CI-GÎT
Jean de Plouardec,
MORT AU CHAMP d'hO?sNEUR.
Pax Dei, qux exsuperat omnem se7\mm, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Chris lo Jesu.
La paix de Dieu surpasse tout sentiment. Qu'elle garde vos cœurs et vos intelligences dans le Christ Jésus! (Phil. iv, 7.)
Nous avons rinstinct de la paix. Nous en avons le désir ardent, et, pour ainsi parler, la faim et la soif.
Nous sommes tous plus ou moins semblables à Dante, le grand poète italien. Vous savez ce détail de sa vie : il fuyait devant un ennemi puissant et cruel. Un soir, il frappe à la porte d'un monastère. — « Que demandez-vous? » lui dit le Frère portier. — « Je demande la paix, » répondit le grand proscrit.
Et nous aussi, mes chers jeunes gens, nous demandons la paix... Oh! qu'ils sont nombreux dans le monde les fugitifs de Dieu, les proscrits volontaires de la vertu, les pécheurs qui frappent aux portes des plaisirs, des honneurs, des richesses, de la renommée ! Ces portes s'ouvrent quelquefois ; mais ceux qui entrent ne trouvent point ce qu'ils cherchaient. Que ne frappent-ils, les malheureux, à la porte du confessionnal, à la porte du tabernacle! Ils trouveraient la paix, la paix de la conscience, la paix du cœur, cette paix que Tapôtre saint Paul appelle si profondément et si magnifiquement la paix de Dieu. Fax Dei!
EYANGELIUM PACIS 135
Lisons la Bible sur ce beau sujet et cntr'ouvrons notre âme.
Le cœur de Thomme, disons-nous, a faim et soif de la paix. Nos agitations elles-mêmes le prouvent. Pourquoi vous troublez-vous? Pourquoi vous agitezvous, sinon parce que vous n'avez pas la paix, sinon parce que vous cherchez la paix ? De ceux-là qui se remuent, qui s'agitent davantage, qui bouleversent tout, on peut dire qu'ils sont les plus grands sectateurs de la paix. Les conquérants eux-mêmes, ces tueurs dhommes, se proposent par la guerre d'en venir à la paix, d'assurer par la victoire la tranquille possession de leur empire.
Parmi les docteurs de l'Église, celui qui peut-être a le mieux célébré la paix, sans doute parce qu'il avait vu de plus près les horreurs de la guerre, c'est saint Augustin. Vous savez en quel temps vivait ce grand homme : au milieu de la poussière, des raines et du sang des invasions barbares, non loin de ces Vandales qui venaient, au pas de course, de s'emparer du vieux monde et le saccager. Un jour, — apparemment ce jour-là l'évêque d'Hippone avait été éloquent; c'était un peu sa coutume, — le mot ^^aa:, « la paix », vint à tomber de ses lèvres, avec je ne sais quel accent! A l'instant son auditoire se lève, et tout ce peuple applaudit. Vous cro}ez que, d'un geste, l'orateur va calmer l'enthousiasme, comme fit, en un temps plus voisin du nôtre, le P. Lacordau'e. Non. — « Très
bien! s'écriait-il. Vous aimez la paix. Vous applaudissez à son seul nom. L'instinct de la nature est en vous comme la prophétie des destinées immortellement pacifiques qui vous attendent. »
Oui, Tamour de la paix est au fond de toutes les âmes. Qu'est-ce, en dernière analyse, que cette longue attente du Messie dans Thumanité quarante siècles durant? N'est-ce pas l'espérance d'un pacificateur? Notre vieille Bible, où sous chaque mot, pour ainsi dire, bat le cœur d'Israël, est toute pleine de soupirs, de désirs, d'appels brûlants, j'allais dire de clameurs vers la paix.
Écoutez le prophète Isaïe. Six cents ans avant la naissance de Jésus-Christ, il aperçoit, dans une clarté céleste, des collines mystérieuses qu'il appelle « les collines éternelles », sans doute les abords du Saint des Saints. Et voici qu'un homme lui apparaît sur la pente des montagnes. Les pieds du divin inconnu resplendissent dans de la lumière : « Qu'ils sont beaux, s'écrie le prophète, qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui vient nous prêcher la paix! Quam pulchri super montes pedes.... prœdicantis pacem ^ ! » Et Isaïe se met à énumérer les grandeurs de l'envoyé divin : (^ Le titre de sa principauté lui a été posé sur l'épaule. Il est rxVdmirable, le Conseiller, le Dieu, le Fort, le Père du siècle futur... » Et quand il a fini d'exalter le Messie, savezvous comment il résume son admiration : « Vocabitur nomen ejiis... prmceps j3<3ci>^. On l'appellera de son nom le prince de la paix. » Puis, à mesure que l'ave-