II Reg. XII
LA RÉPARATION DU MAL i3|
Combien de fois nous vous entendons dire : Oh ' que c'est peu pour tant de péchés ! Que ferons-nous donc "> Laissez, mes chers amis, laissez le Père Lacordaire se faire attacher en croix, le vendredi saint trois heures durant. Laissez le curé d'Ars se lever toutes les nuits pour pleurer ce qu'il appelait « ses pauvres péchés ». Laissez la Carméhte déchirer sa chair virginale, et la Bénédictine, corde au cou se lier à la colonne sanglante. Ces âmes généreuses font la plus grande œuvre sociale qui soit au monde après le saint sacrifice de la messe. Elles sont les vivants paratonnerres qui nous préservent de la foudre.Vous jeunes gens, en vertu de ce principe que le Christ Jésus ayant expié pour tous, nous devons unir à ses mérites infinis nos expiations personnelles, acceptez la loi de Texpiation, d'abord dans tous ces événements de la vie qui ne dépendent pas de votre volonté et sur lesquels vous ne pouvez rien : vous en ferez sortir par 3ette acceptation amoureuse le rachat de vos âmes. Vcceptez-la dans la lutte obligatoire contre le mal : ^ous savez que Notre-Seigneur est si bon qu'à nos noindres efforts vers le bien il a attaché une vertu •édemptrice. Acceptez-la dans la discipline pénitenlaire que nous impose la sainte Église, bien adoucie »ar sa condescendance maternelle et rabaissée vrai- Qent au niveau de nos infirmités, pour ne pas dire e nos lâchetés. Il y a là des satisfactions très mérioires et des moissons de mérites. Transformez tout, n unissant vos petits sacrifices au sacrifice de la' roix, et, en peu de temps, non seulement vous aurez éparé le passé, mais encore préparé lavenir.
132 l'homme déchu
Pour vous reposer, Messieurs, de rattention soutenue que vous m'avez prêtée durant cette longue leçon de catéchisme, je vais vous rapporter un épisode de la s^uerre franco-allemande ^ Vous v verrez en acte le péché, l'aveu du péché, l'expiation du péché.
Jean de Plouardec est le troisième fils d'un gentilhomme breton. Parti de sa province natale avec la candeur et les illusions charmantes de la vingtième année, il est venu à Paris. Là, dans la fréquentation du monde de la Bourse, il a bientôt perdu tout sentiment de probité, de fierté et d'honneur. La guerre éclate. Jean, qui se moque du patriotisme comme du reste, va fuir pour se mettre en sûreté. Comme il passait sur un de- quais de la Seine, il entendit les accents d'une musique étrange. Bientôt une' masse confuse, qui s'avançait en chantant, apparut à la hauteur du pont de Solférino. Jean reconnut un chant de Bretagne et le son du biniou. C'étaient les mobiles du Finistère qui faisaient leur entrée dans Paris.
En tête, à cheval, le chef du bataillon. Derrière lui deux capitaines.
Jean tressaillit.
— « Mon pèrel dit-il d'une voix sourde... Mes deux frères ! »
Et comme il levait la tête, il aperçut à l'un des balcons du quai... sa mère. Madame de Plouardec agitait son mouchoir ; le chant breton redoublait d'enthousiasme, et le chef du bataillon, avec la courtoisie du