DE WASHINGTON A LA NOUVELLE-ORLEANS
Nous n'ajouterons rien aux considérations énoncées page 101, sur le* populations intéressées à l'exécution d'une route sur une des trois lignes déjà comparées j elles sont encore de même poids pour la quatrième route, ou déviation de la route de l'Ouest, qui, de plus, aurait l'avantage de former un embranchement avec la route projetée de Zanesvillc , dans l'Etat de l'Ohio, à Russelsvillc, dans l'État de l'Alabama, à travers les Étals du Kentucky et du Tennessee.
Comme considération politique, on remarquera que la quatrième route partage jusqu'à un certain point, avec la roule de l'Est, l'avantage de passer très près des capitales des Étals du Tennessee et de l'Alabama, et de traverser celle de l'État du Mississippi.
Sous le rapport militaire, la quatrième route, plus que toutes les autres, facilitera la concentration des troupes venant des États de l'intérieur, sur lesquels on doit le plus compter pour des secours. En outre, cette route traverse, à une distance convenable des lignes d'opération, le dépôt d'approvisionnemens de tous genres établi à Bàton-Rouge , et la position retranchée du Delta du Mississippi. Néanmoins la route de l'Ouest, qui passe par Test du Tennessee et qui vient rencontrer la rivière aux Perles, à New-Columbia , dans l'État du Mississippi, intersecte un point qui a l'avantage d'être également distant de Bàton-Rouge , de la Nouvelle-Orléans et de Pensacola; considération d'une très haute importance, puisque ces trois points seraient à portée d'être également secourus. New-Colombia pourrait devenir un bureau de distribution pour la poste sur les villes de Natchez , de Saint-Francisville, de Baton-Rouge, de la Nouvelle-Orléans, de Mobile et de Pensacola : ce qui serait une considération importante en faveur de la route de l'Ouest , comme transport de la poste.
En résumé , on peut conclure de toutes ces considérations : que, sous le rapport du commerce: — la route de l'Est jouira seule de l'avantage d'en faciliter les relations entre les ports d'importation et d'exportation
les plus avances dans l'intérieur ; — que la route du Milieu et les deux routes de l'Ouest seconderont davantage le développement du commerce intérieur.
Sous le rapport de la population : — les routes de l'Est et du Milieu desservent, dans ce moment, les pays les plus peuplés; mais, en prenant en considération la marche de la population plus grande dans les pays de l'Ouest que dans ceux du Sud, on peut regarder que ces quatre routes présentent les mêmes avantages.
Sous le rapport des considérations politiques : — la route de l'Est a l'avantage de passer par le siège des gouvernemens des États du Sud sur l'Atlantique; la route de l'Ouest, en traversant la chaîne des montagnes qui sépare les États de l'Ouest des États du Sud, deviendra une communication importante entre ces Etats.
Sous le point de ^iie militaire: — les deux routes de l'Ouest, indistinctement, procureront, plus que les deux autres routes, les moyens de secourir la frontière maritime de l'Union sur le golfe; celle surtout par l'est du Tennessee. Pour la défense de l'État de la Louisiane, la quatrième route, ou déviation de la route de l'Ouest, mérite la préférence.
Pour le transport de la poste : — la route du Milieu paraît mériter la préférence quant au temps ; mais, quant aux dépenses, elles seront moin* dres sur la route de l'Ouest que sur les trois autres^
D'après cet examen impartial de tous les avantages offerts par les diverses routes examinées , avantages dont les uns pouvaient être représentés par des chiffres , tandis que les autres , entièrement moraux , ne pouvaient être soumis à la même évaluation , l'on jugera de quelle difficulté il était de se prononcer sur la préférence à donner à l'une de ces routes , et d'en trouver une qui fut pourvue de tous les avantages présentés séparément par les autres. Si cette route nationale avait eu simplement pour objet d'ouvrir une communication entre Washington et la Nouvelle-Orléans , pour les avantages réciproques de ces deux villes, une
DE \^ASHlNGrON A T.A NOUVEIXE-TJRLKANS. HT
seule roule pouvait suilirc. Mais le tracé de cette route devant se rattacher à un système général de routes pour FTJnion , il devient urgent de cherchera remplir toutes les obligations imposées par un projet si vaste et si important dans ses conséquences.
Cette manière d'envisager l'objet proposé porte à croire qu'une seule route de Washington à la Nouvelle-Orléans ne peut suffire pour remplir toutes les conditions imposées par les relations que cette communication doit ouvrir sur cet immense territoire compris entre le golfe du Mexique et la baie de la Chesapeake. Deux routes sont donc indispensables : l'une passant à l'est, l'autre à l'ouest de la chaîne des montagnes qui règne presque parallèlement à la frontière sur l'Atlantique. Des routes transversales du Kentuckj en Virginie et du Tennessee aux Carolines rattacheraient ces deux routes l'une à l'autre. Les dépenses de construction pour ces deux routes seraient comparativement faibles quant aux avantages nationaux qui résulteraient d'une double communication du siège du gouvernement fédéral à la métropole du commerce américain sur le golfe du Mexique, surtout si on adopte pour chacune d'elles un mode de construction adapté à son objet particulier.
Construction de la route.
La supériorité du système Mac-Adam ayant été suffisamment reconnue par l'expérience, on croit devoir recommander son adoption, du moins comme principe général , pour la construction de cette route sur toutes les portions où la nature des matériaux ne forcera pas à recourir à un autre mode.
Les pentes ne devront jamais être au-dessus de 3°; encore, celles-ci doivent-elles être regardées comme un maximum qu'on n'adoptera que quand, pour réduire le tracé à des pentes de 2°, on serait entraîné à un trop grand développement , ou à de trop grandes dépenses de construction.
On devra adopter pour les dimensions en largeui- de la roule les proportions qui la rendront moins dispendieuse dans sa construction et dans ses réparations , tout en remplissant les conditions exigées par le but que l'on se propose. Or, en Angleterre , on considère que 9 mètres 14 centimètres sont une largeur suffisante pour une route très fréquentée par les voitures p'jtliques ( stages ) et par le roulage , tandis qu'une route qui n'avait que 6 mètres 9 décimètres de largeur a été reconnue comme trop étroite pour l'usage des voitures publiques et des troupeaux; l'on croit donc pouvoir recommander 7 mètres 31 centimètres comme largeur à adopter; les bas côtés auront chacun 4 mètres 27 centimètres, et les fossés d'écoulement chacun 1 mètre 21 centimètres : ce qui donne pour largeur totale de la route 18 mètres 27 centimètres.
Quant à la construction de la route elle-même, afin d'en assurer l'exécution , on a recommandé que les moyens suivans fussent adoptés. D'abord, lorsque le choix de la direction générale sera fixé, l'on commencera par déterminer la latitude et la longitude des points principaux par lesquels la route doit passer ; l'on calculera alors la direction de chacune des portions entre ces points. Par ce moyen on obtiendra une série d'arcs sphériques , de \^ ashington à la Nouvelle-Orléans , auxquels correspondront autant de portions de route. Alors des levés en détail détermineront le tracé final de chaque portion , en ayant soin de dévier le moins possible de la direction donnée par l'arc tracé sur le terrain au moyen de monumens ou bornes. Ces levés seraient exécutés d'abord sur les portions de route qui traversent des vallées, des marais, ou autres localités qui, dans l'état actuel des choses, opposent le plus d'obstacles au transport de la malle-poste dans cette direction.
Par une telle répartition de travaux on obtiendrait un résultat positif pour chaque appropriation votée pour cet objet national, en ajoutant ainsi, chaque fois, un degré d'amélioration aux moyens de communication déjà -existans entre Washington et la Nouvelle-
1)K WASHINGTON A I.A NOTJVELI.E-TjRLKANS. 115
Orléans; et en ir'duisant aussi, cliaque ariiu-o, U; temps nécessaire pour parcourir <;ol(o distance.
Avant de commencer la construction d'une route nationale aussi étendue que celle qui est projetée entre Washington et la Nouvelle-Orléans, il paraîtrait urgent de prévoira l'avance les moyens de réparation; car si on ne porte pas à chaque section, lorsqu'elle sera finie, les soins qu'elle peut exiger, la totalité de la route sera à peine terminée que ces portions seront déjà hors d'état de servir. A ce sujet on croit devoir suggérer, que le département des postes étant appelé, par sa correspondance journalière, à connaître plus en détail l'état réel des roules, doit aussi être le plus intéressé à les maintenir bien réparées ; il nous paraît dont que l'on pourrait avec toute justice confier cette branche de service à ce département.