proportionnée à la longueur de Pécusson ; on lève avec la spatule du greffoir les lèvres de Técorce à droite et à gauche^ puis on glisse sous elles de haut en bas l'écusson préparé, dont on retranche la partie qui dépasse l'incision transversale du sujet; on les rabat sur Técusson en les appuyant fortement avec les deux pouces, afin qu'il ne reste point de vide entre les parties^ et l'on fait une ligature ordinairement avec de la laine grossièrement filée. Il est indifférent de commencer la ligature en dessus ou en dessous de l'œil ^ mais on aura soin de laisser celui-ci à découvert et de la terminer par un demi-nœud. Il faut serrer un peu plus la ligature audessus quand il y a peu de sève que quand il y en a beaucoup, afin que la sève s'y porte en plus grande quantité. Quinze jours ou trois semaines après, on visite pour desserrer la ligature si c'est nécessaire, parce qu'il arrive souvent qu'il se forme des étranglements qui coupent le bourgeon et l'exposent à être cassé par les vents.
S'il pleut aussitôt que la greffe est terminée, Teau peut pénétrer dans l'incision transversale , se mêler à la sève, et noyer l'œil qui devient noir; celui-ci peut encore être noyé lorsqu'il est plat, faible ou pris sur des rameaux qui ne sont pas encore aoûtés. Dans le cas où la sève du sujet est trop abondante, on pratique à 1 centimètre audessous de la greffe, sur son écorce, une très légère incision qui suffit pour empêcher une trop grande affluence de sève sur l'écusson. La figure 133 représente en A le sujet avec son incision en T, en B l'écusson, en C la
greffe achevée. Au printemps suivant , si Pécusson est repris avant Tascension de la sève, on retranche la partie supérieure du sujet à une petite distance de Técusson, en conservant au-dessus de lui un ou deux yeux d'appel. Les bourgeons qui résultent de ces yeux sont pinces
Fig. 133.
lorsqu'ils ont de 12 à 15 centimètres de longueur, afin de favoriser le développement de la greffe. Lorsque celui-ci a acquis une longueur de 0°*,30 à 0'",40, on les supprime.
Greffe à œU poussant.
213. Elle se fait de la même manière que la précédente; seulement huit à dix jours après qu'on a greffé et lorsque la greffe est reprise, on supprime la portion du sujet ou le rameau qui excède la greffe^ laissant toutefois un œil d'appel au-dessus d'elle. On pince le bourgeon lorsqu'il a 12 à 15 centimètres de longueur, et on
le traite comme nous venons de le dire pour Tœil dormant.
Greffe en écuMon en x renvené.
214. L'écusson se lève absolument delà même manière. Le haut est taillé en pointe et introduit de bas en
Fig. 134.
haut. On fait d'abord une incision transversale et une perpendiculaire qui vient aboutir dessus^ ce qui forme le T renversé (fig. 134).
Cette méthode est excellente par un temps de pluie, et lorsque la sève est trop abondante dans le sujet; cependant elle est peu employée, parce qu'elle prend plus de temps pour l'exécution.
Greffe en écusson carr6.
218. Au lieu de lever Técusson sous la forme précédente , on lève une plaque carrée d'écorce munie d'un
œil au milieu. On trace sur le sujet deux incisions transversales parallèles, distancées convenablement, on incise perpendiculairement de Tune à l'autre de ces lignes et précisément au centre; on détache les deux portions
Fig. 135.
d'écorce qu'on ouvre comme deux petits volets , on les échancre à leurs bords pour faire place à l'œil ; on ajuste Técusson, on rabat sur lui deux parties d'écorce et on ligature légèrement. La figure 135 représente cette greffe : A, sujet incisé; B, écusson carré.
Placage.
216. Sur les arbres fruitiers, cette greffe se pratique au printemps, lors de l'ascension de la sève. On enlève une plaque d'écorce munie d'un œil avec un peu de bois, et on l'applique dans une entaille correspondante pratiquée sur le sujet; on fait une ligature si cela est nécessaire , et Ton couvre toute la plaie avec de la composition,
excepté Toeil, qui reste à découvert. La figure 136 la représente : A, le sujet entaillé; B, la greffe.
Fig. 136.
Cette greffe est très avantageuse sur des branches et sur les parties dénudées d'un arbre.
areffe de bouton à fruit ou de lambourde.
217. Cette grefiFe- se pratique depuis la mi-juillet jusque vers le 15 septembre, suivant les terrains et les années , lorsque les boutons sont formés sur les arbres, et avant que la sève soit trop ralentie. On reconnaît facilement les boutons à fruit : ils sont plus gros et plus arrondis que les yeux à bois, et toujours accompagnés d'une rosette de cinq ou six feuilles. On enlève une lambourde, jeune encore, avec son empâtement, et même une petite branche ayant plusieurs boutons à fruit , sur un arbre qui en a de trop, et Ton vient la poser sur un autre qui en a peu ou pas, absolument comme un écusson; après quoi on ligature (fig. 137).
Aussitôt que les boutons sont détachés de l'arbre^ il faut supprimer les feuilles qui les entourent, en conservant leurs pétioles.
Fig. 137.
On peut enlever également une lambourde sans empâtement; alors on entaille et on la place comme la greffe en couronne sur le côté. Lorsqu'on a la possibilité de se procurer des boutons terminaux on les préférera.* Ils tiennent à du bois plus jeune que celui des lambourdes et la réussite de leur greffage est plus certaine.
Ces procédés sont très avantageux pour mettre les arbres à fruit et pour garnir les parties dénudées des branches de charpente, et nous recommandons leur emploi toutes les fois que Pon voudra faire rapporter promptement un arbre. Indépendamment des arbres à fruits à pépins, on greffe encore ainsi le cerisier, le prunier et autres arbres à fruits à noyau. En outre de cette mise en rapport plus prompte, ca genre de greffe a aussi pour effet de donner des fruits souvent plus gros que ceux venus sur les boutons qui n'ont pas été greffés.
Enfin on peut cultiver sur un même arbre plusieurs variétés différentes. Toutefois, pour en faire une bonne application, il convient de choisir des arbres vigoureux, des boutons et des lambourdes encore assez jeunes, et de placer ceux-ci préférablement sur du bois d'un ou de deux ans, quoiqu'ils puissent réussir sur du bois plus âgé. Il ne faut pas trop multiplier ces greffes, car elles ont une tendance à s'épuiser facilement , que Ton combattra en modérant la production du fruit.
La greffe de lambourdes se pratique également avec succès en fente. On obtient du bois des sous-yeux et du fruit des boutons ; l'automne est pour ce dernier mode l'époque la plus favorable.