Ritter
JE m'en vais a mon père 309
bilium translationem^ » Cette parole profonde, vous êtes trop jeunes pour la comprendre tout entière ; mais vous la comprendrez plus tard, mes chers amis, lorsque vous aurez vécu, lorsque vous aurez senti, douloureusement senti autour de vous Técoulement des hommes et des choses.
Il est donc vrai que Thomme est un voyageur : Homo in via.
Mais d'ordinaire on marche pour arriver, et non pas seulement pour marcher. Ce ne serait pas un acte raisonnable, un acte humain, que d'aller et venir, d'avancer d'un pas, de reculer de deux, de tourner en cercle ou de piétiner sur place. Beaucoup d'âmes le font cependant. Maine de Biran- Ta constaté, et avant lui Fénelon : « Les âmes, disaient-ils, font comme la terre : elles tournoient sur elles-mêmes. » Sans doute, c'est se mouvoir ; mais ce n'est pas avancer. La fin du mouvement n'est pas le mouvement lui-même. Pas n'est besoin d'être un saint Thomas pour formuler cet axiome : « On marche pour aboutir; mais à quel terme? »
Ici, mes enfants, l'humanité se partage en deux. Il y a des créatures de Dieu (hélas 1 elles sont innombrables) qui mettent leur fin suprême, c'est-à-dire leur paradis, dans la vie présente. Elles marchent pour aboutir aux honneurs, aux richesses, aux jouissances. N'est-ce pas établir le lieu de son repos dans un mirage, dans une fantasmagorie qui s'évanouit, dans une figure qui s'efface comme celles que vous effacez du