‹ [Travaux d'entomologie 1852-1865]Chapitre 102 sur 131 · CHEZ DES GRENOUILLES · texte numérisé non relu

CHEZ DES GRENOUILLES

Par M. le docteur Arexanoné LABOULBÈNE.

(Séance du 22 Avril 1862.)

Les larves qui font le sujet de celte Note ont été trouvées par mon ami, M. le D' Vulpian, au commencement du mois d'octobre, dans des Grenouilles vertes et un Crapaud commun, servant, au Jardin-des-Plantes, à des expériences physiologiques. En examinant les viscères abdominaux, l'attention fut attirée par des taches noirâtres et disséminées sur l'estomac, la plupart sous-péritonéales, d’autres plus profondément situées. En cherchant quelle était la cause productrice de ces taches, on rencontra de petits corps allongés, noirâtres, qui m'ont été soumis et dont je vais apprécier les caractères. J'ai reconnu qu'il s'agissait de larves de Diptères, mortes depuis longtemps, enkystées, d’une teinte noiralre et d’une opacité très marquée, rendant leur étude fort difficile, Je les ai placées dans l'acide acétique, qui a fait pälir beaucoup les parois où elles étaient enkystées, dans la glycérine, l’éther sulfurique, la benzine, etc.

Voici la description de ces larves :

Larve d'un gris noirâtre ou ardoisé après la mort, mais très probablement d’un blanc grisätre pendant la vie ; pseudo-cephalée ; ordinairement déformée, comme ratatinée et aplatie quand elle est au milieu des fibres musculaires et enkystée. La forme de cette larve est allongée, cylindrique, lorsqu’elle est moins déformée ou plus récemment morte ; la partie antérieure est atténuée en pointe ; la partie postérieure est tronquée.

Corps formé de onze segments, le pseudo-céphale non compris ; celui-ci offre deux mandibules rapprochées, accolées entre elles, longues, noires, crochues à l'extrémité antérieure, ou, en d’aulres Lermes, terminées par un crochet arqué, obseurément articulé avec la tige mandibulaire. Partie dorsale de chaque mandibule avec un prolongement supérieur ct arqué,

LABOULBÈNE. — Larves de Diptères chez des Grenouilles. 15

prolongé en arrière plus bas que la tige elle-même. 11 m'a été impossible de saisir les vestiges de palpes ou d’autres organes sur le pseudo-céphale, vu l’état avancé de décomposition ou plutôt de déformation de ces parties si délicates.

Les segments du corps sont à leur maximum de développement sur le milieu de la larve : ils vont en diminuant de diamètre, soit en avant, soil en arrières Le bord antérieur de chaque segment est muni de crochets très petits et remarquables, qu’on retrouve aussi sur les bords de la troncature postérieure du corps. Ces crochets ont une forme crochue ; leur base est plus où moins épaissie, leur onglet est dirigé en arrière. Les segments antérieurs du corps sont pourvus de quatre rangées de crochets, les segments postérieurs n’en ont que deux.

Dernier segment de la larve tronqué, bordé de crochets ; on y distingue toujours soit un, soit deux traits bruns ou noirâtres et longitudinaux: ces Lraits m'ont paru être les aboutissants des stigmates postérieurs et constilués par de grosses trachées.

Je n’ai pu trouver aucune trace de stigmates antérieurs (Voy. Mém. de la Société de Biologie, 8° série, t. IUT, p. 329 et pl. vn.

La longueur du corps varie d'un millimètre et demi à deux millimètres, el jusqu'à quatre millimètres.

Ces larves se trouvent surtout dans les parois de l'estomac, où elles sont tantôt rapprochées de la membrane muqueuse, tantôt parmi les fibres musculaires, tantôt tout à fait sous-péritonéales, dans le mésentère, enfin sous le péritoine de la paroi abdominale gauche. Les dimensions et l'apparence même des larves variaient suivant le point qu'elles occupaient. Plus petites, d'un noir ardoisé, dans. les parois sous-muqueuses de l’estomac, elles étaient plus longues et moins noires dans les replis du périloine.

Ges larves étaient enkystées et elles adhéraient assez intimement aux tissus voisins ; parfois il était fort difficile de les extraire et on ne pouvail les retirer que par fragments,

Je rapporte les larves que je viens de faire connaître à la famille si nombreuse des Muscides : la forme du corps, des mandibules et de l'extrémité postérieure de l'abdomen ne saurait laisser de doutes à cet égard. Mais il serait très difficile de les rapporter à un des genres de cette famille, car, dans l’état actuel de la science, la connaissance des larves est encore trop peu avancée pour autoriser une hypothèse soutenable. D'autre part, je pense qu'il s’agit d’une larve jeune, dont le développement n’est pas complet; j'ai fait remarquer le volume plus considérable de l'animal à mesure qu’il se rapproche des tuniques les plus extérieures de l'estomac, Or,

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l’histoire descriptive et iconographique du développement des larves des Diplères est encore à faire presque complétement.

Jinsiste d’une manière toute particulière sur les différences qui dislinguent le fait que je signale de ceux que la science possède déjà. On connait, en effet, les dégâts occasionnés par des larves de Muscides dans l'estomac de Reptiles malades qui les avaient avalées pour s’en nourrir, Les larves que j'ai décrites étaient mortes, les Grenouilles paraissaient en parfaite santé, et loin de causer leur mort, ces larves n’avaient agi que comme corps étrangers inoffensifs, en s’enkystant dans les parois de l'estomac. |

Voici les faits relatifs aux ravages causés dans le tube digestif par des larves de Mouches. M. Hrprozyre Lucas a relaté, dans les Annales de la Société enlomologique de France (année 1851, Bull., p. LXII), que des larves de Calliphora fulvibarbis et vomitoria ont été trouvées en grand nombre dans l’intérieur du corps d’un Platydactylus muralis que M. Emile Blanchard élevail au laboratoire d’entomologie. Les larves de Galliphora, seraient provenues d'œufs sortis des Mouches femelles avalées par le Saurien, et ces larves une fois écloses auraient vécu aux dépens, non seulement de l'estomac et des intestins du Platydactylus, mais encore de son loie et de ses poumons.

M. Eucène DEsmarEsr a mentionné dans nos mêmes Annales (année 1851, Bulletin, p. Lx), que M. Gratiolet, voulant conserver des Lézards verls, avail cherché à les nourrir au Muséum avec des larves de Calliphora vomiloria vivantes. Quelque temps après avoir pris celte alimentation, ces Lézards grossirent considérablement vers la région ventrale, et ils ne tardèrent pas à périr. A l’autopsie on trouva, dans l’intérieur du corps, des larves encore vivantes qui avaient perforé les parois du tube digestif.

Annales de la Société entomologique de France. 4 Série, lome HL (1863). PL. 2 a x b so) ns 1 $Ç 1° ?

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1. Acidalia luteolaria. Constant. 3. Déstipsidera mediolineata. Lucas 2, Leucania lüttoralis. Curtis. 4. Novomorpha Douét. Moner.

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