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Description de l’'ANURIDA MARITIMA

Plumbea, velutine cœrulescens, albido pilosa; stemmatibus quinque, nigris ; Larsis albicantibus.

Longitudo bis tertiam lineæ partem usque ad lineam æquat, aut paullulo eæcedit (1 3/4 à 2 millimètres d'; 2 à 2 1/4 et 2 1/2 millim. ®).

Habitat in sawosis Oceant littoribus, æstu decedente ambulans (Havre, Calvados, etc.). — Vulgarissima,

Corps d'une teinte ardoisée, avec des reflets bleuâtres et d’un aspect velouté (planche 44, fig. 1). Le dessous parfois d’une teinte plus claire, avec un fond un peu rougeâtre ou jaunâlre.

Tête triangulaire avec une partie élevée, irrégulièrement polygonale, située en avant et donnant attache aux antennes sur les côtés; un pli transversal en arrière, et sur lequel se rendent deux sillons perpendiculaires (fig. 2 et 4); Antennes épaisses, courtes el enchässées à leur base dans un repli du tégument; composées de quatre articles à peu près d’égale longueur, le premier le plus épais ; le quatrième, petit, arrondi à l’extrémité, mais n'étant pas très petit (fig, 5 el 10). Feux formés de chaque

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côlé par cinq stemmales ou cornées lisses, distantes et disposées suivant la figure 6 qui les représente pour le côté droit. En avant des yeux un organe anté-oculaire Où pro-slemmatique, composé chez l'adulte de sept espaces ovoïdes, arrondis, très noirs, entourés chacun d’une fine ligne claire, et laissant à leur centre commun une parlie claire; à leur sommet interne, après avoir enlevé la teinte pigmentaire noire, on remarque un petit cercle clair et arrondi (fig. 7 et 8).

Bouche fortement armée, constituée par un labre arrondi, des mandibules, des mächoires, et une lèvre inférieure (fig. 12). Ouverture buccale offrant point de saillies particulières. Mandibules paraissant agir latéralement, mais profondément cachées dans la bouche, ayant une base en forme d’anneau allongé, et un sommet large et fortement denté (fig. 14).

Mächoires pouvant sortir séparement de la cavité buccale, à mouvements dirigés d’arrière en avant, formées d’une base composée de trois articles. dont l'interne s'appuie sur la lèvre, dont l'externe s'articule avec une pièce falciforme et denticulée (fig. 40). Lèvre inférieure diMicile à voir, membraneuse, composée de deux lobes, entre lesquels on aperçoit une languette en forme de V irrégulier (fig. 13). Menton charnu fermant la bouche en dessous, à la manière du labre, en dessus.

Thoraæ constitué par trois segments; prothorax très étroit (fig. 2, 8 el 4); métathorax le plus grand des segments thoraciques. Chaque segment porle en dessous une paire de pattes; chacune de celles-ci, formée par cinq parties : une hanche courte, grosse, charnue, appliquée contre le corps ; une cuisse où fémur; une jambe où tibia: et um tarse d’un seul article, constitué par un crochet recourbé, pointu, lisse sur les bords (fig. 14 et 45).

Abdomen paraissant composé de six segments tant en dessus qu’en dessous ; le quatrième demi-segment le plus grand en dessus et plus grand encore en dessous. En dessus, les segments offrent tous des plis latéraux, et d’autres lransversaux en avant et en arrière de chaque segment (fig. 4, 2 el A); on trouve aussi des poils variables de longueur et irréguliers, sur les côtés, en dessus et en dessous du corps ; cependant quatre séries, deux de chaque côté, de poils égaux et plus grands existent sur le dessus des segments. En dessous, le premier segment présente sur la ligne médiane une fente longitudinale disposée en boutonnière, et bordée par deux lèvres latéreles, accolées et fort épaisses (fig. 3 et 4). Le cinquième segment est profondément échancré en arrière, On ne trouve aucun vestige d'appareil saltatoire, de fourche ou de repli articulé, sur aucun segment (fig. 3).

L’OEuf est arrondi, très gros par rapport au volume de l’insecte adulte, Lf Série, TOME IV. 5

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à peu près régulièrement arrondi, non ovoide avec une extrémité plus pelite. Gouleur d’un beau jaune de soufre (fig. 19).

L’insecte très jeune est blänchâtre, très petit; les jeunes sont jaunâtres ou orangés; les dépouilles des mues d’un blanc mat et ratatinées où plissées sur elles-mêmes.

La grandeur des individus les plus petits est de trois quarts de millimètre au plus; les jeunes colorés en jaune ont de trois quarts de millimètre à un millimètre entier; ceux qui ont la couleur ardoisée bleuâtre, mais encore privés d'organes génitaux internes, atteignent un millimètre et demi. Les adultes, que je regarde comme des mâles, onl un millimètre trois quarts à deux millimètres; enfin les femelles atteignent de deux millimètres jusqu’à deux millimètres et demi.

Examinons présentement les caractères spéciaux que nous offre cet insecte dans les diverses parties du corps, comparons-les à ceux des espèces voisines ; nous serons alors en mesure de les apprécier à leur valeur, et de placer cette Poduride dans le genre qui lui convient le mieux. «

Le corps, avons-nous dit, offre un aspect velouté et d’une teinte ardoisée à reflets bleus. Le légument est par lui-même incolore, et la coloration est due à un pigment déposé dans l'intérieur du corps sur la face interne de la peau. Ce pigment est granuleux, un peu moins abondant en dessous qu’en dessus; c’est à son absence qu'est due la teinte blanchätre ou jaunâtre des plis inter-segmentaires, et à sa quantité moindre que les tarses doivent leur coloration moins foncée.

Les très jeunes insectes n’ont pas de pigment, et les viscères blanchâtres sont aperçus librement à travers la peau ; les individus plus âgés sont jaunâtres où d’un jaune orangé. Gette couleur provient de nombreuses gouttelettes de matière grasse, ayant une belle teinte jaune ou orangée, goultelettes répandues dans tout l’intérieur du corps, et formant le tissu adipeux splanchnique.

Le tégument est très finement grenu à la surface extérieure ; la figure 8 représente celte disposition. Pour bien voir ce détail de structure, il est indispensable d'enlever le pigment interne. On y parvient en écrasant l'insecte, et en pressant le corps pour chasser les viscères, puis en lavant la dépouille à grande eau. Les dépouilles des mues sont très favorables pour étudier ces fines élévations arrondies ou ces granulations du tégument.

On peut voir les ocelles à la lumière réfléchie el avec une forte loupe, mais on les reconnaît bien mieux avec le microscope, après avoir vidé la

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tête aplatie entre deux lames de verre, et on apprécie seulement alors la disposition du singulier organe que j'appelle pro-stemmatique ou antéoculaire. Cet organe est formé par des espaces colorés tels que les représente la figure 7; leur couleur est très noire. Le nombre des cercles rapprochés varie de 7 à 8, le plus ordinairement il y en a 7, mais je dois noler que j'en ai trouvé parfois 8 d'un côté et 7 de l'autre. Sur les jeunes individus, la disposition est très curieuse, la figure 9 en donne une idée ; il existe alors 22 à 24 espaces comprimés et serrés les uns contre les autres, avec un espace central libre ; le tout rappelle la forme du fruit chez les plantes malvacées indigènes, entre autres les Malva et les Althæa. Quelque soin que j'aie mis à chercher si du point central il naissait un poil allongé ou toute autre production dermique, je dois dire que je n’en ai point trouvé. On ne peut se dissimuler, toutefois, que cet organe antéoculaire ressemble beaucoup à ceux que M. Nicolet a décrits, et figurés dans ses belles Recherches sur les Podurelles (1), et qui, placés sous la peau, servent de base aux gros poils qui se trouvent sur l'Anoura tuberculata (Achorutes tuberculatus Nicozer, olim). M. Nicolet ignore complétement, dit-il, l'usage de ces organes; je me borne à faire remarquer que ie n'ai pas trouvé de poil quien partit; de plus, que le nombre des cercles est variable avec l’âge: enfin, que l'organe que je fais connaître n’est point sous-cutané, La comparaison des dessins de M. Nicolet avec les miens fera comprendre toutes ces différences.

Le résultat le plus facile à obtenir dans l'étude de l'A. maritima est la mise en évidence d'organes buccaux. Dès mes premières recherches, j'avais vu les insectes de différents âges émellre par l’orifice buccal, tantôt une, Lantôt deux pointes, qu’ils faisaient mouvoir avec rapidité. De ces pointes aiguës à la bouche tout à fait inerme, ou formée seulement par une ouverture située à l’extrémilé d’une trompe conique, bouche qui caractérise ce genre Anowra, il y avait bien loin (2). Mais si l'existence de ces parties saillantes est très facile à constater, il n’en est point ainsi du reste de l'appareil buccal. 11 faut employer la dissection et surtout prendre des individus adultes et d’autres jeunes, leur écraser rapidement la tête, vider celle-ci du pigment interne, faire agir un liquide alcalin, l’eau distillée chargée de soude ou de polasse; et alors, après avoir sacrifié un grand nombre d'individus, on acquiert la certitude que

(1) H. Nrcozer, Recherches Pour servir à l'histoire naturelle des Podurelles, P. 24, pl. 2, fig. 14 et 15 (In Neuen Denkschriften der allgem. Sweizerischen Ce sellschaft für die gesammten Naturwissenschaften, Neufchatel, Band VI, 1842, — Le litage à part est daté de 1841).

(2) Annales de la Société enlomologique de France, 1847, p. 386.

non seulement la bouche de l'A. maritima n'est pas inerme, mais qu'elle est très compliquée. ;

En définitive, on trouve des mandibules (fig. 41), des mâchoires que je regarde comme telles à cause de leurs connexions (fig. 410), une lèvre pourvue d’une languelte (fig. 13). Cette dernière ne devient nettement visible qu'après avoir fait sortir au dehors les organes internes buccaux dans une préparation heureuse et après les avoir fait baigner dans une solution alcaline, en faisant pénétrer le liquide entre les deux lames de verre. Les espèces voisines du genre Anoura ont-elles la bouche constituée de même? je l'ignore; des recherches ultérieures décideront ; l'appelle l'attention sur les différences que j'observe entre la bouche des Podurelles, représentée par M. Nicolet (Loc. cit., pl. 4, fig. 5, 8), et celle de mon insecte.

Le premier segment abdominal présente chez tous les individus en dessous une ouverture longitudinale. En plaçant l’insecte de côté et en l'imprégnant d’une solution alcaline de potasse, on voit les bords de la fente médiane se gonfler et prendre une leinte rosée. On s'assure ainsi qu'il y a en cet endroit un pertuis à deux lèvres. Je n’en ai point vu sortir d’organe allongé pareil à celui des Smynthurus, ni même le cylindre blanchâtre signalé par M. Waga chez l'Achorules bielanensis (L). Notre insecte est dépourvu par conséquent du tube gastrique (Bourlet) décrit par M. Nicolet, et dont les fonctions sont encore fort obscures.

Le dessous du troisième segment est privé de tout vestige d'appareil saltatoire. Il n°y a plus rien qui rappelle les organes si remarquables des Orchesellu, Degeeria, et ceux des Podura, des véritables Achorutes, ni enfin ceux à l'état vertigiaire des Anurophorus (2).

Les poils qui revêtent le corps de notre insecle sont blanchätres et peu allongés. Les uns, plus courts, sont placés sans ordre ; mais deux séries de poils plus grands sont disposées sur les segments thoraciques et abdominaux (fig. 2). Il y aurait à la fois chez l'A. marilima la disposition des poils épars, réunie à celle des poils sériaux, si bien figurées toutes deux par M. Nicolet (loc, cit., pl. 4", fig. 8 et 9) dans les Achorutes murorum (Podura similata Nicouer, olim), et PAnurophorus ambulans (A. fime- Larius Nicozer, olim). (Voyez pour la synonymie nos Annales de 1847, p. 377 et 384.)

11 m'a été impossible de distinguer sûrement, et à l’aide de caractères

(1) Waca, Description d'un Iasecte aptère qui se trouve en quantité au environs de Varsovie (Ann. Soc. ent. France, 1847, p. 267). (2) Nicozer, loc. cil., pl. 3, fig. 10-18, 1841.

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extérieurs précis, les mäles des femelles. J'ai compris el longtemps partagé les hésitations que M. Nicolet à exprimées à ce sujet (Loc. cit., p. 42 et 44). Je me contente de dire ici que les individus les moins grands sont presque toujours des mâles, mais on ne peut avoir de certitude qu’en ouvrant leur abdomen.

Avant d'aborder la constitution anatomique de nolre insecte, nous devons maintenant à l’aide des caractères fournis par l'extérieur du corps décider à quel genre il appartient. La tâche n’est point exempte de dificultés.

En prenant pour guide le dernier travail de M. Nicolet sur la classification des Thysanures (Annales de 1847, p. 383), nous devons nécessairement nous restreindre au groupe des Lipurelles. La vraie Podura aquatica et les vrais Achorutes de Templeton auxquels il ressemble ont un appareil saltatoire très reconnaissable et du reste sautent fort bien.

Les Lipurelles comprennent les deux genres Anurophorus et Anour«. Les premiers ont un organe saltatoire rudimentaire et impropre au saut, leur bouche est armée, l'organe rétractile du ventre existe, mais il est court. Tous ces caractères, à part la complication buccale, manquent chez notre insecte. Je ne m’arrête ni au nombre des ocelles, ni à la forme des antennes qui sont variables d'espèce à espèce, el par conséquent n’ont pas de valeur générique. Les Anoura indiquées seulement par M. Gervais (1), mais caractérisées par M. Nicolet, auraient quatre ocelles de chaque côté de la tête et la bouche inerme. Notre insecte a cinq stemmates el surtout la bouche fortement armée. De plus, les Anoures sont solitaires, les femelles pondent des œufs isolés sur plusieurs points différents, et ne les réunissent jamais comme les Achorutes. Or notre Poduride est éminemment sociale et pond ses œufs en les réunissant en grand nombre.

On voit donc que nous sommes obligés de faire une coupe générique pour notre insecte qui ne peut rentrer dans aucun des groupes établis. Je propose de former pour lui le genre Anurida, qui rappelle sa ressemblance avec les Anoura.

(1) Annales de la Société entomologique de France, 1842, Bull,, p, xLvIL, € Histoire naturelle des Insectes Aptères, L. II, p. 442, 1844.

Genre ANURIDA,

(Anoura de « privalif, oupx, queue, appareil du saut, el ados, forme, aspect.)

Corps allongé, un peu dilaté en arrière, peu velu et non pourvu de gros mamelons. Antennes de quatre articles à peu près éqauæ, plus courtes que la tôle. Stemmates visibles, au nombre de cing. Bouche pourvue de mandibules el de mâchoires. Pas d’organe rétractile abdominal. Pas d’organe sallaloire ni de rainure ventrale. Pattes courtes, terminées par un seul ongle.

Tels sont les caractères du genre qui me paraît devoir être établi pour l'espèce remarquable qui la première vient y prendre place, et dont l’anatomie viscérale va nous offrir des particularités aussi curieuses qu'inattendues.

Il, Anatomie de l'ANURIDA MARITIMA,

Il est très difficile d'étudier les viscères internes ou la splanchnologie de l’Anwrida ; la peau, revètue de pigment à l’intérieur, ne permet pas de reconnaître les appareils renfermés dans les cavités du corps ; les très Jeunes individus seuls, dépourvus de pigment, laissent apercevoir par transparence l'aspect du tube digestif; mais comme ils n’ont point encore d'organes génitaux développés, ces derniers organes ne peuvent être appréciés que sur les adultes et seulement quand les téguments ont été divisés, excisés ou déchirés.

Après avoir fixé la tête de lAnwrida au moyen d'une fine épingle piquée sur une plaque de liége, et avoir de même immobilisé le train postérieur du corps, il convient de pratiquer une section latérale des téguments soil avec de fins ciseaux, ou avec une lancette bien coupante, ou une aiguille à cataracte. J'ai pu aussi, en (enant l’insecte avec les doigts, enlever d’un coup de ciseaux un lambeau tantôt dorsal, tantôt ventral. D’autres fois, il convient mieux d’arracher la tête pour avoir le tube digestif qui reste attaché dans une assez grande étendue. Au contraire, en arrachant l'extrémité abdominale, on amène les organes génitaux, Mais je dois noler que c'est à lravers des diflicullés persistantes qu'on

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parvient à saisir la configuralion des organes internes; l’insecle par la mollesse des parties du corps, la facilité avec laquelle il se rétracte et change de forme, soumet la palience de l’investigateur à de rudes épreuves, Enfin l'immersion des organes dans de l’eau pure ou dans d’autres liquides est indispensable pour aider à l'examen microscopique.

Je vais exposer successivement le résultat de mes recherches sur les appareils de la digestion, de la reproduction, de la respiration, et enfin sur le système nerveux de l’Anurida maritimu.

1. Appareil digestif. J'ai déjà insisté longuement sur la forme des organes buccaux. A la cavité buccale succède un æsophage grêle, dilaté postérieurement en un jabot (fig. 16). Le ventricule chylifique est très long, la surface en est lisse, non mamelonnée. L'éntestin gréle est très court ; puis on trouve le gros intestin dont la partie supérieure, ou cœcum, est dilatée, et l'inférieure ou rectum très courte (fig. 46). Je n’ai point vu de vaisseaux de Malpighi ; à mon avis, ils manquent totalement, je n’en ai aperçu aucun vestige dans les très nombreux insectes que j'ai ouverts, ni sur les jeunes individus que j’ai examinés par transparence.

M. Waga (1) avait indiqué la manière dont l’Achorutes bielanensis fail sortir de temps en temps, et avec une grande vitesse, les parties intérieures de la bouche. Je me suis assuré que ce sont les mâchoires qui ont ce mouvement d'avant en arrière. J'ai représenté les pièces que je regarde comme mandibulaires (fig. 11 et 12) telles que les préparations les montrent. Toutefois, je crois que leur position est dérangée, elles sont renversées très probablement dans cet état. Je m'explique difficilement le jeu de ces organes, mais leur existence est incontestable, et ils s’éloignent des mandibules courtes et très fortement dentées, représentées par M. Nicolet sur une Podurelle qu’il ne fait pas connaître (2).

On comprend que l’Anurida recherche les petits animaux écrasés, les Mollusques morts; la conformation de sa bouche lui permet de se nourrir de ces animaux, el rend compte de ses instincts carnassiers. De nouvelles investigations, que j'appelle de lous mes vœux, nous apprendront si les vraies Anowra ont une bouche inerme, et consistant seulement en un siphon aspirateur ou si, comme notre insecte, elles sont pourvues d’organes compliqués, mais cachés dans la profondeur d’une cavité buccale,

Le tube digestif presque droit, peu contourné, dépassant à peine la

(1) WaAGa, Loc. cit. (Ann. Soc. ent. France, 1842, p. 266). (2) Nrcorer, Recherches pour servir à l'histoire des Podurelles, p.34 el suiv., pl. 4, fig, 6, 7 eb 8.

longueur du corps, indique un insecle carnassier. L'absence des vaisseaux de Malpighi montre une dégradation organique remarquable. On trouve peu d'exemples de cette absence dans la série entomologique ; les Hémiplères des genres Coccus, Chermes el les Aphidiens ont seuls été trouvés dans le même cas par M. Léon Dufour; M. de Siebold à constaté le manque de ces vaisseaux chez les Strésiptères (1); M. Nicolet a représenté six vaisseaux de Malpighi chez l'Achorutes murorum, qui est sa Podura sémiluta olim (2). Je ne puis m'expliquer, chez des insectes aussi voisins que l’Ach. murorum et l'Anurida marilima, la présence des vaisseaux chez l’un et leur absence chez l’autre ; je me borne à la constater.

2, Appareil de la génération. S'il m'a été impossible de distinguer extérieurement les mâles des femelles des Anwrida, je n’ai pu, par la dissec- ‘ tion, que difficilement reconnaître la forme des organes génitaux internes. J'ai examiné ces insectes à la fin de l'été ou pendant l'automne : aurais-je eu plus de facilité au printemps ? Je signale cette lacune du temps d'observalion, en rappelant que M. Nicolet n’a jamais pu parvenir à se rendre compte des organes génitaux des Poduwrelles.

A. Les insectes les plus grands, ayant l'abdomen fort développé et qui après l’incision des téguments offrent des œufs dans la cavité abdominale, sont de toute évidence des femelles. Les œufs se détachent avec une extrême facilité. Jamais ils ne sont très nombreux, 3, 4 ou 5 au plus de chaque côté. Je suis parvenu à voir que chaque œuf est placé dans une très fine membrane d’enveloppe (fig. 18). II y a donc là une gaine ovigère à 8, 4 ou 5 loges au plus et terminée par un filament suspenseur réuni à celui du côté opposé. Plusieurs fois j'ai trouvé, au lieu de l’aspect moniliforme des gaines dû aux œufs superposés, une gaine à loges sessiles el où le jaune de l'œuf, ou vitellus, occupait une place centrale dans chaque loge (voyez la gaîne ovigère gauche sur la figure 18).

Les deux gaînes ovigères convergent vers le bas et se réunissent pour former un oviducte ; il m'a été impossible de trouver sur celui-ci la moindre trace de poche copulatrice ou de glandes annexées à ce conduit.

L’orifice vulvaire s'ouvre après le 6° segment ; il y a entre l’orifice générateur et l’ouverture anale une petite pièce segmentaire ou urite. Point de trace apercevable d’armure génitale, Notre Poduride est bien loin de présenter la complication de l’armure génitale des Thysanoures placées en tête de l'ordre, armure décrite et figurée avec soin par

(D) Ta. 0e Suesozo el H. Srannius, Analomie comparée, Encyclopédie Rorel, L, ler, 2e partie, p. 605, note 2, 1850. (2) Nrcozer, loc. cit., pl. 4, fig. 2.

Recherches sur l'Anurida maritima. 717

M. Lacaze-Duthiers, dans les Annales des sciences naturelles (Zoologie, 9° série, L. XIX, p. 37, planche 2, fig. 18 et 44, 1853).

L'œuf de l'Anurida maritima est gros, d’un beau jaune, tant dans les ovaires que lorsqu'il a été pondu. Aussi cette couleur jaune, jointe à celle du tissu adipeux splanchnique (fig. 20), plus particulièrement jaune chez les femelles, fait-elle penser que les insectes dont les plis intersegmenlaires présentent celte coloration sont des femelles.

En écrasant les œufs, on les trouve remplis de globules vitellins de nature graisseuse; ceux qui sont les plus avancés depuis la ponte renferment de jeunes Anurida dont les parties principales du corps sont reconnaissables ainsi que les pattes. Ges embryons, après être sortis de l'œuf ouvert, exécutent quelques mouvements très lents.

B. Les insectes les plus petits, vivement colorés d’une belle teinte ardoisée bleuâtre, sont presque toujours des mâles. A l'ouverture du corps on voit deux cœcums blanchâtres, de volume variable remplissant la cavité abdominale. Ges deux cœcums convergent vers l'extrémité du corps; je les regarde comme les testicules (fig. 47).

La réunion des deux testicules, dont la surface est un peu aréolaire el comme marbrée, constitue immédiatement un canal déférent sans aucune vésicule séminale annexée ; je n’ai pu voir ni verge, ni aucun organe copulateur. L'ouverture sexuelle mâle est placée exactement comme l'ouverture génitale de la femelle que j'ai décrite. Enfin, je me suis assuré que les organes de la génération, tant mâles que femelles, n’ont aucune connexion avec l'ouverture siluée sous le premier segment abdominal et dont j'ai parlé en décrivant l’insecle (voyez pages 709 et 749).

Dans les testicules, je crois avoir vu, mais à deux reprises seulement, des spermatozoïdes ; j'ai regret de ne pas les avoir dessinés. J’ignore comment à lieu l’accouplement de l'Anurida maritima.

3. Appareil respiratoire. Jusqu'à présent j'ai pu, quoiqu'avec difficulté, reconnaître et décrire les divers organes internes des deux grands appareils qui précèdent ; mais j'arrive à une conclusion inattendue et extraordinaire au sujet de l'appareil respiratoire.

L’Anurida maritima ne présente aucune trachée, ni aucune ouverture sligmatique.

Je supplie mes collègues de ne pas penser que j'agis à la légère en leur affirmant un fait aussi insolite. J'ai examiné un bien grand nombre d’insectes de loutes les tailles ; je suis Loujours arrivé au même résultat néga- Lil, J'ai envoyé à mon savant maître et ami, le professeur Charles Robin,

des Anurida vivantes, en le priant de me dire comment étaient faites el disposées les trachées, et cet anatomiste hors ligne, après un examen prolongé, m'écrivait en 4863 : « Je n'ai pas vu de trachées, je n’en trouve pas de traces ; vous pouvez affirmer qu’elles n’existent point chez cel insecte. » J'ai prié mon collègue le docteur Grenier, fort incrédule au sujet de l'absence des trachées et surtout des stigmates chez l’Anurida, de regarder de près l'insecte vivant et puis de lexaminer éntus el eætra. Il s’est retiré, après une longue séance d’élude, convaincu qu’on ne pouvait les reconnaître.

Ainsi, pendant plusieurs années j'ai vainement cherché un tube trachéen dans le corps de l'Anwrida, et cela sur plusieurs centaines de ces insectes. La difficulté de l'observation est grande sans doute, mais elle n'empêcherait pas de mettre les trachées en évidence. M. Nicolet est parvenu à les voir dans l'Achorutes murorum (Podura similata, olim) (4).

J'adjure les anatomistes qui observent au bord de la mer de rechercher les organes respiratoires de l'Anurida marilima, sans oublier les vaisseaux de Malpighi.

4. Appareil de l'innervation. H ne m'a point été difficile de reconnaitre les ganglions nerveux qui composent avec le cerveau l'appareil de l’innervation de notre insecte. Les ganglions sont au nombre de trois, deux thoraciques, l’autre abdominal, et ce dernier, fort gros, est en rapport avec les fonctions de la reproduction (2).

Il me reste, avant de terminer ces recherches sur le curieux insecte que j'ai étudié avec insistance, à parler de l’action que divers liquides exercent sur ses téguments ; le plus souvent cette action est négative : l'Anurida maritima est certainement l'insecte le plus difficile à mouiller que j'aie vu jusqu’à présent.

L'eau douce ou salée n’adhère en aucun point du corps ; l’insecte qu'on cherche à y plonger est entouré d’une grosse bulle d'air, et cela aussi bien sur les pattes ou sur les antennes que sur le dos ou le ventre. La glycérine ne mouille pas ou mouille très peu lAnurida ; la térébenthine est dans le même cas, ainsi que les vernis à l'essence. L'acide acélique agit peu à peu ; l'alcool très reclifié mouille assez bien le corps ; la solution alcaline de potasse ou de soude n’adhère pas de suite, mais l’action

(1) Nrcozer, loc. cût., p. 47, pl. 8, fig. 3 el 4.

(2) Au moment de la correction des épreuves, j'ai connaissance par le dernier Bericht über die Entomologie, publié par M. Gerstaecker, de deux Lravaux ana lomiques sur les Poduridæ, l'un de M. J. Lubbock, l’autre de M. E. von Olfers, Je regrette de n’avoir pu en profiler pendant la rédaction de ce travail. — A. L.

Recherches sur l'Anuridu marilima. 719

ne Larde pas à se manifester. L'éther est de tous les liquides celui qui mouille le mieux le corps de l’insecte. Je ne fais que mentionner la teinture d'iode qui m'a élé utile pour reconnaître les parties très pâles de la bouche, mais qui agit trop fortement sur les autres endroits du corps, après un contact assez prolongé,

Il me paraît résulter de l'étude qui précède que l'Anurida marilima est un insecte des plus curieux par son organisation ; c’est le représentant le moins compliqué dans ses organes de la famille des Thysanoures. A côté d'une armure buccale inaperçue, il manque de vaisseaux de Malpighi; ses trachées et ses stigmates sont invisibles; il est doué d’un tégument imperméable à la plupart des liquides qui s’'attachent si rapidement au corps des autres insectes. Jai expliqué jadis (Annales de 1849, p. 28) le mode de respiration des insectes sous-marins, et M. Coquerel à vérifié l'exactitude de mes prévisions ; mais en présence de l’Anurida sans lrachées et sans stigmates, je suis très embarrassé et réduit à admettre la respiration par la peau, ou par l'enveloppe cutanée. Il y aurait encore bien des suppositions à faire et toute une théorie à établir sur le curieux animal dont j'ai essayé de faire connaître l'organisme; mais je crois devoir m'arrêter ici, car j'aurais peur de me faire dire : assez d'hypothèses ; contentez-vous de nous exposer ce que vous avez observé.

Fig. 4. Anurida marilima fort grossie, et, à côté d'elle, mesure de sa longueur naturelle.

2. Le même insecte, encore plus grossi el vu en dessus. 3. Le même, vu en dessous.

. Le même, vu de profil.

5. Antenne très grossie, ainsi que toutes les figures suivantes,

ÿ. Ocelles du côté droit ; on voit tout à fait en avant l'organe prostemmatique.

7. Organe prostemmalique ou antéoculaire dessiné sur l’'insecte adulte, ayant le pigment sous-culané.

8. Le même organe après l'enlèvement du pigment ; on trouve en

dessous, à droite, la cornée d'un stemmate.

= en .

ea S

AL LABOULBÈNE. — Recherches sur l'Anurida marilima.

Organe prostemmatique d’une Anwrida marilima lès jeune.

. ‘Tête de l’insecte adulte, pour montrer la disposition des deux

mâchoires et la manière dont elles peuvent se mouvoir isolément, d’arrière en avant.

Mandibule détachée et isolée.

Ensemble de l’appareil buccal extrêmement grossi ; on aperçoit en dehors les mâchoires, puis les deux mandibules, et au milieu la lèvre inférieure.

Lèvre avec sa languette ayant la forme d'un V irrégulier.

Une des pattes de l'Anwrida maritimu.

Extrémité terminale de la jambe, et crochet unique représentant le tarse, extrêmement grossis.

Appareil digestif de l’Anwrida maritima. OEsophage court, dilaté en un jabot à la partie postérieure, Ventricule chylifique lisse, suivi d’un intestin grêle très court, puis d'un cœcum assez volumineux, enfin du rectum.

Appareil générateur 4 du même insecle, vu en dessus, Il consiste en deux gros cœcums blanchâtres.

Appareil générateur ©, représenté en dessous. On voit dans l’une des gaines ovigères quatre œufs de volume différent el arrondis, enveloppés d’une fine membrane terminée elle-même par un filament suspenseur. L'autre gaine renferme des loges sessiles el des vitellus espacés.

OEuf de l’Anuwrida maritima.

Granulations composant le corps graisseux splanchnique, vues à un fort grossissement.

NOTE

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