Pi'ov. IV
VERS Li PREMIÈRE COMMUNION
Qu'est-ce que vous faites ici, mes chers enfants? Pourquoi, à l'heure qu'il est, êtes-vous dans cette chapelle, tandis que tant d'autres enfants sont dans les rues, ou dans leurs familles, ou dans les classes? Que signifie une telle singularité? Pourquoi une exception pareille ?
Je vous entends : — Mais nous sommes en retraite...
— Comment! Vous êtes en retraite... Que voulezvous dire?
— Oui, nous sommes en retraite, c'est-à-dire que, durant trois jours, nous nous retirons dans une solitude plus grande, dans un recueillement plus profond, dans un silence plus complet; nous nous retirons du bruit, du mouvement, de la dissipation, même du travail, pour rentrer en nous-mêmes, en notre cœur, pour examiner notre conscience, prier DieUjTécouter... En un mot, nous sommes en retraite.
Je vous avoue, mes chers enfants, que j'ai encore un peu de peine à comprendre. Si vous me disiez : Le Pape est en retraite, je comprendrais tout de suite; parce que le Souverain Pontife a le monde à couver-
ner. Il faut qu'il se prépare à cette grande chose qui est le gouvernement de toutes les églises.
Si vous me disiez : Les prêtres sont en retraite, je comprendrais encore; parce que les prêtres ont à se préparer à cette action sublime qui est la sainte messe, à cette action si touchante qui est la confession des enfants, des jeunes gens, et l'absolution... Je comprendrais encore, si vous me disiez : Nos Frères, nos chers bons Frères sont en retraite, parce qu'ils sont appelés par Dieu à cet apostolat magnifique qui s'appelle l'éducation de Tenfance et de la jeunesse, et qu'il faut de longues heures, de longues journées, pour méditer sur cette vocation divine...
Mais vous, chers enfants, qu'avez-vous besoin de la retraite, de la solitude, du recueillement, du silence, delà méditation? Vous n'avez pas d'église à gouverner? Vous n'avez pas à célébrer les saints mystères, ni à distribuer aux âmes le pain de la parole ou le pain eucharistique. Vous n'avez pas davantage à instruire vos semblables ni à les former de cœur, d'esprit et de corps... Vous êtes trop jeunes pour cela, et c'est vous précisément qu'il s'agit de façonner, c'est vous qu'il faut élever.
Encore une fois, pourquoi êtes-vous en retraite?
— Mais nous sommes en retraite pour nous préparer à faire notre Première Communion, ou bien à la renouveler, ou encore et tout ensemble à la Confirmation.
Ahl maintenant je comprends... Je comprends si bien, mes chers enfants, que si vous n'étiez pas en retraite, j'accuserais vos maîtres devant les hommes, et je les accuserais devant Dieu!...
Vous allez faire voire Première Communion ! Oh l quelle parole, mes chers enfants ! Il n'y en a pas de plus grande sur des lèvres humaines, hormis celle que vous entendiez ce matin : « Il va dire sa première
messe ! »
Mais, savez-vous bien ce que c'est qu'une Première Communion ?
Oui, vous le savez et vous me répondez :
Une Première Communion, c'est la première rencontre de deux cœurs et de deux amours, l'immense amour du Dieu éternel et le tendre amour d'un petit enfant ! du Cœur de Jésus-Christ, le Sacré Cœur, et le cœur d'une frêle petite créature de douze ans!
Oui, et je comprends que vous ayez le désir de vous préparer à la venue en vos âmes de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je comprends que vous soyez en retraite... Et je suis heureux d'y être avec vous ; et de toutes mes forces d'apôtre, de toutes mes ardeurs, je veux vous aider à bien faire cette retraite.
Un seul mot, mes enfants, suffira pour vous faire entendre tous vos devoirs. Quel est-il, ce mot merveilleux?
Le voici :
"Vous avez à préparer votre cœur, comme le prêtre qui va dire la messe prépare son calice, le calice qui doit recevoir le Précieux Sang.
Comment se fait un calice, vous ne l'ignorez pas.
L'ouvrier descend dans les mines profondes. Il creuse dans les entrailles de la terre... Que cherchel-il dans ces ténèbres et dans ces souterrains? Une veine d'or... Et, quand il l'a trouvée, il en extrait des minerais précieux. Il dégage de sa gangue ce qu'on appelle la pépite. La parcelle dor, vous le savez peutêtre, est couverte de scories, de noirceurs, de laideurs. Il faut la nettoyer, la purifier. Voilà pourquoi, après les grandes eaux, on la jette dans le feu. Rien ne purifie comme le feu, n'est-ce pas ? Et puis, quand l'or a passé par le feu, quand toutes les parcelles, fondues ensemble, fusionnées, forment un lingot, on le remet auxmains de l'artiste, aux mains de l'orfèvre...
Celui-ci, à l'aide d'instruments perfectionnés, taille l'or, le façonne en forme de coupe ; il le cisèle, il le couvre même quelquefois de pierres précieuses... Vovez maintenant comme il reflète le soleil, comme il rayonne et resplendit! C/est un beau vase, en vérité, et il ferait bien sur la table d'un roi... C'est un beau vase ; mais ce n'est pas encore un calice, et il n'est pas digne de l'autel qui est la table de Dieu.
Que lui manque-t-il, mes chers enfants ? la consécration. C'est un vase profane, il faut qu'il devienne un vase sacré. Voilà pourquoi on l'envoie à l'évêque. L'évêque se met en prière, il appelle les bénédictions du ciel, il fait ruisseler dans la coupe l'huile mêlée de baume qu'on appelle le saint-chrême, cette môme substance de grand prix avec laquelle vous serez confirmés. N'y touchez plus : le calice est consacré ; il. peut maintenant recevoir le sang de Jésus-Christ !
Voilà ce que c'est qu'un calice.
Mais, je vous le demande, chers enfants, qu'est-ce qu'un calice, fût-il d"or massif ou de vermeil, au prix d'une âme, de vos âmes à vous, ô baptisés! Le calice ne sait même pas qu'il est un calice. Ses parois ne s'émeuvent pas au contact du sang divin ; mais, vous, âmes immortelles, vous vous connaissez vous-mêmes, et vous connaissez Jésus-Christ. Vous savez qu'il va descendre dans votre cœur jeudi matin,... et c'est pour cela que vous êtes en retraite, pour lui préparer un calice digne de lui, un cœur sans tache et plein d'amour !
En quel état est-il, mes chers enfants, votre cœur? Ne serait-il pas comparable au minerai enveloppé dans sa gangue, couvert de scories, de taches, de noirceurs, de laideurs? Appelons les choses parleur nom : de péchés, de graves péchés ?
Il faut donc purifier votre cœur, le laver, le polir, l'embelHr, le sanctifier ; il faut le consacrer.
De même que, sous la main de l'évêque, le saintchrême donne au calice son dernier lustre, l'absolution du prêtre fera ruisseler la grâce dans votre âme. Elle sera blanche, brillante, elle sera pure, et Notre- Seigneur pourra venir.
Voilà, mes enfants, pourquoi vous êtes en retraite.
Avec quelles dispositions vous devez faire cette
retraite, il ne m'est pas difficile de vous l'apprendre.
D'abord, mes chers enfants, je vous recommande
le silence. Le silence sera votre grande force. C'est le Saint-Esprit qui nous enseigne cette doctrine : In silentio erit fortitudo vestraK En retraite, les paroles inutiles peuvent faire beaucoup de mal. L'Esprit de Dieu, mes chers amis, qui va planer sur vos âmes, est comparable à Toiseau sur sa couvée. Vienne auprès de Tarbre ou du buisson un passant indiscret, Toiseau s'envole. S'il revient, et qu'il sente dans le nid une haleine étrangère, il brise les œufs, quelquefois même il étrangle les petits! Respectons l'Esprit- Sainl, divine colombe, en nous et dans chacun de nos frères.
Silence, — et joie. Je vous étonne, mes chers amis? Oui, je vous recommande la joie. Non pas, assurément, cette joie bruyante, tapageuse, qui jette l'àme dans la dissipation et pourrait vous rendre coupables; mais cette joie du cœur qui est l'onction de l'Esprit-Saint. Vous venez de le chanter : Spiritalis unctio'^, cette joie onctueuse qui se répand dans Tâme, comme une huile parfumée, et la pénètre, qui s'insinue jusqu'aux fibres les plus intimes et les imprègne de douceur et de suavité ; cette joie pacifiante qui triomphe en vos cœurs, suivant le mot de saint Paul : Paœ exuUet in cordibus vestris'^, à cette pensée : Dans trois jours, je ferai ma première communion! Dans trois jours, je recevrai le Saint-Esprit avec tous ses dons! Dans trois jours, je serai pur comme un ange ! Je serai bon ! Je serai un saint !
Au premier regard, vous pourriez croire, mes chers