‹ Travailler a son ameChapitre 124 sur 168 · Bossuet, Préface de Y Apocalypse · texte numérisé non relu

Bossuet, Préface de Y Apocalypse

là-bas, dans vos montagnes ou sur le bord de vos rivières. Un prêtre, ou bien votre mère, ou encore quelqu'une de ces pieuses femmes qui sont les clairvoyantes zélatrices de nos œuvres, ou, pour parler plus exactement, des œuvres du Sacré-Cœur. « Seigneur, où demeurez-vous? — Venez et voyez. » Et vous êtes venus. C'a été d'abord pour vous et pour les chers vôtres « la dixième heure », l'heure du sacrifice. Il a fallu vous arracher à l'étreinte paternelle et aux baisers de vos mères. C'est fait!

Maintenant, vivant dans la maison de Jésus, à la Petite-Œuvre de son Cœur, vous êtes au paradis. Qu'il y fait bon, n'est-ce pas, mes chers enfants I Suivre Jésus le long des fleuves de la grâce, entrer dans sa demeure, passer près de lui tout le jour et la nuit, en des contemplations célestes, en des entretiens ineffables, dans une familiarité de toutes les heures, baiser ses pieds divins, reposer sur sa poitrine, entendre les battements de son Cœur, n'est-ce pas un bonheur qui dépasse tous les bonheurs? « O venez ! ô voyez! ô demeurez! »

Oui, demeurez en la compagnie du Sauveur. Remerciez-le d'abord de ce qu'il vous a choisis de préférence à tant d'autres enfants qui valent mieux que vous peut-être, et qui sont restés dans la voie commune, le long des grands chemins si périlleux du monde. Remerciez-le, et répondez à tant d'amour par une attention scrupuleuse à bien mettre à profit cette grâce de l'élection divine et de la première rencontre. Aimez le silence et l'obscurité de la Petite-Œluvre. Cette solitude avec Jésus, tâchez de la rendre féconde. Arrivez à sentir le besoin que l'on a, surtout à

votre âge, de se former de corps, de tenue, de langage, d'esprit et de cœur. Observez, consultez, prenez exemple avec tact et bon sens; comblez les lacunes de votre âme : il y en a, comme il y en a dans le soleil ; creusez les fondements de votre avenir éternel ; posez-en la double base intellectuelle et divine. Jésus et vos maîtres se chargent de votre éducation. Laissez-vous faire ; laissez-vous élever.

Que saint Jean soit en tout votre modèle. Il était vierge. Il était bon. Ressemblez-lui. Vous pouvez lui ressembler. J'apprends de saint Thomas qu'en vertu de son baptême 1 ame de Tenfant est naturellement innocente et virginale ^ En sorte que si le cœur de saint Jean m'apparaît comme un vase exquis où Dieu a versé tous les parfums, le cœur de Fenfant sacerdotal m 'apparaît aussi comme un vase précieux où Dieu se plaît à verser le baume de sa grâce : Deus bahamum gratiœ suœ libenter ponere vult in vase in quo immundilia nunquam fuil'^. Ce calice de votre cœur, calice tout plein d'un sang généreux, gardez-le, mes chers amis, dans l'honneur et la pureté. Un jour, vous pourrez l'offrir au divin prêtre, en échange du calice de la messe.

Ainsi soit-il !

\. De erudit. princip.. lib. V. — Habent pueri virtutes naturales, scilicet virginitatem, innocentiam, etc. 2. Jd., ibid. — Lisez le bel ouvrage de M?' Baunard sur sain/ Jean.

LA MESSE DE iONTIT

Pourquoi, mes chers enfants, la cloche vous a-t-elle réveillés subitement au milieu de cette nuit d'hiver? Serait-ce donc pour le beau spectacle de nos arbres blanchis par le givre ou du ciel tout rayonnant d'étoiles.

Noël ! Noël ! C'est la naissance de l'Enfant Jésus; c'est votre fôte, heureux enfants.

Noël! Noël 1 C'est la messe de minuit, c'est le Gloria des anges, la visite des bergers.

Noël! Noël! Ce sera le réveillon joyeux sous le regard de Marie et de Joseph ; le second sommeil ; la messe de l'aurore et la messe du grand jour. Noël! Noël! C'est Noël!

Préparons-nous, mes chers enfants, à bien recevoir le Dieu qui vient nous visiter. L'heure approche, l'heure sacrée de minuit. En attendant qu'elle sonne, nous allons relire la page du saint Évangile où Marie et Joseph sont en marche vers Bethléem ; puis nous adorerons dans sa crèche le divin nouveau-né.

D'après les prophéties, c'est à Bethléem que le Sauveur devait naître. A l'heure marquée dans les

desseins providentiels, voici que le monde s'ébranle pour les accomplir. « En ces jours-là, dit l'Évangile, parut un édit de César-Auguste pour le dénombrement des habitants de toute la terre... Et tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville'. » Or, c'était la coutume des Juifs de prendre le nom des habitants» non pas au lieu de leur naissance ou de leur domicile» mais par famille et par tribu. David, royal ancêtre de Joseph et de Marie, étant né à Bethléem, ce fut à Bethléem que Joseph dut se rendre, pour être inscrit, avec Marie son épouse, au cadastre de l'empire. Le temps d'enfanter arriva pour laVierge-Mère, et Jésus» fils de David, naquit dans la ville où David avait pris naissance. Son origine fut attestée par les registres publics. L'empire romain rendit témoignage à la royale descendance de Jésus-Christ, et César, qui n'y pensait pas, — vous entendez Bossuet, — exécuta l'ordre de Dieu^.

Joseph et Marie ont donc quitté leurs montagnes de Zabulon. La distance de Nazareth à Bethléem est de trois ou quatre journées de marche. Comme les gens du peuple, ils vont à pied sans doute. Durant le jour, ils cheminent lentement, font halte au bord d'une source, à l'ombre des arbres verts, pour y prendre leur frugal repas et s'y reposer un peu. Le soir, à l'entrée des villages, discrètement, ils frappent à quelque porte hospitalière ou s'arrêtent au caravansérail qui sert d'abri aux voyageurs. Le lendemain, dès l'aube, les voici en marche, repassant dans leur

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