‹ Travailler a son ameChapitre 108 sur 168 · Eccli. XXIV · texte numérisé non relu

Eccli. XXIV

Notre-Dame. Je vais vous la raconter à mon tour.

Un religieux était tourmenté par cette idée étrange que l'éternité durerait longtemps, puisqu'elle durera toujours, et qu'à la longue on pourrait bien s'ennuyer au paradis. Or donc, le bon moine suppliait Notre-Seigneur de mettre fin à ses perplexités, en lui révélant quelque chose du ciel. Notre-Seigneur, mes chers enfants, est si condescendant qu'il exauça l'audacieux désir de son serviteur.

Un jour, le moine se promenait sous les grands arbres de la forêt voisine. C'était le plus beau des matins dans le plus radieux des printemps.

Vous auriez bien voulu, n'est-ce pas, mes chers écoiers, vous promener en compagnie du moine!

Voilà qu'un oiseau se met à chanter. Oh ! la belle i^oixî Jamais l'oreille de l'homme n'a rien entendu ie comparable. Ce n'est ni la vocalise des fauirettes, ni les roulades du pinson, ni les trilles du 'ossignol. Ce n'est pas un chant. Ce n'est pas une roix. C'est une symphonie où l'on distingue tous les îouffles de l'air, toutes les brises des bois, tous les nstruments de musique, tous les gazouillements d'oi- >eaux, toutes les poésies de la voix humaine. L'oiseau îhantait, chantait, chantait. Le moine écoutait, écouait, écoutait,... comme en ce moment vous écoutez "^ous-mêmes, bien-aimés enfants !

Enfin, quand l'oiseau merveilleux eut chanté aussi ongtemps qu'il plut à Dieu, il battit des ailes et... isparut.

Alors, le religieux revint à lui, comme un homme ui s'éveille de l'extase ou du moins d'un sommeil nchanteur. — Où suis-je donc? — Il reprend la

route du monastère. Il est désorienté, dépaysé. C'est bien la forêt voisine de l'abbaye ; mais, tels arbres qu'il avait vus naissants, les voilà centenaires ! N'est-ce donc pas ce matin qu'il est sorti de sa cellule, invité par le beau temps à faire un tour sous bois? Voici le monastère; mais il lui paraît tout changé. On a muré la porte d'entrée, pour en ouvrir une autre d'un autre côté. Il y frappe. Le Frère portier lui demande qui il est. « Mais, je suis moine de ce couvent. — Je ne vous ai jamais vu, répond le Frère. Si vous êtes moine de ce couvent, quand donc en êtes-vous sorti ? — Ce matin même, pour aller dans la forêt. — Personne n'est sorti ce matin. Vous vous trompez. Vous n'êtes point du monastère. » Le religieux, de plus en plus étonné de n'être pas reconnu et de ne pas connaître lui-même son interlocuteur, lui dit : « Faites venir lej portier, et il le nomme. — Il n'y a point ici d'autre portier que moi. Vous me faites l'effet d'un homme] qui n'a pas tout son bon sens. — Mais n'est-ce pasj telle abbaye? — Assurément. — Eh bien! je suiî moine de céans. Conduisez-moi chez l'Abbé. » Le] portier alla chercher l'Abbé et le prieur. Ni l'un ni] l'autre ne reconnurent ce religieux et lui ne les reconnut pas davantage. « Qui donc de votre temps étail abbé de cette abbaye, et qui était prieur? » Il leî nomma. Les deux Pères, en entendant ces noms, se souvinrent qu'ils les avaient vus dans le registre des] défunts, l'obituaire. « Ils sont morts, dirent-ils, il yj aura bientôt trois cents ans... Et vous, comment vous appelez-vous?» Il dit son nom. Ils avaient lu, en effet] dans les archives, qu'un moine de ce nom- là, très grand savant et plus grand songeur, s'en était allé]

un jour dans les bois, et que jamais plus il n'avait reparu au couvent...

Aces mots, le moine extatique se rendit compte du prodige que le Dieu bon avait opéré en sa faveur. Il comprit que dans cet oiseau du paradis il y avait un ange. Non, l'éternité ne sera pas trop longue, et les élus ne courent point le risque de s'ennuyer au ciel.

Tout le monastère fut émerveillé d'apprendre comment le bon moine, disparu dans la forêt, avait écouté,-sans manger ni boire, sans souffrir ni vieillir, les mélodies célestes durant trois siècles qui lui avaient paru trois heures.

Que sera-ce donc, mes chers enfants, de ces trois jours de retraite où vous allez entendre Dieu et ces divins oiseaux, vos bons anges I

Donc, en retraite ! et joyeusement!

La joie entraîne avec soi la bonne volonté, la volonté franche, sincère, loyale, de bien faire, de tout faire, et d'aller jusqu'au bout des inspirations de la grâce, jusqu'au bout des réclamations de la conscience, jusqu'au bout des résolutions.

Donnez-moi une âme de bonne volonté, et quels que soient son passé, son présent, si graves que soient ses fautes, j'en ferai, avec Notre-Seigneur, une âme blanche, une âme sainte, une âme de parfait premier communiant; et, dès ce soir, je lui promets, avec la joie, la paix divine, cette paix qui surpasse tout sentiment ^ et que les anges chantaient sur le berceau de l'Enfant Jésus. Pax hominibus bonse voluntatis'!

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