Cor. VI
Aujourd'hui, mes chers amis, je vais détacher du saint Évangile trois figures : deux sont historiques ; l'autre appartient à l'une des paraboles les plus touchantes du livre sacré.
Il y a d'abord le jeune homme dont l'Évangile ne nous dit pas le nom, sur lequel nous nous attendrissons facilement, en songeant aux vertus qu'il avait pratiquées, à la tendresse que lui témoigna le Sauveur, — hélas I et aux résistances que trouvèrent en lui les appels divins.
Souvenez-vous de la scène. Notre-Seigneur se rend, par petites étapes, à Jérusalem, en évangélisant les contrées méridionales de la Galilée et de la Pérée qu'il n'avait pas visitées encore. Un jour, un jeune homme arrive, en courant, comme s'il avait hâte de voir le Maître dont on racontait tant de merveilles ; il tombe à genoux.
— « Bon Maître, dit-il, que ferai-je pour avoir la vie éternelle ? — Gardez les commandements, répond
Jésus. — Lesquels, Seigneur ? — Jésus reprit : Vous ne tuerez point. Vous serez pur. Vous ne déroberez pas. Vous ne rendrez pas de faux témoignages. Honorez votre père et votre mère. Aimez votre prochain comme vous-même. — Le jeune homme lui dit : J'ai gardé tous ces commandements, depuis mon enfance. Que me manque-t-il encore^ ? »
Ah ! mes chers amis, que vous êtes heureux, si vous pouvez répondre à Dieu, vous aussi : « Votre loi, Seigneur, depuis l'éveil de ma raison je lai accomplie tout entière ; jamais je n'ai fait de mal à l'âme de mes frères. Je n'ai scandalisé aucun de ces petits; mes mains sont pures, et chastes mes lèvres. Je n'ai point fait pleurer ma mère. Je n'ai pas d'ennemis; j'aime mes amis et je leur suis fidèle. » Vous êtes heureux ! Et cependant, fussiez-vous dans ce bienheureux état, ne vous croyez pas à l'abri de tout péril ni déchargés de toute obligation. Écoutez la suite de l'Évangile selon saint Marc.
— « Jésus, l'ayant regardé d'un profond regard, l'aima. Jésus autem intuitus eum, dileœit eum 2! » Précisément à cause de la sincérité et de la pureté de ce jeune homme, Notre-Seigneur veut l'élever plus haut que cette vertu, ordinaire après tout; il veut l'appeler de la vie du précepte àcelle du conseil, il est à l'heure
1. Marc. X, 17-20. — Et cum egressus esset in viam, procurrens : quidam genu flexo ante eum, rogabat eum : Magister bone, quid faciam ut vitam œternam percipiam ? Jésus autem dixit ei : ... Praecepta nosti : ne adultères, ne occidas, ne fui-eris, ne iaisum testimonium dixeris, ne fraudem feceris, honora patrem timm et matrem. At ille respondens, ait illi : H*c omnia obsei-vavi a juventute mea.
2. Le grec peint mieux la profondeur du divin regard : 'Ea'>).c]/aç
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JÉSUS ET LEb JEUNES GENS 295
)ù il recrute des moissonneurs : les blés sont mûrs. « Si vous voulez être parfait, lui dit le Sauveur, allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres : vous aurez un trésor dans le ciel. Et puis, venez, et suivez-moi ^ »
Comment va-t-il répondre à ce divin appel, le doux jeune homme que le Christ a regardé avec amour? Évidemment, avec l'enthousiasme qui a rangé les apôtres autour du Verbe incarné... Hélas ! il avait le malheur détre riche. Il tenait à ses richesses... Sa vie avait été pure ; mais sans doute il en aimait les aises, es facilités qui ne tombent pas sous le coup de la loi. La parole de Jésus le rendit tout triste; il se retira... Dès lors il disparaît complètement de l'Évangile-.
Au moment même où s'éloigne ce jeune homme indocile, le Maître prononce « l'un de ces jugements universels qui éclairent toute la vie humaine » : « Je vous le dis en vérité, il est bien difficile qu'un riche entre dans le royaume du cieP. » Est-ce que cette parole n'entr'ouvre pas un jour lugubre sur la destinée de ce jeune homme inconnu qui reçut en vain le regard de Notre-Seigneur? Assez lâche pour ne pas entrer dans la voie du conseil, il ne se maintint peut-être pas, nous pouvons le craindre, dans la voie des préceptes. L'attache aux richesses, qui Favait empêché de suivre la vocation la plus manifestement
1. Marc. 21. — Unum tibi deest : vade. qufecuraque habes vende, •et dapauperibus, et habebis thesaurum in cœlo : et veni, sequere me.
2. /(/. 22. — Qui contristatus in verbo. abiit mœrens : erat enim habens nmltas possessiones.
3. Id. 23. — Et circumspiciens Jésus, ait dicipulis suis : Quam. ■difficile qui pecunias habent. in regnum Dei introibunt !...
indiquée, rentraînaplus tard, peut-être, dans des infidélités plus grandes. Encore une fois, nous avons le droit de le craindre.
Mes chers enfants, profitez de la leçon que nous donne TÉvangile. Soyez dociles à tout appel de Dieu. Sans doute tous les appels divins ne vous imposent pas des devoirs égaux. Il y en a que vous ne pouvez récuser sans une faute grave. Il en est d'autres auxquels vous pouvez vous dérober, sans perdre l'amitié de Notre-Seigneur. Cependant, n'oubliez pas que, dans votre destinée surnaturelle, rien n'est laissé au hasard et à la chance ; que le Créateur a marqué à chacun de vous une vocation particulière et des grâces de choix ; que vous refuser à la vocation suffisamment manifestée, c'est par là même vous refuser aux grâces qui devaient vous en faciliter l'accomplissement, et^ à la fin, vous mériter le salut éternel.
Ainsi, — pourquoi ne préciserais-je pas? — s'il en est parmi vous qui aient reçu le germe de Ja vocation sacerdotale, je les en supplie, qu'ils ne livrent pas ce germe béni aux épines, à la poussière du grand chemin, aux oiseaux du ciel '. Ne dites pas que cette vocation vous est incommode, qu'elle est importune à vos parents ; qu'après tout, rien ne vous contraint à être prêtre et que vous pouvez, dans le monde, mener une vie chrétienne.
Mes chers enfants, il y a un fait extraordinaire à notre époque, c'est que les hautes classes de la société, celles qu'on est convenu d'appeler « dirigeantes », ne fournissent pas ou presque pas de voca-