LA MUTUALITÉ INTERNATIONALE
Exposition de Liège y 5 Août 1905.
Lors de TExposition universelle de Liège, en 190o^ un deuxième Congrès international de la Mutualité fut organisé, — le premier s'était tenu à Paris en 1900, — qui avait à étudier, parmi diverses questions, l'internationalisation des services mutualistes et la création d'un Bureau permanent d'études mutualistes et des Congrès de la mutualité.
M. Millerand avait été convié à présider la conférence de M. Mabilleau, le 5 août.
Le président de la Commission d'assurance et de prévoyance sociales traça le plan du vaste programme de travail qui s'ouvrait devant la mutualité si cette grande et belle institution savait « plier ses usages aux besoins d'une clientèle sans cesse élargie ».
J'ai accepté avec empressement Thonneur que m'a proposé le Comité directeur de l'École internationale des expositions de présider la conférence inaugurale de M. Mabilleau sur la Mutualité française.
De nombreux motifs concouraient à m'attirer à Liège : le désir, d'abord, de faire connaissance avec une ville si justement célèbre h tant de
titres, d'admirer une nouvelle et merveilleuse. manifestation d'art et d'industrie, d'y apprécier la participation, que je n'imaginais point si importante et si belle, de notre pays; puis, sans parler du plaisir d'entendre un orateur de race qui est sans doute à l'heure présente un des personnages les plus représentatifs de la mutualité française, l'attrait tout particulier qu'offrait au président de la commission d'assurance et de prévoyance sociales de notre Chambre française la réunion du second €ongrès mutualiste international. '
Comme l'École internationale des expositions, le Congrès international de la Mutualité date de l'Exposition de 1900^ C'est à cette époque qu'il se tint pour la première fois à Paris. Le période quinquennale qui vient de s'écouler marquera dans l'histoire de la mutualité, en belgiqn.ie comme en France.
Je n'ai rien à ajouter au tableau que M. Mabilleau vous a tracé avec tant d'éclat du mouvement mutualiste en France dans ces dernières années, et il y aurait de ma part quelque outrecuidance à essayer de vous donner même un aperçu des progrès réalisés dans la même période par les sociétés belges.
Je ne crois pas me tromper en ava,nçaiit qu'un trait commun caractérise l'essor de la mutualité dans les deux pays.
Mutualistes belges comme mutualistes fraBi^
çais sont profondément pénétrés de Fidée que, pour reprendre les termes d'un des rapporteurs belges du Congrès : « Il faut se garder de confondre la mutualité avec Tassurance pure, et que ce sont là deux choses différentes. » Pourtant, les uns et les autres contresigneraient, j'en suis sûr, cette assertion d'un autre écrivain belge, lui aussi rapporteur du Congrès international : « Pour être à la hauteur de sa mission, la mutualité doit offrir autant de garanties que n'importe quelle compagnie d'assurances. »
Comment concilier ces deox propositions, laisser à la mutualité son allure propre, son empreinte individuelle pour ne pas dire individualiste, et la doter néanmoins des progrès scientifiques, Tarmer des prescriptions sévères, des xègles strictes, qui sont la condition et le gage de la sécurité indispensable à son développement et à sa prospérité?
La réponse à cette redoutable question, qui est pour la mutualité une question de vie ou de mort, vous la trouverez à toutes les lignes du programme du deuxième Congrès international de, la Mutualilé, à toutes les pages des rapports si intéressants qui furent l'aliment et le thème de ses travaux.
Préparer une entente internationale sur la statistique de la mutualité; examiner les conditions et les modes de la réassurance dans les divers pays; aborder le problème si captivant
et si difficile de la mutation internationale, c'est-à-dire du libre échange mutualiste qui ferait de tous les mutualistes du monde autant d'adhérents éventuels, acceptés d'avance par toutes les mutualités, sans exception de régime ni de nationalité, sur leur seule qualité de mutualiste, — qu'est-ce donc, sinon travailler à agrandir la mutualité jusqu'aux proportions de la solidarité humaine?
Des esprits chagrins noteront aisément dans ce programme une part de rêve. Malheureux qui n'a jamais rêvé ! La vie n'est rien, elle ne vaut pas d'être vécue si elle n'est pas l'accomplissement, souvent lent et difficile, de nos rêves. Ce sont des rêveurs qui ont, les premiers, tracé, dans leurs songes, la voie solide et large de liberté, de justice et de fraternité où nous avançons aujourd'hui.
Pour moi, tout vibrant encore des nobles émotions de notre second Congrès international des retraites pour la veillesse, réuni à Paris en juin dernier, où la mutualité tint une si large place, je salue avec joie le rapprochement '— présage des unions prochaines et fécondes — entre les partisans de la mutualité et les défenseurs de l'assurance.
« L'union fait la force » : cette devise du peuple belge est depuis longtemps celle de la mutualité; et, pour emprunter une dernière citation à l'un de nos hôtes, rapporteur du Con-
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grès international : ^< Ce que ne peut faire un individu, une association d'individus le réalise; ce qui est impossible à une société seule devient possible pour une réunion ou fédération de sociétés; ainsi de suite. »
Eh! oui, on ne peut s'arrêter dans cette voie. Ce sera Fhonneur de la mutualité d'être jusqu'au bout fidèle à ses origines et de rester, sans défaillance, logique avec elle-même. Initiatrice des œuvres de prévoyance et de solidarité, elle voudra en demeurer maîtresse. Accessible à tous les progrès, elle saura renouveler ses méthodes, rajeunir ses traditions, plier ses usages aux besoins d'une clientèle sans cesse élargie, de manière à étendre les bienfaits de la prévoyance à ceux-là qui en ont le plus pressant besoin et à embrasser enfin, dans sa maternelle étreinte, l'humanité tout entière..