PLAIES PAR ARRACHEMENT
Les exérèses que produit une traction violente simple ou combinée avec la torsion constituent les plaies par arrachement. Une force considérable, agissant d'une façon continue, et en un point distant de l'endroit où se fait la séparation des parties est toujours nécessaire. Le lambeau arraché peut rester parfois attaché par une base plus ou moins large. Les facteurs habituels de ces traumatismes sont les puissantes machines de l'industrie moderne dont les volants ou les engrenages peuvent arracher un membre tout entier. Une corde enroulée autour d'un bras, un appareil à réduction de luxation ancienne peuvent détacher un segment «de membre ; une bride de cheval, un nœud coulant le feront pour un doigt ; le cuir chevelu, les organes génitaux de l'homme, l'oreille peuvent être détachés. Lorsqu'il s'agit d'un membre, la séparation se fait habituellement au niveau d'un interligne articulaire, mais aussi on cite des exemples d'arrachement du membre supérieur avec la clavicule et même avpc r omoplate. 11 est plus exceptionnel de voir la rupture dans la continuité d'un segment de membre.
Les divers tissus se séparent à des hauteurs différentes. Les tendons se disjoignent de leurs muscles très loin du foyer principal et le segment arraché entraîne avee lui de longs bouts mesurant jusqu'à trente centimètres. Les nerfs aussi se rompent au-dessus du plan de section, voire même au niveau de leur insertion médullaire (Flaubert). Les tuniques internes et moyennes des artères se déchirent et se recroquevillent; la tunique externe s'étire comme un tube de verre ramolli à la flamme et finit par se rompre après avoir oblitéré la lumière du vaisseau. L'hémostase est précisément due à l'effilcment de cette tunique externe et au caillot formé dans ce cône qui remonte jusqu'au niveau de la tunique moyenne rompue sans la dépasser. Dans les veines la tunique adventice plus délicate se rompt en même temps que les autres et l'hémostase de ce fait se trouve moins bien assurée. Les téguments, grâce à leur élasti-
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cité, sont les derniers à se rompre; leurs bords amincis, frangés, enroulés sur leur surface saignante se rétractent le plus souvent en laissant à découvert une étendue variable du moignon déchiré. Dans les arrachements dès téguments du crâne, la séparation se fait dans la couche de tissu conjonctif lâche et mince située entre Tépicrâne et le périoste.
La caractéristique des plaies par arrachement est l'irrégularité des surfaces . Du côté du tronçon, saillie des artères, des nerfs et sui^tout des tendons qui s'allongent comme des rubans moirés; du côté du moignon, saillie des muscles et des os. La douleur est parfois vive, mais diminue très vite ; souvent elle est nulle. Mais aussi ces grands traumatismes déterminent facilement des phénomènes nerveux réflexes, la syncope, le choc. 11 est inutile d'insister sur la facilité avec laquelle peuvent s'abattre toutes les complications principalement d'ordre sep tique sur ces plaies irrégulières, anfractueuses, à zone stupéfiée très étendue. Heureusement sous le couvert des pansements antiseptiques, ces accidents sont évitables ; parfois même il sera possible de réunir et de suturer partiellement certaines parties. Quand au contraire on aura des doutes sur les vraies limites des zones stupéfiées et contuses, il faudra retarder toute intervention ; plus tard on réséquera les parties en saillie pour régulariser le moignon. Pour combler les pertes F,g ^ de substance des opérations autoplastiques seront nécessaires ; les divers modes de greffe cutanée trouveront leurs indications spéciales selon les cas.