DESCRIPTION DES TROIS ÉTATS DE LA
Micralymma brevipenne.
$ 1. LARvE.
(Voy. pl. IL, fig. 1 à 7)
LARVA capitata, heæapoda, antennata, oblongo-elongata, -piligera, grisea seu livida. Capite corneo; antennis quadriarticulatis; stemmatibus puncetis quinque compositis. Segmentis corporis dorsalibis ferè coriaceis, partim obscuris; ultimo
segmento bicaudato. Stigmatibus novem paribus. — Long. 3 mill. |
Corps allongé (fig. 1), à peine élargi aux 2/3 postérieurs, présque parallèle ; composé de douze segments, la tête non comprise. Couleur brunâtre en dessus, avec les bords latéraux, les intervalles des segments et le dessous du corps plus pâles, d’un jaune grisâtre ou grisâtres. La tête et le dessus des segments présentent une résistance marquée, le dessous est mou, plus membraneux.
Tête ovale, brune, offrant un trait jaunâtre en forme d'Y à branches supérieures sinuées, allant de l’occiput sur le front, où il se bifurque, pour se rendre au delà de la base des antennes, près du labre (voy. fig. 1 et 6).
Antennes de quatre articles, le premier large et très court, le troisième le plus long, pourvu en dedans d’un appendice allongé ; le quatrième petit, avec des poils à l'extrémité
Yeux très petits, paraissant formés de cinq très petits ocelles situés latéralement sur le milieu de la longueur de la tête (fig. 3, d).
Les parties de la bouche seront décrites dans le chapitre IT.
Segments du corps d'inégale longueur. Les trois qui suivent la tête ou thoraciques, les plus grands, ayant dans leur milieu une ligne longitudinale qui fait suite à celle de l'occiput ; premier segment le plus grand de tous, ses côtés peu arrondis, angles antérieurs et postérieurs assez peu marqués. Les deuxième et troisième segments à peu près d’égale longueur, arrondis sur les côtés. Chacun de ces trois segments porte une paire de pattes (fig. 4), composées de cinq articles,
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le premier ou la hanche, épais, arrondi, cylindrique, le deuxième très court, le troisième le plus long, le quatrième muni de poils raides, surtout en dessous et rappelant un peu une patte ravisseuse comme chez les Mantis: le cinquième formant un crochet ou ongle simple, légèrement recourbé, très fort.
Segments abdominaux, quatrième à dixième, arrondis sur les côtés; les onzième et douzième plus allongés, leurs côtés presque parallèles; le douzième terminé par deux longs appendices, articulés à leur base, obscurément formés de deux pièces (fig. 1 et 7).
Anus saillant en dessous, prolongé en bas, et formant un pseudopode (fig. 5).
Le dessus du corps offre des poils nombreux. On en trouve plusieurs rangées longitudinales sur les segments, et on observe d’autres poils divergents sur les côtés (Gg. 1).
Stigmates au nombre de neuf paires. La première est exactement placée sur la membrane qui unit le segment prothoracique au segment mésothoracique ; les deuxième, troisième, quatrième paires sur les quatrième, cinquième, sixième segments, sur les côtés, un peu en avant du milieu. Les cinquième, sixième et septième paires sur les septième, huitième, neuvième segments sur les côtés, exactement au milieu de leur longueur; enfin les septième, huitième et neuvième paires sur les dixième et onzième segments, un peu au delà du milieu (fig. 7).
M. Westwood à décrit (Notes upon subaquatic Insects, with the description of new genus 0f British Staphylinidæ. — Magazine of Zoology and Botany conducted by Jardine, Selby and Johnston, 11, 124, 1838), une larve qu’il a rap-
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portée (1) à la Micralymma Johnstonis, qui n’est autre que la M. breviperne de Gyllenhal. L’habileté, le rare talent d'observation du savant entomologiste anglais, sont un sûr garant qu'il a dessiné ce qu'il a vu. Les dessins de M. Westwood sont signés par lui. On ne peut croire qu'il aurait méconnu ou altéré des caractères de cette larve, lors même qu'il n’aurait eu à sa disposition que des individus ou desséchés, ou raccornis par une liqueur conservatrice.
Les figures de la larve, des parties de sa bouche et des pattes données par M. Westwood diffèrent beaucoup de celles que j'ai représentées moi-même. Ceci me portait, à priori, à penser que nous avions eu chacun sous les yeux une larve différente. Si j'ai regretté de n'avoir rencontré au Havre que la Micralymma brevipenne, je suis heureux présentement de cette circonstance, car l'insecte auquel elle se rapporte ne peut être douteux.
Or, il faut remarquer que sur les côtes d'Angleterre on trouve à la fois, dans les mêmes lieux,et les Micralymma et les Æpus; on est naturellement porté à se demander si la larve figurée par M. Westwod ne serait point celle d’un
(4) Voiciles paroles de M. Westwood : « Hence I feel but little hesitation in regarding these larvæ and pupæ as those of Micralymma Johnstonis, loc. cit., 131. » Plus tard, dans son Introduclion to modern classification of Insects, I, 169, 1839, nous trouvons : « D Johnston of Berwick-upon-Tweed has communicated to me specimens of the larvæ (fig. 16, 15) and pupæ (fig. 16, 16) of a Staphylinideous Insect, which 1 have not the least hesitation in considering as those of Micralymma Johnstonis (having been found in company with that species far below highwater mark on the sea coast}, and of which I have published figures and descriptions in the Mag, Zool. and Bot,, vol. IT, »
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Æpus. La réponse est facile à faire, puisque mon cher ami et collègue M. le docteur Charles Coquerel a décrit la larve de l'Æpus Robinii LABOULBÈNE, prise par lui à Brest, dans l'anse des gardes marines, où il n’a pas vu une seule Micralymima. Comparons la planche 1v du Magazine of Zoology and Botany, 1838, à la planche xvr, no mx des Annales de la Société entomologique de France, 1850, et nous trouvons qu'il exisle plus que de la ressemblance entre les larves représentées en Angleterre et en France, c’est presque, sinon complétement, de l'identité.
La forme de la tête, des parties de la bouche, des pattes sont les mêmes. La tête est énorme, les mandibules sont crochues, très aiguës avec une dent interne, avancée, aiguë, recourbée, les mâchoires ont un lobe interne de deux articles (M. Coquerel dit : mâchoires portant deux palpes de trois articles, mais la figure rectifie l'erreur du texte, p. 532) La lèvre offre des palpes triarticulés, etc.
Concluons de tout ceci que la larve décrite par M. Westwood est celle d’un Æpus, probablement du fulvescens et non celle de la Micralymma. Je crois qu'on devra rectifier sur les catalogues des larves la citation de M. Westwood, qu'Erichson, MM. Chapuis et Candèze, M. Jacquelin-Duval avaient adoptée.
Pour mieux faire juger cette question, je donne fig. 1, À, le calque de la larve figurée dans le Mag. Zool. and. Bot., pl. 1v. fig. 2, par M. Westwood, dont j'apprécie infiniment les travaux. Les parties de la bouche sont représentées fig. 3, C, une patte fig. 4, D.
Notre larve est manifestement celle d’un Staphylinide, mon savant ami M. Perris le pense comme moi-même. Je n’exposerai pas ici les raisons qui étayent mon Opinion,
renvoyant, entre autres, aux larves de cette famille déjà dé= crites par mon ami, dans son admirable travail sur les Insectes du pin maritime (voy. Ann. Ent. Fr., 1853, pl. xvn, et surtout fig. 44). Je ferai remarquer encore l’analogie de ma larve du Havre avec celle de l’'Oxytelus sculptus GRAvENHORsT, décrite par MM. Chapuis et Candèze (Catalogue des larves de Coléopières, p. 60, pl. n, fig. 2). Elles ont toutes les deux des machoires à lobe interne fixe, non articulé, et une lèvre inférieure semblable.
$ 2. NyMPHE.
(Voy. pl. 11, fig. 8 et 9).
Nywpna nuda, obvoluta, oblonga, grisea seu luteo-albida ; capite oculto, inflexo. Thorace setis duabus longissimis antice, lateribus quinque minutis. Abdominis lateribus nec non apice setis longissimis instructis. — Long. 2 1/2 mill.
Nympxe d'un jaune grisâtre, avec de très longs poils sur la tête et les côtés de l'abdomen, offrant repliées sur ellesmêmes les formes des diverses parties de l’insecte parfait.
Tête penchée sur la poitrine, tout à fait cachée et fléchie sous le prothorax.
Yeux et extrémité des mandibules brunâtres.
Antennes dirigées en arrière sur la première paire de pattes.
Prothorax débordant la tête en haut, pourvu en cet endroit de deux poils très longs, à base élargie ou placés sur des mamelons, et de plusieurs autres (cinq au moins) sur les
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côtés. Fourreau des ailes très petit. Mésothorax et métathoraæ bien visibles en arrière.
Pattes à jambes fléchies sur les cuisses, leurs tarses étalés longitudinalement.
Abdomen divisé en sept segments, le dernier appendiculé, pourvu de quatre longs poils, chacun des autres ayant pareillement un poil très long sur les côtes. Tous ces poils à base mamelonnée. On remarque en avant une ombre brunâtre transversale sur l’antépénultième segment. Elle est peut-être accidentelle, mais elle est évidente dans la n ymphe observée.
Je n’ai eu qu’une seule nymphe pour faire cette description, je n’en ai pas pu obtenir l’éclosion, et j'ai dû la mettre dans l’alcool après l'avoir décrite.
M. Westwood (loc. cit. pl. 1v, 1838) a figuré une nymphe qu’il regarde comme appartenant à la M. Johnstonis. Elle se rapproche beaucoup de celle que j'ai observée. Elles offrent toutes les deux ces poils allongés de la tête et de chaque segment abdominal, mais je n’ai pas vu les deux appendices terminaux très saillants et détachés de l’abdomen, représentés par le savant entomologiste anglais (voyez pl. xx, fig. 8, E et9,F).
Les fourreaux des ailes sont très petits, autre preuve en faveur de la ressemblance des deux nymphes observées en Angleterre et au Havre. On remarquera cependant la position des antennes et la forme différente des segments abdominaux.
Je n’oserais pas affirmer ici, comme pour la larve déjà décrite, la différence très marquée des objets observés. J'espère
qu'on fera à ce sujet de nouvelles recherches. Peut-être sur la larve et la nymphe décrites par M. Westwood, la nymphe seule appartient-elle à la Micralymma brevipenne.
J'ai donné, fig. 8, F, et9, F,le calque de la nymphe figurée par M. Westwood (Mag. Zool. and Bot. PI.1v, fig. 3).
(Voy. PI. u, fig. 27).
Omalium brevipenne GYLLENHAL, Ins. Suec. 11, 234 (1810).
Micralymma Johnstonis Wesrwoon, Mag. of. Zool. and Bot. 11, 130 (1838).
M. brevipenne Enicuson, Gen. et Spec. Staphyl. 820 (1840).
M. brevipenne FaiRMaAIRE et LABOULBÈNE, Faun. Ent. Franc. 1, 625 (1856).
Nigrum, subnitidum, dense breviter pubescens ; capile, thorace, elytris abdomäineque creberrime reticulosis, Os piceum. Mentum distincte reticulosum, fulerum labii mento sesqui brevius, membranaceum, exsertum, apice late rotundatum. Caput depressum; fronte clypeoque foveolis binis impressis. Stemmata minutissima. Pronotum planiusculum; angulis omnibus obtusis ; linea media longitudinali, subelevata, Levi. Elytra longitudine pronoti, parce punctata, apice singula Leviter rotundata. Abdomen crebrius punctulatum. Pedes nigro-picei. — Long. 2 à 2 1/3 mill.
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Le nom du genre Micralymma a été donné par M. Westwood qui l'a formé de puxpos parvus et xaavuua tegmen.
J'ai emprunté presque textuellement cette description à M. Schiædte {Ucber die Gattung Micralymma, in Linnea entomol. 1, 162, 1846). Je l'ai toutefois mise en rapport avec les observations que j'ai faites sur les insectes pris au Hâvre.
On sait que M. Schiædte a décrit (loc. cit., 163) une deuxième espèce de Micralymma à laquelle il a donné le nom de brevilinque, et qui provient du Groënland, où elle a été trouvée sous la mousse dans des tombeaux par le capitaine Holbæll. Elle diffère de la M. brevipenne, principalement par la pièce intermédiaire de la lèvre inférieure non saillante, de telle sorte que le menton cache la base des palpes labiaux, Sa taille est plus petite, sa forme plus allongée, un peu convexe, Les antennes sont plus épaissies, ainsi que les palpes maxillaires. Les stemmates sont situés sur une ligne placée en arrière des yeux, loin de leur bord postérieur. Les élytres sont un peu plus longues que le corselet. Le corps est à peine visiblement réticulé, le menton lisse, etc.
Cette espèce vivrait à l’air libre, bien différente en cela de la M. brevipenne.