‹ Travailler a son ameChapitre 50 sur 168 · II · texte numérisé non relu

II

86 l'homme déchu

Si vous me demandez, en dernière analyse, ce que c'est que cette souillure ineffaçable, cette horrible laideur, je vous répondrai, avec saint Ignace le martyr, que tout péché mortel est un germe de Satan, comme la grâce est un germe de Dieu. Cavete negermen diaboli^ hoc est peccaium^ inveniatiir in vobis. Ce germe maudit croît dans Tâme et la transforme en l'image diabolique. Vous avez les idées, les sentiments, les vouloirs du démon. Saint Jean, qui ne recule pas devant les mots, dirait : Vous ressemblez à la Bête; en d'autres termes, au Diable. Habet characterem bestiœ ^ .

Non seulement le péché ravit à l'âme sa beauté, mais encore il lui enlève la vie. Le péché mortel, et c'est pour cela qu'on le nomme mortel, tue notre âme. C'est le mot de saint Jacques : « Peccatum, cum consummatum fuerit, générât martem'^. La génération du péché, c'est la mort. »

Une âme morte 1 Savez-vous ce que c'est, mes

1. Apoc. XIII, 17. — « Je ne métonne pas, dit le P. Félix, que l'impiété, en vieillissant dans Voltaire, ait imprimé, et en quelque sorte incrusté sur le visage du grand impie quelque chose de la laideur satanique ; car Voltaire fut laid, mais d'une laideur à nulle autre pareille, si ce n'est à la laideur de Satan. Il était laid moralement, et il était laid même physiquement. Son sourire ricanait; tout son visage grimaçait ; et l'on eût dit qu'il portait attaché et assimilé à sa propre figure le masque de Satan lui-même. » {La Prévarication^ troisième retraite de Notre-Dame de Paris, p. 103. Paris, Téqui, 1889.)

LE MAL DE l'aME 87

chers amis? Qu'est-ce que la mort ? La mort est une séparation. La mort du corps est la séparation d'avec l'âme. Anima amissa^ mors corporis. La mort de l'âme est la séparation d'avec Dieu. Deus amissus^ mors anim,se ^ .

Le plus effrayant spectacle delà nature, c'est peutêtre la vue d'un corps que l'âme vient de quitter. Des yeux ouverts, par où l'âme ne regarde plus; une bouche ouverte, par où l'âme ne parie plus ; des mains avec lesquelles, tout à l'heure encore, 1 ame témoignait, dans une étreinte suprême, ses dernières tendresses, et qui sont glacées et qui sont inertes. Étendez le drap funèbre sur ce cadavre. Jetez ce corps mort dans la fosse.

Si un corps sans âme est un spectacle horrible, qu'est-ce que le spectacle d'une âme morte, d'une âme sans Dieu? Oh ! Messieurs, si je pouvais vous faire voir une âme morte comme on voit un cadavre, face à face, l'horreur s'emparerait de vous et vous tuerait surle-champ peut-être.

Mais ceci demande à être considéré de plus près. Suivez bien le très simple raisonnement que je vais faire.

Dieu, par le baptême, au nom du Christ Jésus et de ses droits de Rédempteur, a pris possession d'une âme. Tout baptisé porte un Dieu dans son sein. Mais, pour être éternelle en son fond, cette vie surnaturelle, qui est Dieu, n'en subit pas moins en nous les conditions du temps. Comme la vie naturelle, il faut que la

Page 1