LÉSIONS TRAUMATIQUES PRODUITES PAR LES AGENTS PHYSIQUES
BRULURES
Le rayonnement d'un intense foyer calorique comme celui d'un incendie, du soleil, d'un arc voltaïque cause assez souvent des brûlures fort atténuées se bornant à un simple érythème.
Les liquides bouillants donnent lieu à des lésions souvent sérieuses. La gravité dépend de la nature du liquide, de sa température, de sa capacité calorifique, de sa viscosité, de son contact prolongé le plus habituellement par les vêtements imprégnés par lui.
Les vapeurs et les gaz sont la cause des brûlures les plus graves. Dans les explosions de générateurs à vapeur aux lésions complexes de la peau s'ajoutent celles bien plus importantes des muqueuses respiratoires. Les gaz incandescents n'altèrent les tissus qu'en surface, mais ils communiquent le feu aux vêtements, puis à la peau et à la graisse sous-cutanée, et par suite sont la cause des désordres les plus graves pouvant aller jusqu'à la crémation.
Si les €orps solides en ignition déterminent des brûlures moins étendues en surface, en revanche ils les font plus profondes. Enfin un certain nombre de corps chimiques donnent lieu à des lésions dont la physionomie pour être im peu différente ne mérite pourtant point qu'on en fasse un chapitre à part ; nous voulons parler des brûlures par l'acide sulfurique, les alcalis caustiques, etc.
Malgré ses imperfections la classification des lésions anatomiques des brûlures par Dupuytren a été si universellement adoptée, que nous ne voyons pas la nécessité d'y apporter quelque modification.
Le premier degré est caractérisé par un érythème qui n'existe pas toujours, par une légère tuméfaction, une douleur vive durant plusieurs heures. Passé ce laps de temps la sensibilité redevient normale et Tépiderme s'exfolie en petites écailles.
Le second degré comporte en plus des phlyctènes recouvrant la surface rouge, congestionnée du derme : autour d'elles est l'érythème du premier degré. Lorsqu'aprês évacuation de la sérosité sous-phlycténulaire l'épiderme soulevé recouvre exactement le derme, les douleurs s'arrêtent et une nouvelle couche épidermique se forme; mais si la phlyctène est brutalement arrachée, la sécrétion séreuse continue, le derme apparaît avec ses papilles prêt à la suppuration si des germes sont déposés à sa surface, Ce genre de brûlure est extrêmement fréquent
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quand les téguments ont été en contact avec l'eau bouillante -
Le troisième degré, dont la cause est due au contact prolongé d'un corps solide chaud ou d'un liquide à point d'ébullition dépassant 100<* s'accompagne de l'escarrification de la surface du derme ; le corps muqueux de Malpighi et la couche papiliaire sont désorganisés. Lorsque la plaie est sèche, la plaque escarrifiée est jaunâtre, dure, limitée par un liséré rouge ; dans la forme humide, sous de larges phlyctènes pleines de liquide trouble, est un derme jaunâtre, maculé de taches brunes, infiltré d'ecchymoses. La doulexir vive du début qui avait cessé peu après l'accident réapparaît au bout d'une semaine au moment du travail d'élimination ; les lambeaux mortifiés soulevés par la suppuration se détachent vers le douzième jour. Après bourgeonnement il se fait une cicatrice blanc mat où manquent souvent les poils et les glandes sudoripares.
Le terme du quatrième degré s'applique à la mortification du derme en totalité et même du tissu sous-cutané avec ses éléments vasçulaires et nerveux. L'eschare est brune, dure et compacte ou bien jaunâtre et assez molle ; elle est insensible aux piqûres ce qui la distingue du troisième degré où là persistance du corps papiliaire laisse intacte la sensibilité. L'élimination des parties mortifiées est bien plus longue, les tissus fibreux sous-cutanés ne se détachent qu'au bout de trois semaines ou' un mois : la suppuration ne les soulève que par endroits sous forme de clapiers qu'il faut ouvrir et drainer. La réparation excessivement lente donne naissance à des brides cicatricielles rétractiles et vicieuses.
Dans le cinquième degré tous les plans peuvent être intéressés jusqu'au squelette : des articulations, des cavités séreuses sont parfois ouvertes; à l'élimination de l'eschare l'hémorragie secondaire peut emporter le blessé ; la cicatrisation donne souvent «uite à des difformités considérables.
Le sixième degré ne porte guère que sur les extrémités des membres ; c'est la carbonisation totale de tous les tissus transformés en une masse noire et sèche dont la chute interminable laisse un moignon à squelette proéminent que le chirurgien est appelé à régulariser. Pour peu que le traumatisme soit un peu
étendu, de tels désordres ne sont plus compatibles avec la vie.
Les brûlures par substances chimiques sont du troisième et du quatrième degré. Les eschares sont sèches, leur détachement se fait avec une grande lenteur et laisse des plaies profondes à cicatrisation vicieuse. Les brûlures des muqueuses ne sauraient exister qu'aux deux ou trois premiers degrés ; même légères elles peuvent déterminer des accidents immédiats de haute gravité comme Tœdème de la glotte, la suffocation, Tasphyxie.
Le symptôme le plus important et le premier en date est la douleur. Elle est plutôt en raison directe de la surface brûlée que de la profondeur des tissus atteints ; en d'autres termes, dans les trois premiers degrés, la douleur est bien plus atroce que dans les suivants où la désorganisation est totale. Elle peut être telle que le blessé tombe dans un état des plus graves : prostration, délire, convulsions, soif vive, température basse, pouls fréquent, état syncopal, anurie et quelquefois mort dans le collapsus. Les explications que l'on a données de ces symptômes et de la terminaison fatale qui souvent les accompagne, sont innombrables. On a tour h tour invoqué la douleur {Dupuythen), les réflexes respiratoires et cardiaques (Kùss, Wilks), l'empoisonnement par l'arrêt de la transpiration cutanée, comme pour les animaux recouverts de vernis (Delpkch, Viguier, Curling, Bonnefin), l'urémie par insuffisance du rein chargé d'un énorme travail d'élimination (Lang), le refroidissement (Falk), la paralysie du cœur au contact du sang échauffé (Sonnenburg), l'épaississement du sang devenu incapable de traverser les capillaires (Baraduck), les altérations du sang détruisant sa faculté d'absorber l'oxygène (Lesser, Schultze), la dissociation des globules rouges en granulations de passage difficile dans le rein (Ponfick, Sghmidt, Wertheim), l'obstruction des vaisseaux par des thrombus rouges et blancs (Welti, Lawitt), l'empoisonnement par la rétention des sécrétions de la peau (Avdakoff), l'absorption à la surface des téguments d'acide prussique provenant de l'acide formique sécrété par la peau sous l'influence de Feau chaude (Gatiano), le développement dans le sang des brûlés d'un poison (Fr^enkel, Seydel) que traduit la toxicité des urines (BoYER et Guinard); ce serait une ptomaïne appartenant au