AU LAC POM'CHAIVIKAIX
sous une latitude plus au \ord. lui outro, les Ktats du Sud sur le golfc pourront tirer des Ktals de l'Ouest, non seulement une très grande variété d'objels nianufaeturés , mais encore beaucoup de denrées dont la production est négligée dans le Sud afin de donner au travail un emploi plus lucratif. L'État de l'Alabama et la Floride occidentale deviendront donc de nouveaux marchés pour les Etats de l'Ouest, et ccux-(i, en retour, en recevront les précieux matériaux bruts nécessaires à leur industrie manufacturière.
Quanta la Nouvelle-Orléans, métropole du commerce américain sur le golfe , peut-être se deniandera-t-on quels avantages cette ville pourra retirer d'une telle communication? Sans doute, la nouvelle-Orléans devra perdre quelques uns des bénéfices attachés à l'espèce d'entrepôt qu'elle se trouvait former pour les produits de l'Ouest destinés pour ITJat de l'Alabama et pour les Florides; mais, d'un autre côté, l'Etat de l'Alabama et les Florides trouvant un accès facile sur la Nouvelle-Orléans pour leur exportation , y expédieront une plus grande quantité de produits : celle-ci gagnera donc d'un côté ce qu'elle aura pu perdre d'un autre. Du reste , la Nouvelle-Orléans ne peut manquer de retirer un très grand avantage de cette nouvelle communication. En effet, le nombre des grandes villes commerciales dans tout pays est limité à cause des diverses données locales qui les caractérisent ; une fois celles-ci établies, l'accumulation des capitaux, la prompte expédition des affaires, basée sur une aussi grande facilité a faire des achats qu'à réaliser des ventes . leur assurent une prééminence qui, loin de pouvoir perdre, ne peut, chaque jour, que gagner.
La Nouvelle-Orléans est, par rapport au Mississippi, ce qu'Alexandrie en Egypte est au Nil : un de ces points qui, en si petit nombre sur notre globe , ont été fixés comme grands centres de commerce. Le canal de jonction du Mississippi au lac en procurant un nouveau débouché aux produits de l'immense Mississippi, créera poui- la Nouvelle-Orléans un
chenal qui apportera à ses quais les richesses d'autres régions. Et quand la rivière du Tennessee sera mise en communication avec la rivière de TAlabama par l'exécution du canal projeté entre la Hiwasse et la Connessauo^a, branche supérieure de la Coosa, ou par le chemin de fer projeté entre le village de Decatur sur la Tennessee , au-dessus du canal latéral aux obstacles du Muscle-Shoals , et Selma près de l'embranchement de la Cahawba et de l'Alabama , la Nouvelle-Orléans pourra recevoir par ce canal de jonction au lac une très grande augmentation dans les produits d'exportation que déjà lui fournit la vallée du Mississippi.
En nous bornant à cette courte énumération des avantages que le commerce doit retirer du canal de joaction du Mississippi au lac Pontchartrain, et laissant entrevoir seulement ceux qu'amènerait l'exécution d'un canal au travers de l'isthme des Florides , nous passerons aux avantages mihtaires que possède le canal proposé comme complément du système de défense adopté pour toutes les frontières de l'Union.
Ces avantages sont aussi variés qu'importans.
D'abord nous ferons observer que le chantier maritime de l'Union sur le golfe du Mexique n'est pas situé aussi avantageusement que les mêmes établissemens sur l'Atlantique, tels que Hampton-Road et Boston. Dans la rade de Hampton, sur les eaux de la Chesapeake, le chantier de construction peut être établi de manière à se trouver entièrement hors de portée d'attaques , soit par terre , soit par mer : son site étant assez éloigné des bords de la mer et protégé par des obstacles naturels , ne nécessite pas la construction immédiate de fortifications permanentes pour sa défense. A Boston , l'entrée du port , la baie de Nantusket ( formant rade de rendez-vous) et le port de Plymouth étant fortifiés pour leur propre défense , le chantier maritime sera complètement mis à l'abri de toutes attaques, sans nécessiter aucun autre ouvrage; de plus, sur chacun de ces points l'on pourrait concentrer en quelques heures une
AU LAC PONTCHARTRAIX. I.'H
population nombreuse : toutes les données à cet égard ayant été calculées et préparées à l'avance.
Mais la rade de Pensacola n'offre pas les mêmes avantages; là les chantiers maritimes ne pourraient être avantageusement placés que près du bord de la mer; ils auraient donc pu être exposés à des attar^ues par terre, conduites sur des lignes d'opération très rapprochées, si on n'avait pourvu à leur défense par un système de fortifications permanentes. Ajoutons que sur cette portion du territoire la population effective est très éparse, et que le climat ainsi que le sol s'opposeront encore pour long-temps à ce qu'elle devienne jamais bien dense.
Le canal de jonction au lac , sous le point de vue de moyen de protection , aurait l'avantage de faciliter l'arrivage des munitions et provisions de tous genres sur Pensacola : ceux-ci, en effet, descendraient des hauts du Mississippi , et pourraient continuer leur route par le lac Pontchartrain et le canal naturel le long de la côte jusqu'à la baie de la Mobile , au moyen de quelques légers bàtimens de guerre qui en surveilleraient la marche.
Ainsi Pensacola retirerait du canal proposé l'avantage d'une plus facile concentration de milices citoyennes pour sa défense, et les approvisionnemens qu'elle tire de la Nouvelle-Orléans pour les besoins journaliers de son établissement seraient assurés; en outre, les Etats de l'Ouest pourraient ainsi concourir ensemble à approvisionner la marine de l'Union employée sur cette station. Cette dernière remarque , applicable en temps de paix, le devient encore davantage en temps de guerre; car si on admet qu'une flotte ennemie parvienne à bloquer l'emboucbure du Mississippi et que les relations par mer, le long de la côte, entre l'Atlantique et le golfe , soient interrompues , Pensacola devra alors dépendre entièrement des États de l'Ouest pour ses secours et ses approvisionnemens. Le canal devient donc alors le seul moyen d'accomplir cet important objet.
Ajoutons enfin que si les établissemens maritimes à Pensacola doivent retirer de très grands avantages de leur relation avec l'immense vallée du Mississippi, un des principaux avantages, en retour, que Ton doit attendre de la marine, sera une plus complète protection pour cet important débouché à la mer des pa}s de l'Ouest. Ainsi la Nouvelle- Orléans et Pensacola sont mutuellement intéressés dans leur défense; aucuns moyens ne doivent donc être négligés d'assurer une communication sûre entre ces deux points. Cette portion de la côte est couverte par une ligne presque continue d'îles qui s'étendent du lac Pontchartrain à la baie de la Mobile, et qui, ne présentant que des passes étroites et peu profondes , sont très favorables à l'emploi des bateaux à vapeur pour la défense de ce canal naturel; ces bateaux pourraient d'ailleurs unir à leur supériorité de marche celle de la portée et de la direction de leurs projectiles.
Ces bateaux à vapeur, ou batteries flottantes, pourront servir à défendre plus directement l'entrée du Mississippi en. en occupant les diverses passes, et coopérant ainsi avec les forts construits sur les bords du fleuve à protéger cette grande avenue de la Nouvelle-Orléans.
On voit donc , par tout ce que nous venons de dire , quel rôle important le canal de jonction du Mississippi au lac Pontchartrain est appelé à jouer dans la défense de cette portion de la frontière maritime de l'Union, puisqu'il permettra aux forces navales de concentrer leurs batteries flottantes suivant les circonstances, soit sur les eaux du lac, soit sur le fleuve; et tandis qu'elles trouveront une protection sous les forts <onstruits aux passes des Rigolets et du Chef-Menteur , ainsi que sur le fleuve, elles coopéreront aussi à la défense de ces forts en ajoutant considérablement à leur force respective. En outre , comme la côte de la Louisiane présente peu de profondeur d'eau à une grande distance de son rivage, un ennemi ne peut tenter un débarquement qu'à une grande distance de ses gros bàtimens ; si alors un canal favorise la concentration
AU LAC l>()\TaiARTKAI\. 144
des baleniix à vapeur, toulc o[)( raliori hostile devient nécessairement imj)robahle. Dans le cas contraire, les forces navales seront obligée» de se diviser en deux stations : l'une sur le lac , l'autre sur le Mississippi; et, ne pouvant agir de concert, elles devront être plus nombreuses qu'il n'eût été nécessaire dans la supposition de l'existence d'un canal.
Ainsi donc, le canal de jonction du Mississippi au lac Ponlcbartrain complétera le système d'ouvrages défensifs permanens déjà conslruits sur le Mississij)pi , le lac Ponlcliarlrain, la bni(; fie la Mobile et la baie de Pensacola, ouvrages qui, dans leur ensemble, doivent tous concourir à donner à cette portion de la frontière maritime de l'Union le degré de force que réclame l'importance du territoire qu'elle couvre.
Cet important projet est resté jusqu'à ce jour sans exécution; des tentatives seulement ont été faites par la compagnie du canal Carondelet pour continuer la navigation j)ar la partie haute du Ba\ou Saint- John et déboucher sur le fleuve au-dessus du faubourg Saint-Marv. (Jii n'est encore parvenu à aucun résultat. Depuis lors une compagnie de la Nouvelle-Orléans a entrepris et exécuté à ses frais un chemin de fer qui occupe la direction même du canal proposé par le faubourg Marignv. Ce chemin est construit sur un grillage ; il est à deux voies , et servi par des machines locomotives de manufacture anglaise ; il a été livré au public en 1832.
Du côté du lac on a construit un port artificiel qui permet à des bàtimens de 60 à 70 tonneaux qui font le commerce du lac et de la Mobile de venir déposer leur chargement en sûreté et d'en prendre un autre des chars ou wagons qui, à cet effet, peuvent arriver le long du quai de ce port. La machine locomotive employée sur ce chemin parcourt ordinairement en vingt minutes la distance de 8 kilomètres qui est comprise entre le fleuve et le port artificiel sur le lac ; elle peut la parcourir avec une vitesse de 84 mètres par minute.
134 CANAL DE JONCTION DU MISSISSIPPI, etc.
Un fait remarquable et digne d'être cité comme donnant une juste idée du bon ordre établi par l'administration de ce chemin, c'est que neuf mille voyageurs ont été transportés dans une année sans le moindre accident.