Cf. le ch. XIX du TII« livre des Rois
se couche dans les nuées le terrestre soleil, on voit s'élever à l'horizon glorieux l'aube éternelle.
Ces trois étapes de la vie personnelle et de la vie universelle, je les dislingue encore dans la vie chrétienne.
Dans tous les commencements, Dieu est plus mère que père. Il abreuve véritablement les âmes du lait des plus exquises consolations. Puis, quand le temps est venu de la vertu laborieuse, de la vaillance, de la croix qu'il faut prendre sur ses épaules et porter, en un mot, le temps du mérite personnel, on dirait que Dieu se retire. Oh! les tristesses profondes, les désolations intérieures! Oh! Gethsémani, le Prétoire, le Calvaire et le Tombeau!... Courage, pauvre meurtri'. C'est ainsi que se transfigurent les âmes. La montagne des Oliviers est aussi la montagne de l'Ascension, et je vois à votre front, déjà, Tauréole de la gloire.
Voilà, mes enfants, ce que j'ai appelé, un peu ambitieusement peut-être, la philosophie du Rosaire. Vous en avez admiré, j'en suis sûr, les divisions profondes. N'allez pas vous contenter d'une admiration qui, pour être respectueuse, n'en serait pas moins stérile. Aimez le Pvosaire, voire Rosaire. Déposez souvent celte couronne de roses ou d'étoiles sur le front de la Mère de Dieu. Sans préjudice de vos intentions particulières, ayez toujours une intention générale, celle-ci : l'avènement prochain du règne de Marie. Le Bienheureux Grignon de Montforl assurait que le règne de Jésus-Christ n'arriverait sur la terre qu'après le triomphe social de la très sainte Vierge. Déjà, en dépit de toutes les confusions, ce divin espoir agite
les âmes. Nous sommes, comme on dit, à un tournant de rhistoire : de grands événements se préparent; ils auront pour conséquence la réalisation des prophéties du saint apôtre vendéen. Oui, l'étoile du matin brille à l'horizon, et elle annonce le lever du soleil.
Ainsi soit-il.
Angélus meus vobiscum est.
L'Ange de Dieu est avec vous.
Ba-ruch, VI, 6.
C'est une bien douce fête pour toutes les âmes que la fête des saints anges gardiens ; mais elle vous est chère deux fois, à vous, bien-aimés enfants : au même titre d'abord qu'à tous les chrétiens, et parce qu^elle vous ramène un précieux anniversaire. N'y a-t-il pas aujourd'hui vingt-trois ans que la Petite-Œuvre du Sacré-Cœur' a été fondée? Manifestement Dieu l'a bénie, et les anges n'ont pas cessé de l'abriter sous leurs ailes : Angélus meus vobiscum est.
Vous n'êtes pas ingrats, mes chers enfants; vous aimez les saints anges, vous les priez, vous les fêtez, et il vous plaît qu'on vous en parle. Parlons-en donc.
Plus tard, vous-mêmes vous étudierez le dogme des anges dans les grands théologiens, et en particulier dans cet incomparable docteur que nous appelons l'Ange de l'École, non pas seulement pour la pureté de sa vie, mais pour son coup d'œil, son coup daile et son vol sublime, saint Thomas
d'Aquin.
Je demande à Notre-Dame du Sacré-Cœur, qui est tout à la fois la Reine des anges et votre Mère, de
1. C'est le nom que porte TÉcole apostolique des Missionnaires du Sacré-Cœur, fondée le 2 octobre 1866.
bénir, à rouverture de la nouvelle année scolaire, ce premier de nos entretiens.
Qu'est-ce qu'un ange? Un esprit sans mélange de matière, un esprit sur lequel n'ont de prise ni le temps ni la mort. Dieu seul le pourrait anéantir, si Dieu ne l'avait fait immortel.
Les dons de nature, ces dons magnifiques desquels, nous autres hommes, nous n'avons reçu que des pai'celles, la munificence du Créateur les a répandus à mains pleines sur les anges. Écoutez la comparaison que fait Bossue t pour marquer la différence entre un homme et un ange : « De même, dit-il, que les subtilités et finesses que nous remarquons dans certains animaux ne sont qu'une ombre des opérations immortelles de notre intelligence; ainsi pouvons-nous assurer que nos connaissances à nous ne sont qu'un imparfait rayon de la science de ces esprits purs dont la vie n'est que raison et intelligence ' . » Vous le voyez, mes enfants, d'après Bossuet, il y a autant de différence entre un ange et un homme qu'entre l'homme et l'animal.
Analysons cette idée.
L'intelligence humaine est lente dans ses opérations, — qui d'entre vous ne le sait par une expérience de tous les jours? — elle est embesognée, comme on