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Malgré cela il ne faudrait pas trop grandir son importance pathogénique. Les uns (Renault) vont jusqu'à dire que la décomposition ammoniacale de l'urine n'est qu'un phénomène secondaire et que la cystite et la pyélo-néphrite proprement dites relèvent de fermentations dont le bacterium coli est Tauteur presque exclusivement responsable. D'autres au contraire (Rovsing), se basant sur de très nombreuses observations, montrent de la façon la plus évidente que les colibacilles innombrables contenus dans une urine acide, purulente, sont incapables de provoquer une cystite, même dans les cas où la vessie se vide très mal. Par contre, dans les mêmes conditions, les bactéries uropliages, capables de décomposer l'urée et de rendre les urines ammoniacales, donnent presque infailliblement la cystite. La présence d'une culture pure de colibacilles dans l'urine d'un individu atteint d'une affection des voies urinaires ne serait pas une preuve du rôle pathogénique de ces microorganismes (Rovsing). Concluons donc que là encore la bactériologie n'a pas dit son dernier mot.
Albarran et Mosny ont cherché à utiliser le sérum sanguin des animaux vaccinés contre le bacterium coli commune pour prévenir et guérir l'infection urinaire. Ils ont tenté les vaccinations par inoculations répétées et progressivement croissantes de cultures virulentes, par injection de toxines filtrées extraites par macération des organes d'animaux morts d'infection cojibacillaire ou des cultures en bouillon, enfin, par des inoculations alternantes de ces filtrats et de cultures virulentes. C'est cette dernière méthode qui a donné aux animaux l'immunité la plus solide. Après avoir vu à quelles doses ce sérum immunisait
les animaux, ils auraient obtenu chez l'homme des résultats satisfaisants de ce nouveau traitement sérothérapique. Des vaccinations ont aussi été tentées avec les cultures sur bouillon stérilisées par l'ébullition et filtrées : injectées aux animaux, elles leur conféreraient l'immunité et en même temps le sérum de ceux-ci acquérerait des propriétés vaccinales protégeant d'autres animaux contre les inoculations virulentes (Gesaris Demel et Orlandi).
Depuis les travaux de Pfeiffer et de Metchnikoff, on peut admettre d'une façon générale que le sérum des animaux vaccinés contient à la fois une substance préventive et une substance bactéricide (Duflocq). La seconde se trouve dans le sérum de tous les animaux, émane du leucocyte et n'existe que dans les milieux ou liquides qui contiennent ce dernier. Cette substance bactéricide transforme le germe infectieux en granulations ; c'est la traduction de sa mort dans sa lutte contre le phagocyte et le phénomène s'observe parfaitement bien avec le bacterium coli commune, comme avec bien d'autres d'ailleurs. La substance préventive par contre n'existe que dans le sérum des animaux vaccinés et elle jouit de deux propriétés bien curieuses, l'immobilité du germe infectieux et son agglutination en amas enchevêtrés.
LE BACILLE DE FRIEDL^NDER
Fig. 11.
Le bacille de Friedlœnder, habituellement simple saprophyte décolorable au Gram, se présente sous forme de bâtonnets très longs mesurant 1 à 2 [x de long, réunis deux par deux et ayant une auréole assez nette, sorte de capsule prenant difficilement les couleurs d'aniline. Il est immobile et n'a jamais de spores. 11 tue invariablement les souris, dans la moitié des cas les cobayes ; le lapin est réfractaire, mais pas d'une façon complète (Denys, Martin et Roger).
Le microbe de Friedlœnder se rencontre dans la salive quatre
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fois et demie sur cent personnes saines (Netter), une fois et demie pour cent dans le mucus nasal (ïhost), dans la moitié des cas d'ozène (Terson et Gabriélidès). On le trouve aussi dans les plafonds (Emmerich), dans le sol (Jacowsky), dans l'afr (Pawlowsky, Uffelmann), dans les égouts (Rintano Mori).
Dans le mucus nasal de l'ozène Lœwenberga décrit en 1880 un microbe encapsulé, se décolorant par la méthode de Gram et ressemblant au bacille de Friedlœnder. Bien qu'on ait attribué à un certain bacillus fœtidus ozœnœ des propriétés pathogènes. (Hajek), celui de Lœwenberg a été confirmé maintes fois (Gornil, Klamann) et identifié au pneumobacille (Thost, Marano, Laurent, HoPE, Campos Sales, Valentin, Beruner, Etienne). Quoi qu'il en soit, son auteur persiste à chercher des différences entre son bacille spécifique et celui de Friedlaender d'après les apparences sur les cultures ; d'après les modifications chimiques du lait ; d'après les odeurs produites par les cultures, le pneumobacille dégageant un violent parfum detriméthylamine,lecoccobacille de l'ozène exhalant, jsur gélose ou gélatine, une agréable odeur comparable à celle du sureau ou du troène en fleurs ; d'après les vaccinations, une souris immunisée contre, le pneumobacille n'étant pas protégé contre le bacille de l'ozène et réciproquement. La question n'est donc point encore vidée.
Dans le rhinosclérome, Frisch en 1 882 a découvert un bacille qui porte son nom et qui depuis a été plusieurs fois revu (Pellizari, Ghiari, Gornil et Alvarez). Or les caractères du bacille de Frisch le rapprochent aussi, d'une manière surprenante, de ceux du pneumobacille, et beaucoup ont affirmé leur identité (Gun- THER, Netter, Paltauf, Eiselsberg). Le pneumobacille, hôte ordinaire de la salive, n'est-il venu se greffer que secondairement (Jacquet), ou bien n'est-ce qu'une bactérie banale, sans spécificité, produisant, dans certaines conditions de climat et de milieu, cette néoplasie spéciale (Gornil et Babès) ?
Le pneumobacille de Friedlœnder s'est encore rencontré dans les dacryocystites (Vidmark, Guénod), dans l'ulcère de la cornée (Terson), le phlegmon de l'œil (Terson), la parotidite suppurée (Girode), l'otite moyenne suppurée (Zauffall, Bordoni, Uffre- Duzzi, RossEL, Netter, Weichselbaum), les pleurésies purulentes
(2 p. 100 des cas, Netter, Etienne), la péricardite suppurée (Paviat, Netter, Etienne), la pyélonéphrite (Netter). Enfin le pneumobacille peut réaliser le type de la maladie généralisée, de l'infection purulente, en un mot la pyohémie vraie avec phlegmons multiples, suppurations dans les séreuses, etc., etc. (Etienne, Weichselbaum).
LE BACILLE PYOCYANIQUE
Fig. 12.
Par les méthodes pastoriennes Gessard est parvenu en i 882 à isoler des linges à pansements un organisme aérobie, très mobile, se cultivant dans l'urine neutre, la salive, la sueur, la "sérosité des vésicatoires et de l'hydrocèle. Ce microbe sécrète la pyocyanine que Fordos (1860) avait obtenue à l'état de substance chimique cristallisable, rougissant par les acides, ramenée au bleu par les alcalis et facile à extraire par le chloroforme. La suppuration pyocyanique est d'une bien petite importance en pathologie humaine, mais au point de vue bactériologique général
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elle présente un grand intérêt ; l'étude de son microorganisme comporte une foule de déductions applicables à d'autres germes ; c'est une page de biologie des parasites infiniment petits riche en enseignements. Le microbe possède des réactions chimiques simples de sa manière colorante qui permettent de le reconnaître aisément au milieu de toutes les autres variétés. En second lieu il est pathogène dans certaines conditions pour les animaux. Enfin il élabore des substances chimiques dont l'analyse biologique a été poussée fort loin. Gharrin a fait une étude approfondie de ce microorganisme, et nous aurons à faire de multiples emprunts à ses travaux.
C'est un bacille court de 1 ji à 1,5 jji de long sur 0,6 [x de large, souvent en chaînes de deux ou trois éléments ou en amas, très polymorphe (Gharrin et Guignard). Dans le bouillon de bœuf pur il esl mobile ; à l'étuve à 35° il se condense en un ou deux globules autour desquels la membrane s'épaissit ; ce sont des cellules enkystées, des spores résistantes à la chaleur et à la coloration. Si Ton ajoute aux cultures un aniiseptique, de l'acide phénique, du naphtol p, on obtient des bacilles de toutes longueurs, isolés ou soudps, en pseudo-filaments, formant un vrai feutrage. Avec Tacide borique à certaines doses, on a des bacilles droits, flexueux, courbés en croissant ou môme en boucle, et quand la segmentation de ces bacilles incurvés n'a pas lieu, il en résulte des spirilles à huit ou dix tours de spires. Son polymorphisme extrêmement étendu est donc intermédiaire entre le microcoque et le spirille. Avec une plus grande dose d'antiseptique, on obtient des cellules durables, sphériques, à membrane épaisse, en forme de microcoquQs; ce n'est plus une forme végétative, mais une forme de conservation ou de reproduction, qui dans des conditions favorables reproduit le bacille habituel. D'ailleurs, parmi ces formes, quelle que soit celle que l'on sème sur des milieux appropriés, elle reproduit le bacille normal avec sa pyocyanine.
Les variations dans la fonction chromogène sont égalemen très nombreuses. La pyocyanime ne se fait pas s'il y a trop peu d'oxygène, ou au contraire si la culture est faite dans l'oxygène pur. Les antiseptiques agissent dans le même sens
et proportionnellement aux doses. La teinte tient aussi au milieu nourricier ; sur le blanc d'oeuf elle est verte, dans la solution de peptone, bleue, sur le jaune d'œuf, brune (Schimmelbuch).
Le microbe pyocyanique se conserve vivant dans Teau pendant soixante-treize jours (Gharrin). Les cultures soumises à l'action de Tacidç carbonique sous pression deviennent stériles au bout de peu de temps (d'ARsoNVAi.) ; les grands froids, l'ozone pur au bout de cinq minutes affaiblissent notablement son pouvoir chromogène (d'ARsoNVAL), les courants électriques sinusoïdaux également, mais sans entraver son développement dans les cultures (Gharrin et d'ÂRSoçivAL).
On a décrit deux variétés de bacifles du pus bleu, le p joeyanens, pjocyaneus a de Ernst, et le pyofluorescens (Ledderhose), pyocyaneus p de Ernst. Les propriétés pyogènes de ces bacilles ont été Remontrées par les uns (Ledderhose, Pawlowsky, WissoKowiTSCH, Gruber, Ferrari, Steinhaus, Babés) contestées par les autres (Macé, Janowski) .
Le bacille pyocyanique est pathogène pour le pigeon, le lapin, le cobaye, la grenouille, c'est-à-dire poiir des animaux essentiellement séparés par le degré thermique de leurs humeurs et de leurs tissus. Mais la diversité des espèces fait varier les doses nécessaires à l'inoculation (bien plus faibles pour le lapin et le cobaye), et aussi la nature des accidents par lesquels se traduit la maladie pyocyanique. Le pigeon a tendance au sommeil, refuse toute nourriture, la grenouille demeure immobile, maigrit ; le cobaye offre au lieu d'inoculation une tuméfaction qui s'ulcère et la mort arrive si l'injection dépasse un centimètre cube de culture. Ghez le lapin ce sont toujours des accidents généraux qui dominent, et alors l'affection peut être suraiguë, foudroyante en moins de vingt-quatre heures, ou bien subaiguë, voire môme chronique et pouvant durer plusieurs mois ; dans les formes rapides, abattement, somnolence, convulsions, fièvre, diarrhée, albuminurie; dans les formes lentes, entérite, cachexie, troubles moteurs paralytiques; c'est ce qu'on peut aussi appeler du polymorphisme clinique. Le bacille pyocyanique s'inocule à la mouche et au ver de terre ; il peut même vivre sur les végé-
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taux et se retrouve virulent dans les feuilles de cactus huit jours après l'inoculation (Gharrin).
Chez rhomme il n'est pas à proprement parler pathogène ; on a pu souvent l'inoculer impunément sous la peau ; sur les plaies il provient des téguments environnants, car c'est un hôte très fréquent de la peau de l'aisselle, de Faîne, de la marge de l'anus. C'est tout à fait par exception qu'on l'a trouvé dans des arthropathies, des broncho-pneumonies, dans des cas d'infection généralisée (Ehlkrs, Neumann, OEttinger, Karlinski) produisant des papules qui deviennent pustuleuses et laissent à leur place des ulcérations profondes à fond gangreneux, à bords infiltrés, à coloration hémorragique. Le bacille a, dans ces cas, été découvert dans des lésions cutanées, dans le sang, les parenchymes. A rappeler, à titre de curiosité, qu'il peut faire partie des germes de suppuration de l'oreille moyenne.
Charrin a démontré l'importance de la porte d'entrée du bacille dans l'économie. 11 fait avaler à des lapins des quantités massives de cultures ; les animaux se portent parfaitement. Dès qu'on injecte seulement un demi-centimètre cube dans la veine de l'oreille, l'animal meurt avec une entérite ; mis directement dans le tube digestif, le microbe n'a pas provoqué le phénomène diarrhée ; introduit dans le sang, il va se localiser dans l'intestin loin de sa porte d'entrée. Déposé à la surface des plaies artificielles chez le lapin, il ne détermine aucun accident, pas même la coloration spéciale que l'on voit dans l'espèce humaine. Ce qui prouve que les organismes sont en quelque sorte une série de milieux qui se comportent vis-à-vis du bacille comme autant de bouillons différents, facilitant plus ou moins l'évolution de la maladie.
Une des questions les mieux étudiées est celle des produits solubles du bacille pyocyanique. Les liquides de culture filtrés à la bougie ou stérilisés à d50<* et injectés dans les veines à la dose de 60 ou 80 centimètres cubes provoquent l'apparition de la diarrhée dans les vingt-quatre heures. Tout comme les bacilles eux-mêmes dont ils proviennent, ils n'ont aucune action s'ils sont introduits par la voie digestive. L'abattement, la somnolence, l'albuminurie, les hémorragies, la mort peuvent survenir
si on répète les doses ; mieux encore, on peut faire naître des troubles moteurs, des contractures des membres postérieurs, voire même des paralysies (Charrin). D*où il faut tirer cette conclusion que ces accidents sont bien d'ordre toxique et que le bacille pyocyanique agit par Fintermédiaire des poisons auxquels il donne naissance.
Ces produits solubles sont pyrétogènes ; mais les cultures stérilisées et non filtrées, contenant par conséquent les bacilles à Tétat de cadavres, le sont bien plus encore et déterminent une augmentation de volume de la rate. Elles diminuent l'excitabilité des centres vaso-dilatateurs bulbaires, atténuent l'inflammation provoquée par les applications d'huile de croton sur les oreilles du lapin (Gamaleïa et Charrin). Elles sont capables d'entraîi;ier l'apparition de monstruosités lorsqu'on les injecte à des œufs soumis à l'incubation (Féré).
On pourra objecter que les fonctions de sécrétion du microbe variant avec la nature du milieu, rien ne prouve que dans le corps du lapin le bacille pyocyanogène fabrique les mêmes substances chimiques que dans un bouillon. Or en recueillant les urines des animaux en pleine infection pyocyanique et en les injectant après stérilisation, on reproduit les paralysies qui caractérisent si bien l'affection (Bouchard). L'analyse de ces produits solubles a pu être poussée assez loin et les propriétés de leur ensemble, qui n'est évidemment qu'un mélange, ont été en partie dissociées. Charrin a extrait des cultures pyocyaniques : 4<* des principes volatils séparables par distillation qui agissent sur les vaso-moteurs, paralysent le centre dilatateur, ressèrent les vaisseaux au préalable dilatés ; 2<> des parties insolubles dans l'alcool qui déterminent de la diarrhé, de la fièvre, parfois l'albuminurie, des hémorragies. La chaleur diminue leur toxicité ; à doses infiniment petites, elles ne sont plus toxiques, mais elles ont un pouvoir vaccinant ; 3<^ les parties que l'alcool dissout font apparaître des convulsions et k certaines doses tuent le cobaye, mais ne le rendent jamais réfractaire.
Cependant, dans cette maladie infectieuse expérimentale, il ne faut pas tout attribuer à. l'intoxication par les produits solubles. 11 y a quelques phénomènes mécaniques dépendant du
bacille et dont il faut tenir compte. Les infarctus du rein sont dus à des embolies microbiennes ; on retrouve les bacilles dans l'urine ; le liquide de la diarrhée en contient aussi qui ont traversé la muqueuse intestinale.
L'injection sous-cutanée de cultures -pyocyaniques n'amène pas la mort chez le lapin quand les doses sont inférieures à 4 centimètre cube. L'animal ébauche une maladie légère, diminution de l'appétit, faible élévation thermique, traces d'albumine, présence du microbe dans Turine, mais il ne périt pas. Après cinq ou six inoculations de ce genre, faites à quelques jours d'intervalle, il a acquis l'immunité et l'injection intraveineuse massive ne produit plus rien (Gharrin). La même vaccination se fait avec les produits solubles des cultures débarrassées de tout germe par la filtration ou la chaleur. Il en est également ainsi pour les produits élaborés dans l'organisme vivant et éliminés par le rein ; les urines des lapins pyocyaniques contiennent des matières vaccinantes (Bouchard). Et le sang en renferme aussi (Gharrin et Ruffer) ; stérilisé à 1 10» et filtré, le sérum confère l'immunité par l'injection intravasculaire faite aux animaux. Dans ce sérum, la végétation du bacille du pus bleu est entravée, sa fonction chromogène est supprimée ou diminuée, les formes sont anormales, rappellent celles que l'on obtient dans les cultures sur les milieux antiseptiques (Gharrin et Roger).
Gette substance immunisante n'est pas la pyocyanine ; l'urine ne contient pas trace de matière colorante et pourtant elle est vaccinale. Le sulfure de mercure introduit dans les bouillons de culture entrave complètement la fonction chromogène; néanmoins les cultures incolores stérilisées confèrent l'immunité. Inversement la pyocyanine cristallisée dissoute dans l'eau et injectée ne détermine ni accidents, ni immunisation. La dissociation entre la fonction chromogène et la fonction pathogène est complète.
Cette immunité est parfois héréditaire ; elle se transmet aux descendants. Souvent les produits de la conception n'arrivent pas à terme, mais parmi les petits qui vivent, les uns sontcomme leurs ascendants immunisés contre la maladie pyocya-
nique, tandis que d'autres n'y sont point réfractaires sans qu'il soit possible d'établir aucune règle à cet égard (Gharrin).
Le mécanisme de l'immunisation semble s'expliquer par l'intervention de la phagocytose. Quand on dépose sous la peau de deux lapins, dont un seul est réfractaire, le microbe du pus bleu, la diapédèse s'opère avec une intensité extrême chez le résistant comparé à l'autre. Dans l'œdème de la région inoculée du premier on trouve des milliers de phagocytes et chez le second quelques-uns à peine.
Les infections combinées de deux microbes peuvent ne pas s'influencer, se favoriser ou se combattre. Nous en avons déjà dit un mt)t au sujet du charbon et nous en avons un exemple dans l'antagonisme de la vaccine et de la variole. Lorsqu'on inocule la bactéridie charbonneuse et qu'on injecte ensuite tout autour du point d'inoculation des doses variables de cultures du bacille pyocyanique, dans la moitié des cas les sujets d'expérience résistent, tandis que tous les témoins succombent (Bouchard). Si l'on sème le bacille du pus bleu dans une culture de bactéridie charbonneuse en pleine activité, il y pousse fort bien et le mélange des deux devient de moins en moins nocif en injections chez le cobaye, si bien qu'au bout de trois semaines cette culture mixte est devenue inoffensive. Elle contient de nombreuses formes d'involution du bacille du charbon, des filaments plus ou moins contournés inais pas de spores, et cependant la bactéridie ainsi atténuée reprend immédiatement sa virulence et sa forme habituelle dans de nouveaux milieux nutritifs.