LE CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS
1" Juillet 1903.
La réorganisation des Services du Conservatoire des Arts et Métiers accomplie par M. Millerand comme ministre du Commerce fut complètement terminée au cours de Texercice 1903.
M. Loubet, Président de la République, inaugura officiellement, le l^'" juillet 1903, les nouveaux services du laboratoire d'essais et de la propriété industrielle.
M. Millerand, président du Conseil d'administration du Conservatoire, prononça, à cette occasion, l'allocution suivante :
Monsieur le Président de la République,
Au nom du Conseil d'administration du Conservatoire national des Arts et Métiers, de son Conseil de perfectionnement, de «a Commissioa
technique, de son Corps enseignant et de son personnel tout entier, j'ai Thonneur de vous adresser nos vœux de respectueuse bienvenue dans notre cher et grand Etablissement.
Nous vous sommes profondément reconnaissants, Monsieur le Président de la République, d*avoir su trouver une heure, au milieu de tant d'obligations et de soucis, pour la donner à Tinauguralion de l'œuvre que nous avons la fierté de vous présenter. Elle mérite, nous né craignons pas de le proclamer, le grand honneur que vous lui faites.
La Révolution française a donné ses titres au Conservatoire des Arts et Métiers : dès sa naissance il portait en soi les germes à Téclosion desquels vous assistez aujourd'hui.
Il a fallu l'aide indispensable du temps poîir que, le besoin créant l'organe, à côlé des Collections qui sont la parure et l'honneur de notre Maison, surgissent cet Office national de la Propriété industrielle, ce Laboratoire d'essais, que vous inaugurez.
Qui n'a pas vu, dans les étroits et incommodes locaux de la rue de Varenne, les.services de la Propriété industrielle, ne saurait estimer à leur prix les améliorations qu'a apportées au peuple laborieux des inventeurs leur transfert en plein centre des affaires, dans une installation claire et spacieuse, oîi viendront bientôt les rejoindre, nous en avons la confiance", les ser-
vices annexes encore retenus à la Recette centrale et à la Préfecture de la Seine.
Ce que vous voyez, Monsieur le Président, nVst d'ailleurs que la moindre part des progrès accomplis. La publication intégrale des brevets d'invention, si ardemment souhaitée, est un fait acquis. Les améliorations certaines, récemment apportées à la législation spéciale de la Propriété industrielle, en appellent d'autres qui sont, en ce moment même, élaborées ici. La France a satisfait au vœu de la Convention» internationale du 20 mars 1883, qui voulait que chaque État établît un service spécial de la Propriété industrielle et un dépôt cenlral pour les communications au public. Sans forfanterie, mais sans inquiélude, notre pays peut, désormais, affronter' la comparaison, dans ce domaine, avec ses rivaux économiques les mieux armés.
La création du Laboratoire d'essais comble une lacune dont la gravité avait, dcvs longtemps, été signalée. Je laisse à des voix plus autorisées que la mienne le soin de vous faire, fout à rheure, apprécier la valeur scientifi<jue et Tutililé pratique de Toutillage perfectionné que le' Laboratoire met au service des commerçants et des industriels, assurés, à partir de ce jour, de pouvoir faire vérifier leurs machines, lours produits bruts ou manufacturés de toute nature par des appareils et des méthodes (\m défient toute critique.
11 n'est pas à craindre que le souci si légitime de la perfection scientifique ne nuise à la marche de services qui, poux remplir les espérances suscitées, veulent avant tout être dirigés industriellement. Les conditions mêmes oîi le Laboratoire s'est créé, oii il fonctionnera, suffiraient à dissiper de telles appréhensions. Nous ne l'oublions pas, en effet, et je saisis avec empressement cette occasion solennelle pour affirmer^ à nouveau, en votre présence, la dette de gratitude qu'a contractée le Conservatoire envers la Chambre de commerce de Paris. Sans son généreux et éclairé concours, ces créations ne seraient pas sorties de terre. Après leur avoir donné la vie, elje ne les abandonne pas. La présence de son Président, de quelques-uns de sqs membres dans notre Conseil d'administration, dans nos Commissions techniques, et, à côté d'eux, de représentants également autorisés de l'industrie et de la science appliquée, est la plus sûre garantie que ni le Laboratoire, ni l'Office ne sont menacés de perdre le caractère pratique qu'ont entendu leur imprimer leurs fondateurs.
Cette rénovation du Conservatoire, son adaptation nécessaire aux besoins de la production contemporaine, n*est pas pour inquiéter les maîtres illustres, témoins et défenseurs parmi nous de nos traditions.
En venant occuper dans le Conservatoire réorganisé la large place à laquelle elle a droit,
l'Industrie n'usurpe ni ne réduit celle que doit y garder la Science. Tout au contraire : la vie nouvelle dont s'est emplie cette maison se manifesle dans toutes les branches de son activité. - C'est notre orgueil de voir grossir chaque . année le nombre de ces élèves admirables, de tout âge et de toutes conditions, employés, ouvriers, qui, leur tâche quotidienne finie, prennent sur leur repos pour accourir le soir, dans des amphithéâtres devenus insuffisants, recevoir renseignement qui leur vient de si haut. Professeurs de nos Facultés, de notre Ecole normale supérieure, du Collège de France, membres de rinstitut, voici leurs maîtres devant vous, témoignant par leur présence du lien étroit qui ne cesse d'unir cette Sorbonne de l'Industrie à notre Enseignement supérieur. Comme eux, à côté d'eux, tous les membres du personnel de notre Conservatoire vous attestent par ma voix leur attachement passionné à l'œuvre populaire et nationale dont ils sont les serviteurs.
Votre visite, Monsieur le Président de la République, est pour nous tous la plus haute des récompenses et lu plus précieux des encouragements.