DESCRIPTION
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SCIARA BIGOTI, de sa Larve et de sa Nymphe,
Par M. le D' Arexanpne LABOULBÈNE.
(Séance du 23 Juillet 1862.)
Dans un pol à fleurs, rempli de fumier ordinaire, peuplé de larves ‘d’Aphodius el donné par mon cher maître M. Charles Aubé, j'avais remarqué des vers filiformes, blanchâtres, à tête d’un noir luisant et qui ne pouvaient appartenir qu’à un Diptère. L'éclosion des Aphodius fimetarius, si vulgaires, et provenant des premières larves qui m'étaient signalées, m'intéressa bien moins que le développement des secondes ; c’est un bonheur inespéré de trouver ce qu'on ne cherchait pas et ce bonheur n'est pas rare quand on étudie les métamorphoses des Insectes.
Ges vers blancs et allongés, mis à découvert, s’agitaient avec vivacité ; leur corps visqueux devenait, quand on les avait saisis, raidi et redressé comme une baguette. On les voyait fréquemment agglutinés au nombre de trois à cinq et plus, les uns contre les autres, dans le sens de leur longueur ; ils se plaisaient dans les endroits où le fumier était le plus humide.
Les larves qui m'ont été données le 14 mai 4869, se transformèrent. en nymphes ou chrysalides vers la fin de juin. Pour subir cette métamorphose elles ne s’enfoncèrent pas plus profondément dans le fumier et ne constrüisirent pas de coques ; enfin une nuée de petites Mouches en sortit du 15 au 20 juillet.
Je vais exposer successivement les caractères de la larve, de la nymphe et de l'insecte parfait que j'étudie dans ce travail.
$ 1. LARvE. (Planche 2°, fig. 5, a, b, c.)
LARVA capitata, haud oculata, elongata, postice rotundata ; albida, capile alerrimo, nitido, minuto, occipite haud fisso, integro ; ano exerto, pedi adsimili. — Longitudo tres lineas æquat (6-7 millim.).
Habitat in stercoribus, campo Lutetiano.
106 Ar. LABOULBÈNE.
LaRve vermiforme, allongée, blanchâtre, à tète petite et d’un noir luisant. Corps formé de 12 segments grossissant peu à peu et légèrement renflé aux 2/3 postérieurs, dernier segment arrondi, terminé en dessous par un pseudopode charnu, formé par l’anus saillant, étalé, et rappelant la ventouse postérieure des sangsues (fig. 5, c).
Tête composée d’un labre transversal, de deux mandibules à 4 ou 5 dents, de deux mâchoires et d'une lèvre peu distinctes. Segments du corps très glabres, et n’offrant pas en dessous de pseudopodes ou de séries de poils courts, placés en travers.
Stigmates très petits, peu visibles, au nombre de 8 paires, la 1" sur le 4e segment, les suivantes sur les 4° à 40° segments ; le péritrème noirâtre et situé en dessous du corps.
Gette larve a pendant la vie les téguments translucides, et on aperçoit au travers, les organes digestifs sous forme de traits brunâtres ou foncés. Quand elle a été conservée pendant quelque temps dans l'alcool, la transparence disparait et la teinte est plus uniformément blanchâtre.
La larve du Sciara Bigoti a les plus grands rapports avec celle du 5. fuscipes de Meigen, décrite par Ernst Héeger dans les mémoires de lAcadémie de Vienne (Sétzungsberichte der kais. Akad. der Wäissenchaften Wien, Math.-naturiw. Classe, XI Band, I Heft, 1853, tirage à part, page 6, pl. U, fig. 2) ; elle n’en diffère guère que par le dernier segment qui n’est pas exactement arrondi. Elle ressemble aussi à celle du Sciara ingenua dont M. Léon Dufour a fait connaître les métamorphoses dans les Annales des Sciences naturelles (Mémoire sur les mélamorphoses de plusieurs larves fungivores appartenant à des Diptères, 2° série, t. XII, pages 29 et 30, pl. 4, fig. 20 à 29), mais elle n’a pas comme cette dernière le bord occipital de la tête prolongé au milieu et bilobé ; en effet, la tête de la larve du S. Bigoti a le milieu du bord occipital à peine saillant et très largement arrondi, M. L. Dufour a représenté 13 segments au corps de la larve du S. ingenua (loc. cit., fig. 28).
La tête des larves du genre Sciara est d’une étude fort difficile. Je me suis assuré que les antennes et les yeux font défaut chez celle du S. Bigoti; j'ai vu dans sa bouche un labre, des mandibules munies de 4 à 5 dents, des mâchoires et une lèvre ; mais je ne puis en préciser exactement la configuration. J'ai tout lieu de croire cependant que ces parties diverses doivent être conformées à peu près comme celles de la bouche de la larve du Sciara fuscipes qu'Héeger a très soigneusement décrites et figurées (loc. cit., pag. 7 et 8, pl. U, fig. 3 à 7). Bouché avait donné quelques détails sur la bouche de la larve du Sciara vihripennis Meic. (Naturg. der Insecten, etc. p. 38, pl. IL, fig. 10 et 11); M. Léon Dufour a dit aussi
Larve, Nymphe et Insecte parfait du Sciara Bigoti. 107
que la larve du S, ingenua lui avait offert des mandibules petites, étroites, oblongues, bifides à la pointe; mais aucun auteur, à ma connaissance, n’a décrit aussi scrupuleusement qu'Héeger la bouche des larves de Sciara. Les observateurs qui pourront étudier les grandes larves de ce genre établiront d’une manière définitive le nombre et la disposition des parties buccales.
Il m'a été impossible de trouver des fausses pattes, ou des organes en tenant lieu, soit des mamelons rétractiles, soit des séries de poils ou d’aspérités transversales placées sous les segments du corps. Mais le pseudopode anal de la larve du Sciara Bigoti est considérable et aide à la progression d’une manière efficace lorsqu'il est mis en jeu ; il s’élale et rappelle alors la ventouse postérieure des Hirudinées. MM. Léon Dufour, Bouché, Wesiwood et Héeger ne mentionnent rien de semblable dans les larves qu'ils ont eues sous les yeux.
Héeger avoue qu'il n’a pas pu trouver des stigmates chez la larve du Sciara fuscipes; mais M. Léon Dufour à parfaitement décrit ceux du Sciara ingenua comme « d’une telle exiguité qu’il faut le secours d’une forte lentille d’un microscope pour en constater l'existence » (loc. cit., p. 30 et pl. 4, fig. 23). J'ai vu facilement pendant la vie des trachées brillantes dans le corps de la larve du S. Bigoti, mais après la mort leur constatation est presque impossible. Les stigmates sont extrêmement petits, il faut les chercher, non en dessus, ou sur le plan latéral du corps, mais en dessous, comme l’a remarqué M. Léon Dufour. On les trouve alors sinon facilement, du moins avec évidence, le 4* vers le tiers antérieur du premier segment, les autres près du bord antérieur des 4°, 5°, 6°, 7°, 8° 9° et 10° segments, les derniers sont un peu plus éloignés de ce bord que ceux des 4°, 5° et 6° segments.
Pour terminer ce que j'ai à dire de la larve du Sciara Bigoti, j'ajouterai que l'habitude qu’elle a de se grouper avec ses pareilles ne lui est pas particulière. On sait que des larves de ce genre ont été quelquefois trouvées en quantité innombrable collées les unes contre les autres et formant une sorte de long serpent ou de cordon monstrueux.
S IL. Nympue. (PI. 2°, fig. 5, d.)
NxmpaA nuda, oblonga, pallide rufescens ; oculis rotundatis, subgranulatis ; thorace gibbo; pedibus coarctatis, abdominis bis tertiam partem altingentibus. — Longit. 1 1/2 à 4 3/4 lin, (3 à 4 millim.).
Gette nympnE placée à nu, c'est-à-dire sans cocon d'enveloppe, est oblongue, peu recourbée, d’un blanc jaunâtre et ambré ou d’un roux
pâle, avec la téte et le {horaæ plus foncés que l'abdomen, qui est plus blanchâtre. Yeux noirâtres. Les antennes, les ailes rudimentaires, les pattes sont bien distinctes ; l'extrémité des pattes ne dépasse pas les deux tiers de la longueur de l'abdomen ; celui-ci est bifide à son extrémité, Segments abdominaux avec de fines aspérités microscopiques.
Au moment de l’éclosion le corselet se fend sur la partie dorsale el médiane, Presque toujours l'extrémité abdominale renferme une gouttelette de liquide blanchâtre que l'insecte parfait a rendu avant de quitter sa dépouille,
Cette nymphe diffère de celle du S. éngenua L. Durour, par les pates qui n’atteignent pas l'extrémité de l'abdomen et par l'absence de cocon; elle ressemble beaucoup à celle du S. fuscipes qu'Héeger a représentée (loc. cit., fig. 8), mais elle n’a point de bourrelets latéraux aux segments du ventre, ni d’appendices divergents à l'extrémité de l'abdomen. Les yeux me paraissent avoir élé figurés trop petits sur la nymphe précitée et étudiée par Héeger.
$ III. INSECTE PARFAIT, (PI, 2°, fig. 5, e, f.)
Sciara Bigoti , ©. Ater, haud nitidus, leviler griseo-sericeus , capile nigro ; antennis fuscescentibus, longioribus d', 15-articulatis ; palpis lividis , thorace fere unicolore ; abdominis segmentis nigro-obscurioribus, basi luteo-pallidis, lateribus pallidis ; pedibus luteo-pallidis d', obscurerufescentibus ®, tarsis obscuris ; alis fumosis, violaceo-micantibus $, vix fumosis, fere diaphanis &. — Longitudo unam lineam æquat &'; lineam cum dimidia æquat aut vix superat $ (2 mil. à 2 mill. 25, g'; 8 mill. 25 à 8 mill. 50, ®).
Noir, Tête ovale; yeux grands, noirs, fortement réticulés, à peine séparés dans les deux sexes; 3 ocelles très petits et disposés en triangle. Antennes assez longues, de 45 articles, le premier grand, cupuliforme &, en carré allongé 9 ; les suivants, en carré allongé presque égaux, le dernier à peine plus grand que le pénultième, pas de verticilles de poils ; couleur plus claire chez le &, d'un brun jaunâtre ou d’un roux très obscur, Palpes d’un jaune livide, de 8 articles, le dernier claviforme.
Corselet gibbeux, noirâtre avec trois bandes fines et grisätres, formées par des poils, une médiane et une autre de chaque côté ; épaules et flancs du métathorax d’un lestacé roussâtre.
Ailes à base jaunâtre, à limbe d’une couleur à peine rembrunie-et irisée, &'; manifestement obscures el à reflets irisés violets ©. Nervures
Larve, Nymphe el Insecle parfait du Sciara Bigoti. 109
disposées suivant la figure 5, la nervure interno-médiaire incolore, jndiquée par un pli ; frange alaire pas très fournie, assez lâche.
Balanciers à pédicelle allongé, à bouton ovale et pyriforme ; d’un blanc jaunâtre, plus blanc à l'extrémité.
Pattes longues, assez grêles, d’un jaune livide 4, d’un roux obscur Q: tarses bruns.
Abdomen d'un noir brunâtre en dessus, un peu allongé, très finement velu, terminé par un épais forceps € (fig. 5, e); par une série conique de trois tuyaux engaînés © (fig. 5, f). Bords des segments d’un jaune roussâtre chez les ® ayant l'abdomen volumineux ; côtés d’un roux pâle ou livides, dessous d’un roux obscur,
La détermination précise de cette espèce m'a beaucoup embarassé, je n'ai pas su la trouver dans Meigen, Macquart, Zetterstedt, elc. Mon savant ami M. Bigot n’a pas été plus heureux, et dans l'impossibilité où je suis de reconnaitre avec les auleurs le Scéara que j'ai étudié, je lui donne le nom du cher collègue, auquel la Diptérologie est redevable de consciencieux et nombreux travaux.
Le Sciara Bigoti d, est voisin du S. hyalipennis de MeIGEN (System. Beschreib. der Eur. zweiflüg. Insekten, 1. 1, p. 285, spec. 21), mais cet auleur n’a décrit de cet insecte que le sexe femelle ; d’autre part le S. Bigoti $ a des rapports avec le S. picipes de ZETTERSTEDT ( Diptera Scandinaviæ, 1. X, p. 3722, sp. 12), mais les descriptions de Meigen et de Zetterstedt ne concordent pas parfaitement avec la mienne et avec la figure 1" de la planche 2°. Je dois ajouter que les insectes à pattes claires et à ailes à peine rembrunies étaient tous des mâles, et que parmi les autres beaucoup plus nombreux à ailes rembrunies, et fortement irisées en violet, il n'existait pas un seul mâle, tous appartenaient au sexe femelle. J'en ai dû conclure qu'ils formaient une seule et même espèce provenant de larves identiques et dont j'avais les deux sexes sous les yeux.
Héeger a représenté 17 articles à l'antenne du s. fuscipes S (loc. cit., fig. 10) ; je n’en ai trouvé que 15 aux deux sexes du $. Bigoti, l’article basilaire est gros et noueux chez le &, il est en carré long chez la Q. Tout le corps du S. Bigoti est quand l’insecte vient d’éclore, revêtu d’une très fine pubescence courte et grisâtre, formant trois petites bandes sur le thorax.
Les paltes sont assez longues, les {arses constamment brunätres, à 5 articles serrés, décroissant de longueur jusqu'au dernier, terminés par deux ongles très petits, à peine saillants.
Les parties génitales mâles et femelles du Sciara que je fais connaitre, ressemblent beaucoup à celles du S. ingenua L. Durour (loc. cit., fig. 21 et 22) ; mais elles diffèrent de celles du S. fuscipes figurées par Héeger
- . PONT Tps =
110 LABOULBÈNE, — Larve, Nymphe el Insecte parfait du S. Bigoti.
(loc. cit, @g. 11 d,, et 42 Q). Il est probable que l'examen de ces organes sexuels fournira des caractères pour l'étude si difficile des petites Tipulaires et en particulier de celles du genre Sciara.
Je n’ai point vu les œufs du $. Bigoti; Héeger représente (loc. cif., fig. 1) ceux du S. fuscipennis sous la forme d’un petit carré allongé à angles arrondis et légèrement resserré dans le milieu.
Fig. 5. Sciara Bigoti ®, vu de profil, très grossi, et au-dessous, mesure de sa grandeur naturelle.
5, a. Larve de cet insecte vue de face et sur le dos, et à côté, mesure de sa longueur.
5,b. Extrémité de l'abdomen de cette larve vue de profil et très grossie.
5, c. Cette même extrémité vue en dessous, pour mettre en évidence l'anus exsertile et étalé, formant un pseudopode à la volonté de l’animal.
5, d. Nymphe du S. Bigoti vue de côté, auprès d'elle, mesure de sa longueur naturelle.
5, e. Extrémité de l'abdomen, extrêmement grossie, du Sciara Bigoti d\, à l'état parfait, pour montrer le forceps copulateur.
5, f. Extrémité de l'abdomen de. la femelle, pour faire voir la disposition des trois tuyaux engaînés terminaux et les appendices biarticulés qui se trouvent sur le dernier.
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L' ” dé CLS L D'UN ET « Annales de la Snciéte entomologique de France . 4° Serie, Tome A (1863). PLL.
DD, DifourctLabouthène p* Corbie seul 1. Chenille mineuse du bouleau. Laboutéëne.