Marc, v
TRAVAILLER A SOX AME. — 16.
couché dans ce « lit de lumière S). Il a vu l'âme de Jésus soulevant son corps et brisant les enveloppes mortelles; à travers les lignes du visage et les obscurités du vêtement, la gloire du Fils de Dieu éclatait à ses veux comme un soleil. Jean fut aussi Tun des quatre auxquels Jésus daigna révéler les signes prophétiques de la ruine de Jérusalem et de la fin du monde^. Dans la matinée du jeudi saint, il fut chargé, avec Pierre, de préparer la Cène^. Et quel privilège, le soir, en ce repas d'adieu ! Il nous l'a raconté luimême, en deux lignes simples et profondes comme son âme : » Erat ergo reci'.mbens unus ex discipulis ejus in sinu Jesu^ qiiem diligehat Jesus^. Un des disciples était couché sur le sein de Jésus ; c'était celui que Jésus aimait. »
Et Jean, sut-il aimer à son tour? Un jour, les Samaritains inhospitaliers ne veulent pas recevoir le Maître : « Seigneur, dit le « fils du tonnerre », faites tomber sur eux le feu du cieP. » Saintement jaloux de la gloire du Sauveur, il empêche un étranger de chasser les démons au nom de Jésus ^. Et quand sa mère, Tardente Salomé, demande pour ses enfants la première et la seconde place aux côtés du Messie triomphant, Jean déclare qu'il est prêt à boire la coupe des souffrances'. Il y avait sans doute, en ces beaux élans, une part de présomption, et, dans ce
Thabor siçrnifie Ut de lumière.
Matlh. XVII, 1. —
Marc. XIII, 3.
Jmc. XXII, 9.
Joon. XIII, 23.
Luc. IX, 54.
Marc. IX, 38.
Matlh. XX, 20-22.
zèle, un peu d'intempérance; mais qui ne sent, dans ces paroles et dans ces actes, un grand cœur?
Ah ! je sais bien que Jean, tout comme les autres, a dormi durant l'agonie de son Maître, et qu'à Tarrestation du Sauveur il s'est enfui ; mais la défaillance ne fut pas longue. Nous le voyons, en effet, accompagner courageusement le divin trahi jusqu'au palais du grand prêtre, où personne ne devait ignorer sa qualité de disciple. Bificipuïus ille erat notus po7iti/ici, et introivit cum Jesii in atrium pontificis^ . Et le lendemain, celui qui avait gravi les pentes adoucies du Thabor, ne s'est-il pas précipité sur la route abrupte et sanglante du Calvaire? Debout, près de la Mère douloureuse, il a entendu le cri de la suprême détresse : Eloï, Elo'i\ lamma sabacthani'-. En vain le firmament s'est couvert de ténèbres comme pour ne pas voir la mort d'un Dieu ; en vain la terre s'est ébranlée comme pour secouer du gibet infâme l'innocente victime des péchés du monde ; en vain les tombeaux se sont ouverts comme sous le coup dune horreur sacrée; seul parmi les disciples, Jean s'obstinait à croire en son Maître, à l'adorer et à l'aimer. « L'amour, dit l'Écriture, est fort comme la mort^. » En récompense de cet amour fidèle, Jésus lui confie sa Mère •. Au matin de la Pâque, il fut le premier au sépulcre vide. Pas un moment d'hésitation dans sa foi à la résurrection du Seigneur. Il vit et il crut : vidit et credidit'. Enfin,