XVI) I
C'est établir sa vie dans le recueillement : les grandes ciioses se font dans le silence ; — les grandes choses, par conséquent tous les progrès en tous les ordres : ordre intellectuel, ordre moral, ordre divin.
C'est communier; c'est se préparera la communion, à la première et à toutes celles qui suivent, comme le prêtre, chaque matin, avant de monter à Tautel, prépare lui-même le calice de sa messe.
Travailler à son âme, c'est l'assouplir et la fortifier par le sacrement qui non seulement embaume, mais éclaire et enflamme, la Confirmation.
Travailler à son àme, c'est prêter l'oreille, à l'exemple de l'apôtre saint Jean, même avant. lui,
— dès la prime enfance, dès l'âge de douze ans,
— aux appels du Christ Jésus, appels d'apostolat peut-être.
Et, dès lors et déjà, travailler à son àme, c'est comprendre le travail, l'obéissance, le sacrifice, la mort, ce que Bossuet appelle « l'incompréhensible sérieux de la vie chrétienne »....
Travailler à son âme, c'est se mettre à l'école de Marie, la divine éducatrice, la Vierge sacerdotale qui conduit au souverain Prêtre les élus.
Enfin, le grand travail de tous les jours, de toutes les heures, c'est de se dégager déplus en plus, c'est de passer, c'est de marcher à la suite de l'Homme- Dieu, c'est de monter avec lui, c'est d'aller au Père.
Et voilà, en de hrèves paroles, la substance de cet ouvrage... Plaise au Cœur de Jésus qu'elle soit pour tous, petits et grands, nourricière et savou-
reuse !
Jean Vaudon.
La Rochelle, au Grand Séminaire, le 10 février 1909.
POUR LES aRANDS
TRAVAILLER A SOX AMB. — i.
Mes chers amis,
Voulez-vous qu'ensemble nous jetions un regard sur la nature? Nous y verrons Dieu. C'est à travers les créatures, a dit le concile du Vatican, qu'il faut chercher le Créateur. Vous n'ignorez pas que c'est là le procédé philosophique, et aussi la grande roule des âmes simples.
Voir Dieu! Personne n'a jamais vu Dieu, si j'en crois I Evangile <. D'une vue directe et immédiate, non.
Ne vous effrayez pas, je vais parler votre langue et pour abstraite que semble la matière, elle vous sera mtelhgible ; nous aboutirons même, s'il plaît au Ciel, à des conclusions pratiques.
« Comment savez-vous qu'il y a un Dieu? demandait un grand poète à un tailleur de pierres. - D'abord Monsieur, répondit l'ouvrier, notre mère nous Ta dit...' Mais, quand ma mère ne m'aurait rien dit, quand même je n'aurais jamais entendu les catéchismes en- 1. Joan. I, 18. — Nemo Deum vidit unquam.
seignés à l'église, est-ce qu'il n y a pas un catéchisme, dans tout ce qui nous entoure, qui enseigne aux yeux et à l'âme des plus ignorants? Est-ce que son nom a besoin des lettres de l'alphabet pour être lu?... Je ne sais pas, Monsieur, comment sont faits les autres hommes; mais, quant à moi, je ne pourrais pas voir, je ne dis pas une étoile, mais seulement une fourmi, une feuille d arbre, un grain de sable, sans lui dire : Qui est-ce qui ta fait? — Et vous vous répondez : C'est Dieu, reprit le poète. — Bien entendu, Monsieur. Ça ne peut pas se faire soi-même; car, avant de faire une chose, il faut être, n'est-ce pas? Et avant d'être, ça n'était pas ; donc, ça ne pouvait pas se faire ^ »
Le tailleur de pierres avait raison. D'admettre que le monde s'est fait tout seul, cela prête à rire. De prétendre qu'il n'a pas eu de commencement, que la matière est éternelle, vous n'y songez pas davantage^. Qui donc a créé l'univers? A coup sûr, ce n'est pas moi. Loin d'avoir pu créer l'univers, je ne me suis pas fait moi-même. Je suis incapable d'ôter une ride à mon front, d'ajouter un cheveu à ma tête, une heure à ma vie, cette pauvre vie chaque jour mourante, cette frêle lumière que je protège des deux mains contre les vents de la mort qui soufflent de toutes