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UN PROGRAMME DE

Banquet du Syndicat des Entrepreneurs de Travaux publics, , 21 Décembre 1906.

Le Syndicat professionnel des Entrepreneurs de Travaux publics de France offrait, le 21 décembre 1905, son 24® banquet annuel, sous la 4)résidence d'un délégué du ministre des Travaux publics.

Le président, M. Groselier, avait dénoncé la situation économique stationnaire de la France et affirmé l'impérieuse nécessité pour les pouvoirs publics d'aménager nos ports et nos routes fluviales, sous peine d'assister à la déchéance de notre industrie et de notre commerce dans le monde.

M. Millerand répondit à l'appel de M. Groselier par le discours suivant, qui montre que l'ancien ministre du Commerce n'a jamais séparé « de la poursuite du progrès social la défense des grands intérêts nationaux ».

Messieurs,

Les vacances parlementaires, en raréfiant le nombre des invités des deux Chambres, m'ont valu sans doute l'honneur et le péril de prendre îi l'improviste la parole.

Si j'avais accepté avec empressement l'invitation que vous m'avez fait l'honneur de

lïi'adresser, mon plaisir a redoublé en entendant les premières paroles par lesquelles voire président a ouvert le substantiel discours que nous avons tout à l'heure applaudi. Il a souligne avec l'autorité qui lui appartient le caraclère que vous entendez donner à cette fête, et il a voulu que ses premiers mots fussent pour marquer qu'à côté de vous, vous entendiez, à ce banquet, donner une place et une large place à vos collaborateurs de tous les jours.

J'en suis, pour ma part, profondément touché; je suis convaincu que ceux qui, comme moi, pensent que le premier devoir du Gouvernement de la République est de poursuivre, sans se lasser, avec autant de résolution que de prudence, la réalisation des réformes sociales, et que le progrès social est le but premier des efforts d'une démocratie telle que la nôtre, partageront la joie que nous cause le speclacle de grands patrons affirmant ainsi publiquement l'union affectueuse qui les unit à leurs collaborateurs. {Vifs applaudissements.)

Mais il n'y a pas de progrès social, il n'y a pas de réformes sociales dans une nation qui ne se préoccupe pas d'abord de défendre et d'accroître sans cesse son patrimoine économique. Les réformes sociales coûtent cher et, pour les accomplir, il faut qu'un pays soit riche; c'est pour cela qu'on ne peut pas séparer de la poursuite du progrès social la défense des

grands intérêts nationaux. {Applaudissements.) Et comment pourrions-nous perdre de vue ce qui doit être le souci quotidien d'un gouvernement digne de ce nom, quand nous avons sous les yeux l'exemple si saisissant que rappelait tout à l'heure votre président en vous traçant, en quelques mots, le tableau des progrès qu'à nos côtés accomplissent tous les jours nos concurrents ?

Oîi que nous jetions les yeux, nous voyons nos rivaux redoubler d'efforts pour mettre leur outillage économique à la hauteur de tous les besoins; partout ce sont des routes nouvelles qui s'ouvrent, des canaux qui se creusent, des ports qui complètent leur outillage. Comment fermerions-nous les yeux à cette lumière éclatante et comment pourrions-nous un seul instant oublier qu'un peuple qui s'arrête recule, et que si, dans la guerre pacifiqne qui est le lot en ce temps de tous les peuples du monde, nous cessons un instant de progresser, nous cédons la place à des adversaires mieux armés et mieux avertis que nous? [Applaudissements,)

11 ne suffit pas de rappeler ce devoir à une assemblée telle que la vôtre; sans aoute il est indispensable, dans un pays qui veut non seulement demeurer grand, mais chaque jour devenir plus grand, d'avoir une armée de travailleurs comme vous, d'hommes tous les jours attelés à la lâche, poursuivant sans relâche le mieux fait.

Mais ce n'est pas assez : il faut, pour coordonner ces efforts, pour leur donner leur maximum d'intensité, que ceux qui sont naturellement désignés pour être les guides du mouverar^nt économique, que ceux qui ont la responsabilité du gouvernement de ce pays, comprennent euxmêmes, au même degré que vous, ses besoins et les devoirs qui, de ce fait, leur incombent.

Ils l'ont compris et, permettez-moi de vous le dire, c'est avec une certaine fierté, — pourquoi ne-l'avouerais-jé pas, — que j'entendais tout à l'heure évoquer ce programme de 1903, dont il me sera permis de rappeler qu'il a vu le jour en 1900 au Conseil supérieur du Commerce :

la vigilance de mon ami, M. Baudin, alors ministre des Travaux publics, l'y a pris pour le porter au Parlement, qui en a fait. le programme de 1903.

Mais il ne suffit pas pour un gouvernement d'avoir fait un programme, pas plus qu'à un entrepreneur il ne suffit d'avoir fait un plan; ce n'est rien de faire des programmes, si l'on n'y demeure fidèle; il faut de la méthode et surtout de l'esprit de suite; et mon excellent collègue et ami, M. Cochery, président de la Commission du budget, ne m'en voudra pas si j'applaudis aux paroles de M. le Président signalant qu'il est des économies onéreuses, qu'à réduire certains crédits, à retarder certains travaux, on ne fait que des économies apparentes;

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et qu'on prépare pour l'avenir, pour un avenir très prochain, non seulement des déceptions, mais des dépenses beaucoup plus considérables et beaucoup moins profitables. {Applaudissemenis,)

Voilà pourquoi je suis avec vous pour demander aux pouvoirs publics. Gouvernement et Parlement, de rester étroitement fidèles au programme qu'on a arrêté, en même temps que de poursui vre, comme nous le faisons en ce moment, les lâches parallèles nécessaires.

On discutait, au moment de la séparation des Chambres, une loi à laquelle je ne pouvais pas ne pas penser en écoulant tout à l'heure le discours de votre président, je veux parler de la loi sur la marine marchande. Oui! 11 est trop vrai que le fret qui devrait, semble-t-il, appartenir à nos armaleui's, à notre pavillon, s'évade de nos porls pour aller chercher ailleurs des navires étrangers, et, s'il y va, ce n'est sans doute pas pour le plaisir de faire quelques lieues marines de plus, c'est qu'il y trouve son , profit.

11 faut aller à la racine du mal, il faut relever cette marine marchande qui est un des éléments nécessaires de la grandeur et de la prospérité de la France, il faut reprendre les travaux de nos ports, à l'exemple de ce qui se passe à Hambourg, où j'étais il y a quelques mois, à Anvers, ou ailleurs encore; iV ï•t\u\,,eIl\iwmQV,^.Ti\Nàl>^\^^

laque jour à une France plus grande par la paix et par le travail. {Applaudissements,)

Messieurs, en portant un toast au Syndicat des Entrepreneurs de Travaux publics de France, c'est au travail, c'est à la prospérité du pays que je lève mon verre; à vous tous, Messieurs, à vos travaux, à vos succès ! [Applandisseinents vifs et répétés,)

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