Joan. XIII
Quand on ne veut plus combattre, lorsque, lâchement, on a rendu les armes, vendu son âme, trahi son Dieu, il y a encore un moyen, paraît-il, de se venger, c'est de rire; c'est de rire de son âme immortelle, de la sainte Église, du prêtre et de Jésus-Christ.
Cela vous paraît inouï, n'est-ce pas ? et pourtant ce phénomène, ce monstre existe. C'est un enfant de quinze ans, incapable d'une pensée virile, d'un examen sérieux par conséquent, et qui rit de tout. Il rit de ce que Bossuet, Pascal et Corneille, Lacordaire, Louis Pasteur et Louis Veuillot, de ce que les génies dont l'humanité s'honore, ont cru, pratiqué, admiré, adoré !... Le rire, amer ou grossier, est incessamment sur ses lèvres. Il rit pour s'étourdir.
Non seulement il rit, mais encore il se glorifie ! Il met son orgueil à chanter sa propre abjection. Et, comme il veut passer auprès de ses condisciples pour être complètement corrompu, sa parole est plus audacieuse que la parole de ceux qui ont vieilli dans i'expérience du vice. L'avez-vous entendu? Ne dirait-on pas qu'il célèbre un triomphe, et qu'il se décerne à lui-même les honneurs de la victoire? Mais n'ajoutez pas foi à ses paroles.
Le cœur a beau mentir, la blessure est au fond.
Il souffre!...
Non seulement il souffre, il est vaincu... Au moment même où, gonflé d'orgueil, il s'applaudit d'avoir anéanti cette conscience implacable, l'imposante vision, plus menaçante et formidable, revient le désoler. Ah ! mes enfants, c'est que livresse ne dure pas.
Le soir arrive « avec ses derniers bruits mourants, ses lumières éteintes, son éloquente solitude, ses graves conseils ». Et, c'est alors qu'à son tour la vérité se venge. Lame a beau faire : il le faut reprendre, « ce sombre dialogue dans lequel c'est elle qui parle et c'est elle qui écoute, disant ce qu'elle voudrait taire, écoutant ce qu'elle ne voudrait pas entendre... » On a bien dit : « Dieu soulève l'âme comme l'Océan. Pour le matelot, cela s'appelle la marée; pour le coupable, cela s'appelle le remords. »
Le remords l'accable de tout son poids. Il se contemple, pour ainsi dire, face à face. Il regarde sa vie, et elle lui paraît hideuse; son âme, et elle lui paraît affreuse. Son cœur, son pauvre cœur ressemble à une maison dont le maître est mort et le foyer éteint, ou plutôt à ce temple de Jérusalem d'où Dieu a été chassé et où il n'y a plus ni autel, ni encens, ni lumière. Les anges ont quitté le sanctuaire. Les prêtres, entrés dans le temple souillé pour accomplir le sacrifice, ont entendu un étrange bruit de pas, comme celui d'une multitude qui s'éloigne, et des voix qui répétaient : « Sortons d'ici! Sortons d'ici!... » — « Je ne suis qu'un misérable I » dit-il; et il pleure. Et pendant qu'il pleure, le jour se fait dans son âme et dans sa vie, un jour extraordinaire, un jour terrible à la fois et ravissant... « 0 mon père ! 0 mon baptême! ma candeur, maforceetmajoie !... 0 ma première communion !... » Et il tombe à genoux; il lève au ciel ses yeux mouillés de larmes : Surgani, et iho ad patrem meum^ et dicam et : Pater ^ peccavi in cœlum, et coram te ^