Voyez en saint Luc, mii, 5 et sq., la parabole du Semeur
lions ecclésiastiques. Non pas, certes, que la foi et la charité leur fassent défaut. Sur tous nos champs de bataille, leurs fils, vos frères, se sont bravement battus : ils y sont morts ; leurs filles, vos sœurs, embaument de leurs vertus les virginales solitudes de la Visitation, du Sacré-Cœur et du Carmel. Mais, par un de ces mvstères douloureux dont le dernier mot est connu de Dieu seul, il y a un chemin que les hautes classes ignorent (je ne dis pas qu'elles méprisent : ce serait pour elles un effroyable malheur), c'est le chemin du grand séminaire, le chemin du sacerdoce.
Au xvii^ siècle, il en allait autrement. En ce tempslà, — vous savez assez d'histoire pour ne pas l'ignorer, — on rougissait d'avoir un prêtre dans sa famille. Tout à coup se lèvent trois gentilshommes. M. de Bérulle, M. de Condren, M. Olier. Je pourrais citer d'autres noms. Ils commencent par se montrer aux offices de leur paroisse, chaque dimanche. Ils y remplissent les plus modestes fonctions, portent l'eau bénite dans les cérémonies ou les flambeaux, servent la messe, vêtus de l'habit ecclésiastique. Bientotnaissent les retraites d'ordination où Bossuet va écouter Vincent de Paul. BéruUe fonde l'Oratoire, et le P. de Condren, en d'admirables écrits, porte l'idée du sacerdoce à sa plus haute expression. Le mouvement se répand dans les provinces. Partout surgissent des gentilshommes, des fils d'intendants ou de conseillers au Parlement, qui ambitionnent comme un suprême honneur le caractère du sacerdoce, si méprisé vingtcinq années auparavant. Le clergé s'anime à cet exemple, et l'on voit éclore ce grand xvii* siècle que do-
minent saint Vincent de Paul, Bossuel, Bourdaloue, Fénelon et Malebranche, de grands évoques, n'est-ce ^ pas ? d'illustres religieux et de saints prêtres • !
A l'heure où je vous parle, la noblesse d'Angleterre imite notre noblesse française d'autrefois. Elle permet à la grâce de la vocation sacerdotale de saisir ses fds, encore tout frémissants de jeunesse, et de les jeter sur le pavé du temple d'où ils se relèvent tranquilles, souriants et forts. Déjà elle a le droit d'être fîère : elle peut montrer au monde ses prêtres savants, <i ses pieux évêques, ses cardinaux. Croyez-le bien, pour ces vieilles races, rajeunies par la sève catholique, c'est une sûre garantie de vitalité 2.
Si donc, m.es chers enfants, vous avez entendu dans le silence de vos passions, comme Samuel dans le recueillement des nuits saintes, la voix de Dieu qui vous appelle, soyez non pas attristés, mais reconnaissants, mais joyeux, mais fiers de la vocation sublime dont le bienfait vous a été octroyé. Ne craignez ni les ( sacrifices d'aujourd'hui ni les périls de demain. Ces sacrifices vous seront d'autant plus faciles et plus doux que vous consentirez à les faire plus vite et plus complètement. Et quant aux périls du sacerdoce, ils seront moindres que ne peuvent être pour vous les périls du siècle ; car vous y entrerez, escortés par les
1. Lire dans le Grand Péril de l'Église de France au dix-neuvième siècle, par M. Tabbé Bougaud. le chapitre intitulé : De l'obstination des classes riches à s'éloigner du sacerdoce et des causes de cette obstinationj iv. Paris, Poussielgue, quatrième édition, 1878. — Cf. aussi le Recrutement sacerdotal, revue trimestrielle (Paris, Lethielleux) et notre petite revue mensuelle : Les Semailles (La Rochelle, 28, rue Massiou).
2. Cf. une lettre pastorale de M"' Fonteneau, évêque d'Agen, sur VŒuvre des vocations sacerdotales^ 1876.
fières de tous les saints et sous la sauvegarde des âces que Dieu réserve à ceux qui, chaque matin, ontent au saint autel.
La seconde figure, vous ai-je dit, appartient à Tune les paraboles les plus touchantes, celle de ce pauvre idolescent qui changea en âpre et dur hiver le printemps de sa vie, la figure du Prodigue.
Enfants prodigues ! L'avez-vous été, mes chers amis? Ecoutez cette histoire, et dites à Dieu si c'est la votre.
Voici un enfant. Il a été élevé avec tout le soin jaoux et la tendresse dont est capable une mère chréienne. De ses mains, sacrées en quelque sorte, nous le disions naguère, par l'amour maternel, vers l'âge de dix ans, il est passé en d'autres mains, consacrées par le sacerdoce ^ Puis, un jour, il a fait sa Première Communion, avec quelle joie, vous le savez !
Plus tard, à treize ou quatorze ans, cet enfant, digne de rencontrer un ami vrai, a le malheur d'être en proie à l'un de ces camarades pervers qui se glissent dans les meilleures maisons et dont on peut dire avec l'Esprit-Saint : « Leur bouche est un sépulcre ouvert; leur haleine, un souffle de mort-. »
De perfides et malsaines" conversations, rapportées de ces « régions lointaines » où Ton dissipe '< l'héri-