‹ Travailler a son ameChapitre 59 sur 168 · Ezech. VII · texte numérisé non relu

Ezech. VII

LE CHATIMENT DU MAL iOl

La fin du temps... Quel éclair que la vie, et quel rêve ! Le temps n'est rien. Il coule comme de l'eau et il nous emporte sur ses flots rapides. Cet impétueux mouvement, nous ne le voyons pas. Le temps nous trompe. Le temps afl'ecte toujours, tant il demeure, ce semble, immobile, quelque imitation deréternité\ Il nous entraîne si vivement et tout à la fois si doucement, que nous nous trouvons engagés au milieu du sombre défilé delà mortavant même dyavoir songé... Quel éclair que la vie, et quel rêve!

Ezéchias, lui non plus, ne sentait point couler le temps, et, dans la quarantième année de son âge, il lui paraissait qu'il ne faisait que naître. '< J'ai à peine vécu, disait-il, et voilà qu'au milieu de ma journée, je touche aux portes du tombeau. Je cherche la suite de mes années, et je n'ai plus rien devant moi. Je ne verrai pas Dieu sur la terre des vivants; je ne verrai pas l'homme habiter en paix sur la terre. Le développement de mes jours sur lequel je comptais, s'arrête : une main mystérieuse le reprend et l'enlève comme on roule une tente. Dieu tranche ma vie comme le tisserand sa toile, et tandis que ma trame se développait encore, Dieu la déchire! C'est ce matin que je suis né : le soir vient, et je vais mourir! Et pourtant j'espérais voir un second matin! Mais, une force im-

1. Bossuet. Avenf. premier dimanche, premier sermon, deuxième point.

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placable comme la dent d'un lion me brise. Je suis né ce matin : le soir vient, et je vais mourir I O Seigneur, est-ce donc là la vie? Est-ce pourcelaquejesuisné ^? »

Tel est le chant lugubre que l'Église appelle « le Cantique d'Ézéchias ». C'est le psaume de toute vie qui commence à pressentir la mort. Heureux, mes chers amis, heureux ceux qui en ont entendu, dès leur jeunesse, Tharmonie grave! Heureux ceux qui en ont compris le sens austère, heureux ceux qui, à la lumière de cette révélation, ont critiqué, ont jugé la vie avant de l'entreprendre^!

Mais, la plupart des hommes n'entendent pas ce cantique intérieur ou ils ne l'entendent que lorsqu'il

1. Is. xxxviii, 10 et sq. — Ego dixi : In dimidio dienim meorum vadam ad portas inferi. Quaesivi residuum annorum meorum, Dixi : Non videbo Dominum Deum in terra viventium. Non aspiciamhominem ultra, ethabitatorem quielis.Generatio mea ablata est, et convoluta est a me, quasi tabemarulum pastorum. Précisa est velut a texente vita mea : dum adhuc ordirer, succidit me; de maue usque ad vesperam finies me. Sperabam nsque ad mane, quasi leo sic contrivit omnia ossa mea : de mane usque ad vesperam finies me... Domine, vim patior, responde pro me... Si sic vivitur...

2. Nous ne saurions trop recommander à nos chers jeunes gens la lecture du li\Te VI' de la Connaissance de lame par le P. Gratry. <f Je ne sais si je me trompe, a dit un esprit délicat et charmant, mais il me semble, en lisant ces deux chapitres, entendre une symphonie de Beethoven. Gomme les phrases se déroulent dans un rythme grave et lent ! La fin est triomphante. C'est lorchestre rassemblant tous ses instruments dans une puissante harmonie. » {Souvenirs d'un frère, p. 45 et 46. Paris, Ketaux, 1890.) — Nous voulons aussi, puisque l'occasion s'en jjrésente, signaler ces confidences anonymes d'un frère, ces pages où respire l'amour le plus intelligent et le plus désintéressé de la beauté littéraire, où la nature est peinte dun trait sobre et vif, où s'épanchent les affections domestiques, où brûle un zèle généreux et constant pour la cause de l'Église et de Dieu, ces pages enfin où la mélancolie se tourne souvent en prière et regarde vers le Ciel. C est un reliquaire de cristal enchâssé dans de l'or pur.

€sl trop tard. Quels regrets alors, et quel désespoir ! Ah ! si du moins j'avais bien employé mon temps, ce temps que l'infinie bonté de Dieu m'avait octroyé pour travailler à mon âme, pour sauver mon âme et mériter le ciel ! ODieu, monDieu,si j'avais seulement une heure! Ah ! si je pouvais racheter à prix d'or le temps perdu ! Je payerais mes dettes à la justice par la pénitence, mes dettes à l'amour par la reconnaissance ! Je n'ai plus le temps. Mon passé ne m'appartient plus! Mon présent est insaisissable; c'est la mort qui le tient... L'avenir, il n'y en a plus pour moi, le temps est fini. Tetnpus non erit aniplius ' . . . Le prix du temps, comme nous le comprendrons, mes amis, à la lueur de cette torche qui éclairera notre agonie... « Il n'est rien de plus précieux que le temps, puisque c'est le prix de l'éternité^. » Il sera trop tard! Mémento. Souvenezvous!... Souvenez-vous de faire le bien, tandis que vous en avez le temps. Z);(/72 tempusJiahemus^ operemur bonum^... Souvenez-vous que vos œuvres, et vos <Buvres seulement, vous accompagneront dans l'éternité. Opéra enim illorura sequuntur illos ''...

La mort, c'est la fin du temps, et c'est aussi pour le mourant la fin du monde.

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