Cor. XV
LE MAL DE LAME 8î>
ment de musique. « Considérez, dit-il, les cordes d'un instrument : d'elles-mêmes elles sont muettes et immobiles. Sont-elles touchées dune main savante ? Elles reçoivent en elles la mesure et la cadence, et même elles les portent aux autres. Cette mesure et cette cadence, elles sont originairement dans l'esprit du maître; mais il les fait en quelque sorte passer dans les cordes, lorsque, les touchant avec art, il les fait participer à son action. Ainsi l'âme, si j'ose parier de la sorte, s'élevant à cette justice, à cette sagesse, à cette infinie sainteté qui n'est autre chose que Dieu. Touchée, pour ainsi dire, par l'esprit de Dieu, elle devient juste, elle devient sage, elle devient sainte; et, participant, selon sa portée, aux actions divines, elle agit saintement comme Dieu lui-même affit saintement. Elle croit en Dieu, elle aime Dieu, elle espère en Dieu; et, lorsqu'elle croit en Dieu, qu'elle aime Dieu, qu'elle espère en Dieu, c'est Dieu qui fait en elle cette foi, celte espérance et ce saint amour. C'est pourquoi l'Apôtre nous dit que Dieu fait en nous le vouloir et le faire : Deus est qui operatur in nobis et v elle et perficere ; c'est-à-dire, si nous savons bien comprendre, que nous ne faisons le bien que par l'action qu'il nous donne; nous ne voulons le bien que par la volonté qu'il opère en nous. Donc, toutes les actions chrétiennes sont des actions divines et surnaturelles auxquelles l'âme ne pourrait pas parvenir, si Dieu, s'unissant à "elle, ne les lui commimiquait par le Saint-Esprit qui habite en nous. »
Quelle merveille, ô mes amis, que cette intimité de l'âme en état de grâce avec Dieul C'est bien là le fond divin du christianisme, le trésor des trésors^
90 l'homme déchu
l'incomparable honneur que le sang du Rédempteur nous a mérité, que le baptême nous a conféré, que la sainte communion entretient, — et que le péché mortel détruit.
Un seul péché mortel... Dieu se retire; le lien vital, qui nous unissait à lui dans l'économie surnaturelle, se brise ; la grâce cesse de couler... L'âme est morte. Sicut expirât corpus, cum amittit anùnam^ ita expirât anima, cum amittit Deum *.
Qu'adviendra-t-il, mes chers jeunes gens, de ce cadavre spirituel? Vous savez quels sont les procédés de la mort. Voici un riche qui possède une fortune immense. Il a des terres dans toutes les provinces ; il a des fonds sur toutes les banques. Un jour, par mégarde, il a avalé une goutte de poison ; ou bien, il a reçu un coup de poignard ; ou bien encore, un imperceptible souffle d'air, je ne sais quoi qui s'appelle la mort, a passé... Il est soudainement et tout à fait dépouillé de ses richesses. On l'enveloppe d'un linceul ; puis, comme dit Pascal, quelques pelletées de terre, et en voilà pour jamais !
C'est la manière de procéder du péché mortel. Ce cadavre spirituel qui est une âme morte, il le dépouille de tous ses trésors, des mérites acquis pendant des années et des années de vertus courageuses; des mérites, c'est-à-dire des semences d'infini bonheur et de gloire éternelle. Plus nous amassons ici-bas, vous le savez bien, plus là-haut la récompense sera riche et belle. Indomo Patrismei raansiones multx^ . Si nous pouvions entrevoir la félicité, les torrents de félicité