‹ [Travaux d'entomologie 1852-1865]Chapitre 105 sur 131 · INSECTE THYSANOURE DE LA FAMILLE DES PODURIDES · texte numérisé non relu

INSECTE THYSANOURE DE LA FAMILLE DES PODURIDES

Par M. le Dr Acexanone LABOULBÈNE.

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(Séance du 28 Septembre 1864.)

Dans l'explication des planches annexée à l’Iconographie du Règne animal de Guvier, on trouve la première mention de l’insecte qui fait le sujet de ce travail. M. Guérin-Méneville, après avoir parlé du sousgenre Achorutes, formé aux dépens du vieux genre Podura, s'exprime de la manière suivante : Nous avons trouvé au Tréport, en Normandie, près de l'embouchure d’une petite rivière, dans la partie couverte par les eaux de la mer à chaque marée, une innombrable quantité de petites Podures de ce sous-genre Achorutes, qui ne sautent pas et qui couvraient la vase dès que la mer était retirée. Comment ces petits animaux viventils quand il y a cinq ou six pieds d’eau de mer au-dessus des lieux où ils se Liennent? Peut-être retiennent-ils l'air nécessaire à leur respiration au moyen des poils qui couvrent leur corps. Cette petite espèce est noire, el longue de près d’une ligne; nous la nommerons Achorutes maritimus (1).

M. Paul Gervais, en rédigeant la suite des insectes Aptères de M. le baron Walckenaer, décrit ainsi l'Achorutes maritimus : Noir; long de près d’une ligne. Puis il ajoute : c'est une espèce incomplétement connue, Cette espèce ne saute pas. Est-ce bien un Achorute ? C’est ce que le peu qu’en a dit M. Guérin ne nous permet pas de décider (2),

Enfin, M. Nicolet, qui n'avait point connu cet insecte quand il publia ses belles Recherches pour servir à l'histoire naturelle des Podurelles, Va

(1) Iconographie du Règne animal de G. Cuvier, texte explicatif, t. IN, * D: 11, 1829-1844. (La figure 2e à laquelle le texte se rapporte porte la date de décembre 1836.)

(2) Histoire naturelle des Insectes Aptères, tome II, p. 439 (Suites à Buffon, Roret, 1844).

indiqué plus Lard dans son Essai sur une classification des insectes Aplères de l'ordre des Thysanures. M. Nicolet le place dans le genre Anoura sous le nom d’Anour« maritma, sans aucune description et en l’indiquant du Tréport (4).

Avant de remonter, aux sources bibliographiques, je pensais que l’insecte maritime qui va m'occuper était parfaitement connu; je croyais que les caractères spécifiques en étaient tracés, et qu’il avait été facile de le rapporter à un genre rigoureusement défini. Mes collègues ont pu voir qu'il n’en était point ainsi, et la suite leur ROUTE que tout ou presque tout restait encore à faire à cet égard.

1l y a déjà longtemps que je me suis attaché à l'étude des insectes sousmarins, en décrivant tout à tour l’Aepus (Trechus) Robinit (2); les Gamasus salènus, maritimus, halophilus (3), et les mœurs et l’anatomie de la Micralymma brevipenne (h), sous les divers états de larve, de nymphe et d’insecte parfait, L'étude de ce dernier insecte n’a pu être complétée qu'après divers séjours faits au Havre pendant trois années consécutives. Pendant que je recherchais la Micralymma, j'avais trouvé constamment l’Achorutes maritimrus, signalé par M, Guérin; cet insecte était devenu pour moi une connaissance personnelle très facile à rencontrer, je l'avais recueilli en grand nombre, je l'avais dessiné de profil et de face, en dessus et en dessous, j'avais entrepris l'étude de ses viscères intérieurs, et j'avais été surpris de l’extrème difficulté de cette étude.

Quand j'ai voulu revoir mes notes et mes dessins, j'ai été eflrayé des desiderata que je constatais. Les insectes conservés dans l’esprit-de-vin ne m'élaient que d’un secours médiocre, je demandais de nouveaux Achorutes vivants à tous les collègues qui allaient au bord de la mer. M. Jules Migneaux entendit mon appel et, dans le mois d'août 1868, il m'’envoya une petite provision d'insectes vivants, blottis sous les débris de roches et entourés de plantes marines, Que ce cher collègue reçoive ici mes remerciments pour son dévouement que j'ai bien souvent mis à l'épreuve, et qui jamais ne m'a fail défaut.

Il me restait encore certains points d'anatomie à élucider, ou plutôt quelques doutes à éclaircir ; aussi pendant l'automne de 4864, j'ai, avec mon ami le docteur Tilon, exploré la côte du Calvados et dans un séjour

(1) Annules de la Sociélé entomologique de France, 1847, page 388. (2) Voyez nos Annales de 1849, p. 23-37, pl. 2, no 1.

(3) Annales de 1851, p. 295-299, pl. 9.

(4) Annales de 1858, p. 73-110, pl, 2 et 3.

Recherches sur l’Anurida marilima. 707

à Arromanches, localité déjà explorée par MM. Aubé et Signoret (1), j'ai recueilli en quantité considérable l'Achorules maritimus, de lous les âges, vieux et jeunes, œufs et dépouilles laissées pendant la mue.

Soit au Havre, soit à Arromanches, cet insecte est excessivement commun, Il est très facile à trouver à la marée basse, dans les conditions suivantes :

1° En cherchant dans les fentes des rochers que la mer laisse à découvert, au pied des falaises, et en faisant éclater la pierre au moyen d’un ciseau à froid, ou d’une lame de fer, introduit dans les fissures, on voit les Achorutes maritimes rassemblées en grand nombre. Elles sont les compagnes habituelles des Micralymuma, mais elles sont bien plus répandues partout.

En même temps qu'on trouve les Achorutes adultes et d’un beau bleu ardoisé, on en voit aussi de très petites, qu'on doit considérer comme les larves des premières, et dont le tégument est blanchâtre ou jaunâtre. On remarque encore les œufs, gros et jaunes, disposés en plaques, ou en petits monceaux, et enfin des traînées blanches ayant l'aspect d’un mycelium, et qui ne sont autre chose que les enveloppes cutanées, ou les dépouilles formées par la peau ratatinée et déposée à chaque mue par ces insectes.

Les Achorutes mangent évidemment des petits Mollusques, si abondants sur les rochers submergés à la marée haute, car lorsque j'écrasais un de ces Mollusques pendant mes chasses, je voyais, au bout de cinq ou six minutes, un bon nombre d'Achorutes qui se réunissaient sur cette proie, et, par ce moyen, je pouvais en prendre jusqu'à une douzaine à la fois.

2° Auprès des fissures ou des fentes des roches, on trouve ordinairement des Achorutes, marchant lentement, en appuyant alternativement leurs antennes pour palper le sol sur lequel elles s'avancent. Toutes celles qui sortent de leurs retraites sont des individus ardoisés ou d’une teinte foncée.

3° En fouillant et en cherchant dans les plantes marines déposées sur le rivage où le flot les a rejetées, on trouve encore des Achorutes, mais en moindre quantité qu'au bord des fissures des roches, et surtout que dans les fissures ou fentes profondes el argileuses, leur gite habituel.

L'humidité est absolument nécessaire à ces insectes pour l'entretien de

(1) Annales de 1863, Bull, p. XxXXvI.

la vie: placés dans un air see, ils succombent rapidement. L'air chargé de vapeur d’eau et l'atmosphère saline, voilà les conditions de leur existence. J'ai pu conserver, pendant plusieurs semaines, un grand nombre de ces animaux placés dans des tubes de verre avec des plantes marines ; je les ai gardés ainsi à Paris pendant 22 jours au maximum. Les Achorutes se vassemblaient en grand nombre contre le bouchon ou sur un point de la paroi des tubes de verre. Quand j'avais jeté ces insectes dans l'eau de mer ou l'eau douce, ils n'étaient nullement mouillés, ils surnageaient aussitôt et marchaient assez vite à la surface du liquide. Loin de s'éviter les uns les autres, ils ne tardaient pas à se joindre, à s'agglomérer et à former un petit rassemblement très pressé.

La Poduride que j'ai observée au Havre et sur les côtes du Calvados appartient-elle à la même espèce que celle découverte par M. Guérin-Méneville au Tréport? Je n'ai point exploré celte dernière localité; mais, pour éviter la création d’un nom spécifique nouveau, j'ai conservé la désignation si caractéristique de maritima à l'insecte que j'ai pris au Havre et qui est identique avec celui des côtes du Calvados.

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