‹ Traumatismes, infections et diathèsesChapitre 18 sur 38 · DEUXIÈME PARTIE DES INFECTIONS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE DES INFECTIONS

Tout parasite venu de l'extérieur qui, par une porte d'entrée petite ou grande, a fait effraction dans nos tissus peut être l'origine d'une infection. La blessure qui résulte d'un agent traumatique, la plaie opératoire, la plus insignifiante écorchure invisible à l'œil nu, tout lui est bon comme voie d'accès ; l'étendue de celle-ci n'est rien en comparaison de la nature et de la virulence du germe en cause. La plaie accidentelle la plus vaste peut n'être compliquée que d'une suppuration légère qui n'entrave en rien la guérison, tandis qu'une éraillure inaperçue des téguments ouvre la porte à un charbon mortel en quelques heures ou à un érjsipèle terminé par l'issue fatale.

C'est aux travaux de Pasteur que les maladies virulentes doivent cette immense importance; c'est lui qui a fait justice de la génération spontanée des maladies infectieuses.

Dans cette seconde partie nous comprendrons le terme infection dans son sens le plus vaste, ne faisant pas de différence entre l'infection locale et l'infection générale ; on y verra côte à côte le bacille du charbon et celui du chancre mou, le premier qu'on peut retrouver dans tous les organes, le second qui ne quitte pas le foyer superficiel du chancre. Au reste, il eût été bien difficile, si on eût voulu faire des séparations, de classer le tétanos par exemple, dont l'agent virulent ne quitte pas le lieu de l'inoculation alors que ses toxines empoisonnant l'économie tout entière en font au point de vue clinique une maladie générale des plus caractérisées. '

Pour qu'un microbe puisse être considéré comme réellement pathogène et spécifique, il faut, dit Pasteur, le soumettre au triple critérium de l'isolement complet, de la reproduction en cultures et de la réinoculation efficace. Tous ceux que nous allons décrire ne remplissent pas ces desiderata. On peut dire en principe que les maladies communes à l'homme et aux animaux nous sont les mieux connues et répondent complètement aux conditions stipulées plus haut. Le charbon, la morve, le vibrion septique, le tétanos, la tuberculose s'inoculent facilement aux animaux domestiques qui nous entom^ent et reconnaissent pour agents figurés des microorganismes incontestés. Aussi estes par eux que débute la série des chapitres qui ont trait aux infections ; c'est une manière d'initier le lecteur aux notions de bactériologie en s'appuyant sur les faits expérimentaux les plus rigoureusement précis et les moins sujets k discussions. Nous avons cru pouvoir nous dispenser ainsi d'un chapitre préliminaire sur la microbiologie en général, préférant à propos de ces bactéries bien connues entrer dans quelques détails, parfois plus longs que ne le comportait la maladie au point de vue chirurgical pur, mais utiles à connaître en tant que données générales applicables à toutes les infections.

Les microbes qui ne réunissent que deux des conditions requises, isolement et reproduction en culture, mais sans réinoculation efficace, sont cependant pour la plupart admis comme germes pathogènes d'un certain nombre d'infections et seront étudiés tout au long. Il en est d'autres dont l'isolement n'a point été fait, dont le microscope seul a montré l'existence et que nous n'avons pas hésité à décrire tout comme les autres, le microbe de la syphilis, celui de la pourriture d'hôpital par exemple. C'est que, en admettant môme que les parasites décrits jusqu'alors ne soient pas les agents réels producteurs de ces maladies, celles-ci ont des allures cliniques telles qu'il est absolument inadmissible de les distraire du cadre des maladies infectieuses; elles y doivent garder leur place quand bien même demain il serait démontré que le germe à qui on avait attribué la spécificité n'est qu'un vulgaire saprophyte ou le résultat d'une erreur d'interprétation due au microscope, car un jour

OU l'autre les recherches antérieures seront confirmées ou un nouveau parasite réellement pathogène sera reconnu comme Tagent direct et provocateur de l'infection.

Envisagées de la sorte, dominées par cette notion du parasitisme qui a révolutionné les sciences médicales modernes, les infections chirurgicales devaient être soumises à une classification nouvelle. Jusqu'alors le rapprochement du charbon et de l'érysipèle, de la morve et de la septicémie, de la tuberculose et de ï'actinomycose était soumis au caprice ou à l'arbitraire. En fait, si l'on admet que les infections chirurgicales dépendent de microorganismes vivants, elles doivent se conformer à la classification de ces agents virulents eux-mêmes; Tordre à suivre est celui qui a servi à ranger les parasites de la flore microbienne. Malheureusement cette classification n'est pas encore définitive. Elle reste incertaine parce que nous sommes 1 oin de connaître tous les germes pathogènes ou non pathogènes et parce qu'à ceux qui ont été découverts nous ne savons pas encore assigner des caractères distinctifs absolus. Dans ces conditions on ne peut faire qu'une classification provisoire, modifiable dans l'avenir, en essayant toutefois de l'établir sur les bases les plus rationnelles.

C'est la forme qui sert encore aujourd'hui de caractère dominant dans les classifications microbiennes. Elle est cependant loin d'avoir une constance absolue. La plus petite influence donne aux microorganismes un polymorphisme qui parfois déroute les observateurs. On peut cependant admettre qu'il est pour chaque espèce une forme en quelque sorte normale, un terme moyen autour duquel se produisent des variations, mais auquel l'espèce revient toujours quand on la place dans des conditions déterminées, toujours les mêmes. Ces réserves étant faites, la forme des microbes constitue leur caractère le plus constant. Les actions chimiques provoquées par telle ou telle bactérie, les exigences de milieu, le caractère aérobie ou anaérobie, l'influence sur l'organisme animal sont certainement des caractères de la plus haute importance, mais plus utiles pour la différenciation des germes que pour leur classification par groupes homogènes ; en général ces fonctions d'un microbe ne sont pas

assez constantes pour servir de base à la création de genres ; il suffit de voir combien la virulence est variable, combien la fonction chromogène est instable par exemple ; c'est là l'écueil de la classification physiologique .

La famille de^ bactériacées comprend les microbes formés d'éléments en bâtonnets plus ou moins longs, parfois en très courts cylindres ou filaments. Les articles sont droits ou courbés. Beaucoup ont de vraies spores endogènes.

Le genre bacillus qui nous intéresse le plus, parce qu'il contient toutes les espèces pathogènes d'ordre chirurgical, renferme des éléments en bâtonnets courts et trapus ou dont la longueur excède un certain nombre de fois l'épaisseur.

Les cladothrix, dont on pourrait aussi bien faire une famille distincte, ne nous donnent que l'oospora de l'actinomycose.

La famille des coccacées est formée par les bactéries à éléments normalement sphériques se reproduisant d'habitude par division, quelquefois par spores. La division peut se. faire suivant une ou plusieurs directions .

Le genre micrococcus est le seul qui fournisse les espèces pathogènes intéressant le chirurgien ; les microcoques sont des éléments sphériques isolés ou réunis par deux ou par quatre, ou encore disposés en chapelets.

Les deux grandes familles des bactériacées et des coccacées comportent encore d'autres genres; mais ou ce sont des saprophytes ou bien des pathogènes d'ordre médical, dans l'histoire desquels nous ne saurions entrer. Est-ce à dire qu'un germe pathogène l'a toujours été et le sera toujours, qu'un microbe saproph^^te sera toujours inoJBfensif pour l'homme ou les animaux ? Non, car l'expérience prouve le contraire. En cultivant dans des sacs de collodion introduits dans le péritoine deux saprophytes, le bactérium mégatérium et bacillus mesentericus vulgatus (bacille de la pomme de terre) on obtient la virulence pathogène après accoutumance de ces germes par trois ou quatre passages dans le péritoine (Vincent). Protégés par l'enveloppe collodionnée contre les leucocytes péritonéaux ils s'habituent â vivre en présence de leurs produits bactéricides dialyses ; au bout de quelques générations, ils arrivent à tuer les animaux.

sans lésions locales, presque sans altérations apparentes des viscères, avec la marche d'une septicémie suraiguë. On peut vacciner les animaux contre ces microbes virulents en leur inoculant des cultures de plus en plus actives. Abandonnés à euxmêmes et réensenaencés à l'air ils s'atténuent progressivement et retournent à l'état saprophyte. Voilà encore une raison qui fait que toute classification microbienne n'est que provisoire.

Les schizomycètes ne sont pas les seuls parasites des infections. Indépendamment des amibes du côlon, parfois rencontrées dans les abcès du foie et auxquelles seront consacrées quelques lignes, nous croyons, pour des raisons déjà invoquées plus haut et que nous développerons en temps et lieu, que le cancer est une infection ; l'agent parasitaire est encore parmi les plus discutés; il semble appartenir à une classe différente de bactéries, aux sporozoaires probablement; il prendra donc place à la suite des agents microbiens.

Enfin il n'y a pas que les infiniment petits qui soient capables par leur dissémination de donner naissance à des maladies infectieuses. Pourquoi n'admettrait-on point une infection hydatique, quand on assiste au mode d'introduction, de pénétration dans les tissus et de pullutation de ces êtres parasitaires beaucoup plus élevés en organisation et qui sèment des kystes hydatiques dans tous les parenchymes ? Un court chapitre, conçu dans ce sens terminera cette seconde partie consacrée à la parasitologie.

Au cours de cette étude nous ferons grâce au lecteur de la technique bactériologique; beaucoup de traités, et des meilleurs se sont occupé d'un sujet qui ne saurait avoir sa place dans un ouvrage de chirurgie ; il n'en sera donc question que dans des limites absolument indispensables. En revanche nous avons fréquemment donné la liste des animaux de laboratoire sensibles aux diverses infections chirurgicales, estimant qu'au point de vue du diagnostic à établir dans les cas douteux ils sont plus utiles à connaître pour le clinicien que les réactifs colorants des microbes.

TUAUMATISMES. 10

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