‹ Travailler a son ameChapitre 98 sur 168 · Sermon sur les démons · texte numérisé non relu

Sermon sur les démons

disait au dix-septième siècle, et laborieuse. C'est lentement que vous allez du connu à l'inconnu. C'est péniblement que vous cheminez d'une vérité à une autre vérité... L'ange regarde, et il a compris. Il a tout compris dans ce regard, sans effort, sans étude, et jusqu'au fond.

L'intelligence humaine a des intermittences fréquentes, prolongées, nécessaires; non seulement des pauses, des repos, mais aussi ettrop souvent des défaillances. Nous nous lassons de penser, d'étudier; etpuiSy si passionnés que nous soyons pour les travaux de l'esprit, il faut se résoudre, coûte que coûte, à dormir. L'ange est toujours en mouvement. Ni fatigue ni sommeil ; toujours en acte dans la lumière ; et cette lumière est si parfaite qu'il n'y a pas d'illusion intel- I lectuelle possible, point d'erreur. Jamais de méprise non plus ni de confusion. Jamais d'oubli : la ménioire de l'ange est si merveilleuse qu'à la première évocation tout le passé se réveille, revit, rayonne.

Vous dirai-je la force des anges? Non seulement toutes les puissances humaines coalisées ne sauraient un instant résister à un ange ; mais d'un souffle, le moindre des esprits éteindrait tous les soleils. Les voyez-vous dans l'espace éternel, dans cet infini vivant qui est Dieu? Divins oiseaux, ils vont, ils volent d'un bout à l'autre des cieux — en un clin d'oeil. Omnis spiritus aies. Notre âme, elle aussi, a des ailes. A de certaines heures, sous l'inspiration de la grâce, elle aspire à se déprendre des choses d'en bas ; elle brûle de déployer son essor, de monter de clartés en clartés, de vertus en vertus; elle voudrait vaincre en rapidité les aigles et les éclairs; mais, prisonnière

<le son corps, elle en subit les lois : pesanteur et lenteur; de là, bien des tristesses et parfois des découragements.

Ce que c'est que d'être troublés par la violence des appétits, les anges Tignorent. Ils aiment avec une ardeur aussi tranquille qu elle est chaste. Ne faisons point de comparaison avec la pauvre humanité ; elle est en proie toute vive à la corruption du cœur et à la dégradation des sens.

D'où viennent donc aux anges ces forces et cette virginale possession d'eux-mêmes? De leur nourriture. Raphaël disait à Tobie : « Il vous a semblé que je mangeais et que je buvais avec vous tout à l'heure; mais non, je me nourrissais d'un aliment invisible ', » Cette nourriture des esprits célestes, ce pain et ce vin mystérieux, ce n'est pas autre chose que la vérité, la beauté, la bonté, la sainteté, la vie essentielle, en un mot, le Verbe de Dieu lui-même.

Les anges sont beaux... Gomment diriez- vous, mes chers enfants ? Nous manquons d'un terme de similitude. Ils sont beaux... comme des anges.

Ils sont heureux puisqu'ils voient Dieu face à face. On peut dire qu'ils baignent dans le bonheur comme dans un océan sans fond et sans rivage. Bonheur infini. Bonheur éternel, car ils sont affermis depuis l'épreuve» pour jamais, dans la justice, dans la paix, dans Tamour, la louange, les h-armonies et les jubilations du ciel des cieux.

1. Tûb. XII, 19. — Videbar quidem vobiscum manducare et bibere ; sed ego cibo invisibili et potu, qui ab hominibus videri non potest, utor.

Voilà quelque chose de l'être des anges. Quelle est leur vie? La contemplation d'abord. Ils voient Dieu, disions-nous tout à l'heure, face à face, et cette vision est inépuisable. La seule contemplation de la gloire intérieure de Marie ^ épuiserait des siècles et des siècles. Or, il y a mille fois plus au paradis que la bienheureuse Vierge et mille fois plus que tous les saints. Il y a Dieu, THomme-Dieu. Au témoignage de saint Thomas 2, Thumanité du Verbe illumine les anges, comme un soleil ; et Marguerite-Marie les a vus groupés, comme des feux vivants, autour du Sacré-Cœur. Les Séraphins s'embrasent en quelque sorte dans ce foyer toujours incandescent; les Chérubins s'éclairent à ses irradiations ; les Trônes sont là, immobiles et ravis; les Principautés inclinent leurs diadèmes; les Dominations adorent ; les Puissances tremblent d'une émotion ineffable ; les Vertus tressaillent d'allégresse; les Archanges et les Anges se répondent en de fraternelles et joyeuses mélodies : Socia exultations concélébrant ^. C'est le trisagion de l'éternité : Sanctus, sanctus, sanctus Dominus ^ . Quel paradis, mes chers enfants, que le paradis des anges !

Page 1