Luc. II
Comment voulez-vous que Dieu, le bon Dieu, n'exauce pas un petit enfant qui lui dit, les mains jointes et le cœur ouvert : Mon Dieu, ô Dieu bon! j'ai été méchant, bien méchant depuis que je suis sur la terre! J'ai souvent péché contre vous, contre mes parents, contre mes maîtres, contre mon âme; mais, durant ces trois jours, je veux tout réparer. Inspirez-moi ce que j'ai à faire. Parlez-moi. Parlez, Seigneur, votre petit serviteur, votre pauvre enfant vous écoute \ Donnez-moi une bonne volonté, un grand et généreux cœur qui accepte tout avec courage.
Cette demande que vous faites à Dieu de sa grâce, de sa grâce sans laquelle vous seriez impuissants, et avec laquelle vous pouvez tout, c'est la prière.
Oh! comme vous allez prier!...
Déjà toute la maison est en prière; car vous n'êtes pas seuls dans cette retraite. Vos chers aumôniers prient avec vous. Vos bons Frères, vos pieux camarades et amis, vos bien-aimés parents prient avec vous; moi-même, que le bon Dieu a daigné choisir comme le missionnaire de sa tendresse près de vous, de ses miséricordes, de ses pardons, de son Cœur, oh ! comme je vais prier, mes chers petits enfants, avec vous et pour vous! Ensemble, nous allons faire des miracles. Donc, à l'œuvre, non pas demain, tout de suite! Nous n'avons que trois jours... Oh ! si nous n'étions pas prêts!...
Nous serons prêts, Seigneur! Aidez-nous.
1. 1 Reg. III, 9. — Loquere, Domine : quia audit servus tuus.
Sinite parvulos venire ad me.
Laissez les enfants venir à moi.
(Marc, x, 14.)
Mes chers Enfants,
Voici l'heure que depuis douze ans vous attendez, l'heure de votre Première Communion !
C'est en vue de cette heure divine que vous avez recule baptême; — que vous avez, chaque jour de votre première enfance, bu la vie avec le lait et l'amour de vos mères.
C'est en vue de cette heure adorable que vous avez appris, sur ce premier banc d'école qui est le genou maternel, à joindre vos mains et à bégayer le nom de notre doux Maître et Sauveur Jésus-Christ!
C'est en vue de cette heure de miracle et d'amour que des mains de vos mères, sacrées en quelque sorte par la maternité, vous êtes passés en d'autres mains consacrées par le sacerdoce, et que vous avez appris à connaître le Dieu des enfants, que vous avez soulevé le voile de ce grand mystère de l'Eucharistie, et que vous vous êtes préparés à cette journée triomphale qui s'appelle aujourd'hui et qui s'appellera
demain, dans les siècles des siècles, votre Première Communion !
Cette heure divine, cette heure adorable, cette heure du miracle et de Tamour, vient de sortir de la source créatrice des heures qui est l'éternité.
Oui, mes chers enfants, elle a sonné, Theure de votre Première Communion.
Voilà pourquoi, en ce moment, vous êtes dans cette chapelle, le front radieux de la pureté de vos âmes et de la joie qui fait battre vos cœurs.
Voilà pourquoi vos pères et vos mères sont ici, en proie à des émotions sacrées qu'ils ne connaissaient plus peut-être et qui leur viennent de vous.
Voilà pourquoi vos maîtres et vos amis vous enveloppent d'une religieuse sympathie où je ne puis démêler qui l'emporte de l'affection ou du respect.
Voilà pourquoi moi-même je suis accouru, malgré la distance, à la voix amie de votre aumônier, pour être l'un des témoins et le porte-parole ,de votre bonheur.
Heureux enfants, vous allez faire votre Première Communion!
Qu'est-ce donc qu'une Première Communion ? Je vous l'ai dit déjà, à l'ouverture de la retraite, c'est la première rencontre de deux cœurs qui se cherchent,. c'est la fusion de deux amours : la rencontre du cœur de Dieu et de votre cœur à vous, petits enfants..-
Oui, c'est la fusion de votre amour, ô mes bienaimés! et de ton amour, ô Jésus-Christ!
En vérité, en vérité, je vous le dis : Dieu est là, le Dieu qui vous cherche. Il est là sur cet autel. A l'appel
tout-puissant de son prêtre, il a déchiré les cieux, suivant l'expression biblique, et il est descendu ^
Il est là, — pour vous.
Il vous regarde.
Il vous invite à vous asseoir à sa table. Est-ce que vous ne l'avez pas entendu : « Laissez venir à moi les petits enfants ? »
Approchez donc, mes chers baptisés, et n'ayez pas peur. L'homme a peur de Dieu. Je comprends cet effroi, si l'homme est criminel ; car Dieu, c'est le juge des âmes, clairvoyant et incorruptible ; c'est le Dieu qui lance la foudre, le Dieu qui a creusé l'enfer.
Mais vous, chers enfants, vous avez été purifiés par l'absolution dans le sang de l'Agneau ; mais vous, chères âmes blanches, il vous aime et il vous appelle. N'ayez donc pas peur. Con/îdite. Ego sum. Nollte tùnere^. Il vous dit par ma bouche ce qu'il répétait souvent à ses disciples : « Pax vobis! Ego sum^! Paix à vous, c'est moi! »
— Mais, qui donc êtes-vous. Seigneur?
— Je suis l'enfant de Bethléem, le petit enfant Jésusque la Vierge ma mère attachait à son sein et qu'elle détachait. Je suis le frêle petit enfant que l'ouvrier Joseph emportait dans ses bras à travers les solitudes de l'Egypte. Je suis l'humble apprenti de Nazareth, le pauvre, frère des pauvres, le père du prodigue, le bon pasteur, — le prêtre du Cénacle... C'est moi qui ai permis à Jean de reposer sa tête sur mon Cœur