‹ Travailler a son ameChapitre 34 sur 168 · Jac. I · texte numérisé non relu

Jac. I

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butaire des défaillances inhérentes à l'humaine nature, portant sur lui, sans pouvoir se plaindre, les stigmates indélébiles de son ignorance native, il eût conquis peu à peu, avec l'aide de son maître, les vérités dont la connaissance lui aurait été nécessaire pour atteindre sa fin. Nous serions sortis de ce dénuement intellectuel qui est pour nous, dans Tclat présent, le résultat d'une déchéance, nous en serions sortis par révolution légitime de nos facultés. Aux combats de la chair et du sang, la volonté de l'homme, armée d'une puissance de réaction capable de faire équilibre à la concupiscence, eût remporté la victoire. La douleur, cause occasionnelle pour Thomme de vertus sublimes, eût assiégé son corps et son âme; mais une force divine lui eût donné le courage d'en subir les assauts. La mort, enfin, eût dissous, mais seulement pour un temps, ce corps incapable par lui-même de revêtir l'immortalité.

Est-ce que cet état de nature n'était pas préférable à l'immobile horreur du néant? Est-ce que ce bienfait n'était pas assez grand pour que l'humanité tout entière y répondît pendant les siècles des siècles par de solennelles actions de grâces?... Assurément; etvous concluez que la vie surnaturelle est éminemment gratuite ^ .

Toutefois, ce qui suffisait à l'homme ne suffisait pas à Dieu. Vous savez bien que la magnificence est le cachet de ses œuvres. Est-ce que le Créateur ne pou-

1. Les Pères et les théologiens se sont prononcés pour la possibilité de la pure nature. D'ailleurs, l'Église a consacré cette doctrine, en condamnant plusieurs propositions de Baius et de Jansénius.

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vait pas faire une créature sans tache ? Pas de ténèbres dans rintclligence, pas de révoltes dans le corps ni de douleur dans Fâme.La mort ne serait point,comme aujourd'hui, le violent passage qui mène de l'épreuve à la béatitude. La vie de cette créature ressemblerait au limpide et facile courant d'un fleuve aux belles eaux. Certes, voilà, sans sortir des bornes de la nature, un autre idéal, et personne ne dira qu'il était impossible à Dieu de le réaliser.

N'importe, Messieurs, c'est trop peu encore pour satisfaire l'amour infini : un abîme nous sépare toujours de l'homme tel que Dieu Ta conçu dans sa pensée ouvrière et tel qu'il la réalisé dans son amour, l'homme surnaturel. Mais, remarquez-le, ce passage de la nature au surnaturel est impossible à tout être créé. Plutôt que de demander à l'homme d'atteindre par lui-même à ce radieux sommet où l'Infini habite une lumière inaccessible, demandez au minéral de fleurir ; demandez à la plante de soufl'rir, de vouloir, d'aimer; demandez à l'animal les spéculations du géomètre, les raisonnements du philosophe, le vol d'aigle du génie... Si parfaite que vous la supposiez, jamais créature ne franchira par son propre élan l'abîme que Dieu seul peut combler. C'est ce que les théologiens appellent la transcendance de la vie surnaturelle.

Eh bien! jeunes gens, dans son acte créateur, Dieu a mis tant d'amour que l'être chétif, misérable, arraché aux profondeurs du néant, est capable de ce coup d'aile qu'il faut pour monter jusqu'à Dieu.

Sur celte intelligence humaine qui ne voyait, pour ainsi dire, que les dehors divins, ce que la Bible appelle

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la frange du vêlement de Dieu, — quelques traits de la puissance, de la sagesse, de la bonté infinies, — le Créateur a greffé une intelligence divine, en sorte que riiomme connaîtra Dieu comme Dieu se connaît luimême. Son âme déifiée le reflétera splendidement. Tel le cristal, touché du soleil, devient un autre soleil.

Sur ce cœur humain il a greffé un cœur divin, en sorte que l'homme aimera Dieu de l'amour dont Dieu s'aime lui-même. « Dieu, s'écriait un jour l'apôtre saint Paul extasié, Dieu étincelle dans nos cœurs. Ijpse illuxit in cordihus noslris ^ . »

Sur cette volonté humaine il a greffé une volonté divine, en sorte que l'homme, passionné pour le bien et pour le bonheur, participera à cette félicité sans rivages dont jouit Dieu lui-même dans l'océan de l'adorable Trinité.

Oui, le Créateur a trouvé, selon la tendre parole d'un saint, que la nature était une nourrice trop chétive pour donner à sa chère créature le lait de la félicité -. Voilà pourquoi il attire l'homme sur son sein^ il l'abreuve et le nourrit de la grâce.

La grâce sanctifiante, c'est en effet, mes chers amis, l'essence même de cet être nouveau, l'être surnaturel. La grâce sanctifiante ne fait pas de l'homme un dieu, mais elle le fait divin. Par la grâce,. ce n'est pas seulement un rapprochement de deux intelligences, de deux amours, de deux âmes, c'est une participation très réelle, vitale, et, comme disent

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