‹ Traumatismes, infections et diathèsesChapitre 27 sur 38 · PÉRIODE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

PÉRIODE SECONDAIRE

Andral a dit que c'était par la syphilis qu'il conviendrait d'inaugurer l'étude de la médecine, car nulle maladie n'est

mieux faite pour représenter à l'esprit de Tétudiant ce qu'est une imprégnation morbide de l'économie par un principe virulent.

Les accidents généraux entrent en scène au cours de la septième semaine qui suit le début du chancre; il y a là une sorte de seconde incubation. L'intervention du traiteirient spécifique, précoce a pour résultat de retarder cette éclosion, quelquefois jusqu'au troisième ou quatrièine mois. Ces accidents sont remarquables par leur multiplicité et leur ubiquité : dermatoses, lésions des muqueuses, adénopathies, gommes, ophtalmopathies, sarcocèle, lésions vasculaires et viscérales, et prédilection de ces dernières pour le système nerveux, tels ils sont en résumé. Ils ont encore ceci de particulier, c'est qu'ils apparaissent dans un certain ordre chronologique; les uns sont précoces, d'autre ne surviennent qu'au bout d'un an, d'autres enfin sont tardifs. Ils s'accompagnent d'un certain retentissement sur la santé générale : l'anémie, la dépression du système nerveux, l'insuffisance de la nutrition, la diminution de la résistance de l'individu favorisant l'éclosion des maladies aiguës ou empirant un état diathésique déjà existant, s'observent communément. L'hémoglobine du ssfng, les globules rouges sont diminués ; au contraire les globules blancs sont augmentés de nombre.

Les lésions tégumentaires, les syphilides sont des éruptions apyrétiques à évolution lente, aprurigineuses, très sensibles à l'action curative du mercure, ayant une teinte spéciale rappelant celle du maigre de jambon ou du cuivre, souvent de forme cerclée. Elles sont bénignes, disparaissent spontanément, sont largement disséminées, parfois même généralisées, souvent polymorphes, de distribution des plus irrégulières. Toutes sont des colonisations microbiques des foyers limités de l'agent pathogène, car toutes sont contagieuses dès qu'elles deviennent humides et suintantes par la perte de leur revêtement épidermique.

Les syphilides érythémateuses comprennent la roséole et la roséole circinée. La première est la plus commune de toutes les syphilides et la plus précoce : ce sont des taches sans saillie, sans squammes, des dimensions d'une lentille à celle d'une

pièce de 20 centimes, parfois fusionnées en plaques, de contours amorphes, de couleur rose au début, rouge ensuite, fauve sur leur déclin, n'éveillant ni chaleur, ni prurit, symétrique d'une moitié du corps à l'autre, de confluence variable, siégeant de préférence sur les flancs et les parties latérales du thorax, jamais au visage (sauf au front) ni aux extrémités. Traitée, la roséole disparaît vite ; non traitée elle persiste quelques semaines, et de toutes façons disparaît par résolution progressive ; elle peut récidiver deux, trois fois, généralement d'une façon plus discrète.

La roséole circinée est plus tardive, se voit à la fin de là première année ou pendant la seconde de la syphilis, présente des taches roses plates, en arcs de cercle, en croissants, en arceaux conjugués. 11 suffira de rappeler qu'il faudra les distinguer de la rougeole fébrile, ne respectant ni la face, ni les extrémités, accompagnée de catarrhes des muqueuses ; de la roséole simple, saisonnière, prurigineuse, souvent faciale, avec phénomènes généraux ; de la roséole résineuse par absorption de copahu, plus rouge, plus vineuse, avec foyers confluents au niveau des jointures,, d'existence très éphémère; du pityriasis versicolor rosé, squammeux, farineux, contenant le microsporon furfur; du pityriasis rosé également squammeux ; de la roséole de l'antipyrine d'un rouge plus vif, avec localisations particulières et accidents généraux d'intoxication.

Les syphilides papuleuses et papulo-squammeuses affectent des formes variées, lenticulaires, ponctuées, nummulaires, en nappe ; ce sont des élevm^es rouges, des dimensions d'une lentille, faisant un léger relief mais à surface plate, d'un rouge sombre, couleur jambon, ou cuivrées, dures, donnant la sensation d'une lentille insérée dans la peau (ce qui les distingue des papules psoriasiques), franchement squammeuses, disséminées partout, évoluant pendant plusieurs semaines au moins pour terminer par résolution.

Les syphilides ulcéreuses superficielles sont des formes secondaires tardives ; elles sont superficielles par rapport aux ulcéreuses tertiaires qui sont profondes. Elles sont constituées par une ulcération entourant le derme, orbiculaire, à bords entaillés,

à fond jaune ou rouge, sécrétant un liquide puriforme, recouverte d'une croûte qui se renouvelle. Ces lésions se groupent par places, régressent au bout de quelques mois, laissant une macule cicatricielle brunâtre, pigmentée.

Signalons seulement d'autres syphilides plus rares comme les formes malignes papulo-tuberculeuses, papuleuses exfoliatrices, papuleuses nigricantes, pigmentaires, etc. Le mercure est le spécifique des syphilides secondaires; Tiodure est loin d'avoir une action aussi puissante. Le traitement externe est secondaire.

Les syphilides muqueuses, improprement englobées sous le nom de plaques muqueuses, sont érosives, papulo-érosives, papulo-hypertrophiques ou ulcéreuses. Elles sont d'observation très commune dans les deux ou trois premières années de la vérole. Elles apparaissent sur la muqueuse génitale, sur la muqueuse buccale, plus rarement en certaines régions du tégument cutané dont la finesse et Thumectation habituelle explique leur présence. Ce sont des lésions sécrétantes, humides, de caractère essentiellement contagieux ; bien plus souvent que le chancre elles propagent la syphilis. Elles récidivent et repullulent avec une déplorable facilité. La vulve, le vagin, le col utérin d'une part, le gland, le prépuce, le scrotum, les régions anale et péri-anale de l'autre, en sont fréquemment le siège . Mais de tous les accidents d« la vérole, les syphilides bucco-gutturales sont de beaucoup les plus communs ; il y a peu de malades, si bien traités qu'ils soient, qui y échappent; chez d'autres ils se répètent, se renouvellent à satiété pendant des années. Gomme siège spécial en première ligne vient l'amygdale, puis la langue, enfin les lèvres. Les plaques muqueuses n'offrent aucun caractère objectif qui permette d'en affirmer la nature. Elles ressemblent aux érosions simples, à Therpès buccal, aux aphthes, à l'hydroa buccal, aux érosions d'origine dentaire, etc., et le diagnostic ne peut en général être établi qu'à la suite de la recherche minutieuse d'autres stigmates de syphilis chez le sujet. A l'inverse des syphilides cutanées, elles cèdent moins bien à la thérapeutique mercurielle qu'au traitement local : le nitrate d'argent et le nitrate acide de mercure sont les meilleurs des caustiques à leur appliquer.

Les adénopathies secondaires sont pour ainsi dire constantes.

Elles coïncident avec Tapparition des premières poussées. éruplives secondaires. La syphilis secondaire a une prédilection marquée pour certains groupes ganglionnaires; trois d'entre eux sont intéressés avec une énorme supériorité de fréquence par rapport à tous les autres : ce sont les ganglions cervicaux postérieurs, les antérieurs et les ganglions épitrochléens ; tous les autres sont relativement épargnées. Au point de vue clinique l'adénopathie secondaire est calquée sur le type de l'adénopathie primitive; elle est aphlegmasique, indolente, spontanément résolutive, en somme bénigne. Chez certains sujets les ganglions sont gros, volumineux, constituent des chapelets caractéristiques; chez d'autres, formant des hybrides avec la strunie,les adénopathies se résorbent lentement ou s'enflamment et suppurent.

Les lésions de la syphilis secondaire sont extrêmement nombreuses; nous ne pouvons les passer tontes en revue. Le lecteur ti'ouvera dans les autres volumes de la collection, au larynx ce qui a trait aux maladies syphilitiques de cet organe, au système osseux les périostites, les périostoses, les ostéalgies, aux articulations les arthralgies, les hydarthroses, les arthropathies secondaires, le pseudo-rhumatisme syphilitique, aux synoviales les synovites tendineuses, les hygromas, aux affections des muscles les myosalgies, les contractures, la myosite, les amyotrophies, aux maladies de l'œil la kératite ponctuée, la kératite interstitielle, l'iritis secondaire, à celles de l'oreille les syphilides du conduit auditif externe, les troubles fonctionnels de la trompe d'Eustache, l'otite moyenne, la surdité foudroyante, aux maladies du testicule l'épididymite et à celles des organes génitaux de la femme la leucorrhée, les névralgies utérines, les troubles menstruels.

De même le lecteur voudra bien se reporter aux ouvrages d'obstétrique pour ce qui concerne la grossesse au cours de la syphilis des premières périodes, l'influence abortive delà vérole, surtout pendant la période secondaire, étape particulièrement nocive pour la parturition et le produit de la conception, aux traités de dermatologie pour la description que nous avons dû fortement abréger des lésions tégumentaires, pour l'onyxis, Talopécie, etc., et enfin aux livres de médecine proprement dite,

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au sujet de la fièvre syphilitique, intermittente, continue ou atypique, des accidents nerveux tels que céphalée secondaire, troubles du sommeil, asthénie nerveuse, névralgies, névrites, analgésies, tremblement musculaire, des troubles du système circulatoire comme palpitations, tachycardie, arythmie, phlébites, des complications attenant au tube digestif et à ses annexes tels que gastralgie, entéralgie, entérite, anorexie, boulimie, ictère grave, spiénomégalie, néphrite.

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