‹ Travailler a son ameChapitre 49 sur 168 · Tren. i, 6. - o · texte numérisé non relu

Tren. i, 6. - o

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d'Assyrie sont navrantes, à coup sûr; mais qu'est-ce qu'une ville, fût-elle la cité sainte, en comparaison d'une âme?... Avec quelles larmes faut-il donc pleurer une âme? — Avec vos larmes, ô Jésus-Christ 1

Et maintenant, comment dirai-je la laideur que le péché substitue à la beauté divine?

Il y a dans le monde physique, et surtout peut-être dans le monde humain, des difformités, des laideurs de toute sorte, et qui parfois, n'est-il pas vrai, sont tout à fait repoussantes.

Tenez pour certain, mes amis, qu'aucune de ces laideurs dont la vue vous révolte ne peut donner l'idée d'une âme en état de péché mortel. Une âme en état de péché mortel, c'est la laideur dans son intensité la plus ^nolente. Une âme en état de péché mortel, mais c'est un spectacle d'horreur, un spectacle d'autant plus hideux qu'il reste dans l'âme quelque trace de l'ancienne beauté. La - lèpre, le chancre qui dévore ce front, n'y a pas complètement effacé ce qu'on pourrait appeler le trait de race, le signe lumineux du baptême. Ce mélange est horrible. Abominabilem fecisti decorem luuni^... Et la tache l'emporte de beaucoup sur le tissu primitif...

De plus, remarquez que, de sa nature, cette tache est ineffaçable. Vérité profonde qui n'a pas échappé aux païens. Vous avez pu lire, au moins les plus grands d'entre vous ont pu lire, dans le traité des Lois de Cicéron cette phrase^ : « La tache de l'âme ne

\. Ezech. xw, 25.

2. De Uf/ihus. ii, 10. — Animi labes nec diuturnitate evanescere nec auinibus ullis elui pote st.

LE MAL DE l'aME 85

peut disparaître, quelle que soit la durée du temps, et tous les fleuves du monde ne la sauraient laver. »

Dans ce môme ordre d'idées etd'images, vous savez le frisson que fait courir dans les veines la scène du grand dramaturge anglais où une femme apparaît avec une goutte de sang sur la main, du sang qu'elle a versé et qu'elle lâche en vam d'effacer : « C'est étrange, dit-elle, toutes les essences d'Orient ne peuvent faire disparaître celte tache... » Et elle tremble...

Rappelez-vous encore ce cri désespéré d'un pauvre grand poète, notre contemporain :

Le cœur de l'homme vierge est un vase profond ; Lorsque la première eau qu'on y verse est impure, La mer y passerait sans laver la souillure, Car l'abîme est immense et la tache est au fond.

Cette tache que toutes les essences d'Orient sont impuissantes à faire disparaître, cette tache infamante que tous les fleuves et tous les flots de la mer et tous les siècles ne pourraient efl'acer, j'en prends à témoin Dieu lui-même, c'est le péché. Écoutez Dieu dans le prophète Jérémie : « Si laveris te nitro et multiplicaveris tibi herba?n horith, maculata es iniquHate tua coram me^. Quand même vous vous laveriez avec tous les sels purifiants, quand même vous multiplieriez les ablutions de cette sorte, vous demeurerez souillés devant moi dans votre iniquité. » Nous ne Toyons pas celle horreur, mes amis ; mais Dieu, qui voit les âmes comme nous voyons les corps, s'en détourne avec dégoût. Deiis abominabiturvirum...

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