Apoc. XIV
104 l'homme déchu
La fin du monde...
En un clin d'oeil, tout vous est enlevé... Vous aviez, je le suppose, d'immenses richesses; et voici que tout à coup vous n'avez plus rien que le pauvre le plus misérable vous puisse envier. Vous êtes nu comme le ver qui va ronger votre cercueil. La mort, c'est la fin du monde.
Vos parents, vos amis, vos compagnons de voyage disparaîtront peu à peu à vos regards mourants dans les ténèbres envahissantes de la dernière heure. Vous les entendrez parler à voix basse. Ce sera comme un bruit vague dans une solitude profonde; et, bientôt plus rien, le silence ; — le silence de la mort!... La mort, c'est la fin du monde.
Vos parents, vos amis, vous accompagneront au cimetière ; puis cette place vacante, votre place dans le monde, ils la prendront, et vos appartements, et vos trésors...
Quelquefois encore, dans les premiers jours, ils prononceront votre nom... A son tour, ce vain bruit lui-même s'effacera dans l'immense étendue...
C'est fini, c'est bien fini... L'herbe pousse sur votre tombe, et l'oubli plus vite encore.
La mort, c'est la fin du monde.
Et vous, que devenez- vous? Laissez-moi, à l'exemple de saint François de Borgia, ouvrir votre sépulcre... Ces marbres superbes, ces inscriptions fastueuses...
et peut-être menteuses, ne me disent rien. C'est vous que je veux voir... Que vous reste-t-il de vous?
Votre corps, assurément ? Non, pas même votre corps. La mort est le dépouillement total. La mort est la pauvreté suprême.
Vos yeux, ces yeux qui avaient jeté tant de regards et tant de flammes, — quels regards, mes amis, et quelles flammes! vos anges gardiens le savent, — ils sont éteints...
Vos lèvres, ces lèvres qui avaient prononcé tant de paroles et donné tant de baisers, — quelles paroles et quels baisers ! — les voilà silencieuses et glacées...
Votre cœur, ce cœur dont les battements n'étaient pas toujours pour Dieu peut-être, il ne bat plus, il Êst mort...
Vos mains, ces mains qui ne se sont pas ouvertes à l'aumône, ces mains criminelles, pendent immobiles et froides...
Vos pieds, ces pieds qui couraient au mal comme à une fête, ils sont enchaînés par d'invisibles et d'indissolubles chaînes...
0 mort, ta victoire est complète î...
Non. Tout cadavre qu'il est, ce corps garde toujours forme humaine dans l'horreur du sépulcre... Attendez quelques semaines... Il faut qu'il se dissolve, il faut qu'il tombe en poudre. « Poussière, tu retourneras en poussière. Pitlvis, in pulve^-em * ! »
Voulez-vous savoir ce " que les anciens appelaient « une ombre »? Ouvrez de nouveau ce cercueil... Un peu de poussière! Prenez garde. Ne remuez plus. Ne