‹ Travailler a son ameChapitre 37 sur 168 · Saint Justin · texte numérisé non relu

Saint Justin

2. XVIII, 1-6. — Surge, et descende in domum figuli, et ibi audies verba mea. Et descendi in domum fîgali, et ecce ipse faciebat opus super rotam. Et dissipatum est vas, quod ipse faciebat e luto manibus suis : conversusque fecit illud vas alterum, sicut placuerat in oculis ejus ut faceret. Et factum est verbum Domini ad me, dicens : Numquid sicut figulus iste, non potero vobis facere, doinus Israël, ait Dominus? Ecce sicut lutum in manu figuli, sic vos in manu inea, domus Israël.

prendre. Dieu est un maître ouvrier dont nous sommes l'ouvrage, et par conséquent la propriété, et par conséquent encore Dieu a tous les droits sur son ouvrage.

Sur quoi, efîectivement et principalement, repose le droit de propriété? Sur le travail, n'est-ce pas? Eh bien ! la justice demande que l'œuvre revienne à louvrier. Vous cultivez la terre ; la terre devient féconde. A qui la moisson? A vous et à vous seul. L'écrivain fait un livre; il y met sa pensée, son cœur, son ûme, sa flamme. L'artiste travaille le bois, le bronze ou le marbre ; il y grave sa façon, c'est-à-dire quelque chose qui n'est qu'à lui, sa marque, et, s'il a du génie, son empreinte immortelle. Par là même, l'artiste et l'écrivain ont fait une œuvre qui devient leur propriété, leur propriété exclusive.

Mais le laboureur a trouvé la terre toute faite; il ne Ta pas créée. L'idée que j'ai conçue, élaborée, exposée, au fond elle n'est pas de moi : elle me vient du Père des lumières ' . L'artiste a trouve le bloc de marbre ou la veine d'or ; mais la montagne existait, et les richesses de la montagne.

Dieu nous a faits sans nous, matière et façon, substance et forme : par un acte libre de sa toute-puissance, il nous a tirés du néant. Nous lui appartenons vraiment et totalement. Il est notre maître. Oseriezvous, chers jeunes gens, nier cette maîtrise, cet empire de Dieu sur vous?

Il faut être fou, — et en vérité un trop grand nombre de nos contemporains sont en proie à cette

1. Jac. I, 1". — Omne datum optimum, et omne donum perfectum desursum est, descendens a Pâtre luminiim.

démence, — pour nier l'empire de Dieu, la maîtrise de Dieu sur nous... Nous dépendons d'un grain de blé, d'une goutte d'eau, d'un souffle d'air, d'un courant d'air... Vous semez; vous plantez. Mais, est-ce vous qui donnez des ordres au soleil, à la pluie, aux vents, à la rosée?... Vous habitez en pleurant une terre qui ne vous appartient pas et, péniblement, à la force de vos bras, à la sueur de votre front, vous en arrachez le morceau de pain qu'il vous faut pour ne pas mourir... Etes-vous les maîtres de votre santé? Etesvous les maîtres de la vie? Eles-vous les maîtres de la mort?... Vous êtes venus en ce monde quand un autre que vous vous y a appelés. Vous en sortirez quand un autre que vous vous en chassera. Cet autre que vous, ce maître de la vie, ce maître de la mort, nous l'appelons, nous, avec l'humanité simplement raisonnable, nous l'appelons Dieu! Nous tombons à- genoux et nous lui disons avec Isaïe le prophète : « 0 Dieu, mon Dieu, vous êtes l'ouvrier, et nous sommes l'ouvrage de vos mains. Et fictor noster tu, et opéra manv.um tuarum omnes nosK »

Par conséquent, mes chers amis, à meilleur droit que le laboureur, l'écrivain ou l'artiste, Dieu peut revendiquer son œuvre, et il la revendique. « Ego sum Bominus. Je suis le maître. » Par conséquent notre devoir est de lui faire retour, et, comme il n'y a rieu en ce monde, rien dans notre corps, rien dans notre âme, que nous n'ayons reçu de lui, un retour complet, radical et total.

Mais en quoi consiste cet acte de retour? Dans la

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