‹ [Travaux d'entomologie 1852-1865]Chapitre 31 sur 131 · I. SAINT-NIZIER DE PARISET · texte numérisé non relu

I. SAINT-NIZIER DE PARISET

Le7 juillet, dès six heures du matin, une corbeille (1) pouvant donner place à un grand nombre de voyageurs, stationnait devant l'hôtel des Trois-Dauphins, où la plupart d’entre nous avaient pris gîte. Le temps s'annonçait peu favorable, d’épais nuages couronnaient toutes les cimes autour de Grenoble.

Nous nous sommes mis en route, néanmoins, en partie sur le véhicule, et le plus grand nombre à pied. Vers sept heures et demie, la voiture arrivait au terme où par suite des difficultés du terrain elle devait s'arrêter. C'était sous la grande avenue de tilleuls séculaires qui forment un beau couvert devant le château de M. Félix Réal, ancien député du département. Notre Président sachant que le propriétaire. présidait aussi une Société savante, s'adjoignit l’Archiviste, et tous deux allèrent rendre visite à M. F. Réal, qui leur fit le plus gracieux accueil, ainsi qu’à la troupe pédestre de nos collègues qui arriva peu après.

(1) On désigne sous ce nom les chars-à-bancs servant aux excursions dans les environs de Grenoble:

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Celle-ci, sous la conduite de M. le professeur Verlot, qui avait bien voulu la diriger, avait suivi les magnifiques boulevards de la ville ; elle y constatait les dégâts causés aux ormes par la Galleruca calmariensis et une immense quan: tité de chenilles du Liparis dispar, qui, huit jours plus tard, s'étaient métamorphosées. Elle atteignit les bords du Drac par une pluie battante ; on ne put, ce jour là, rechercher les chenilles du Deilephila hippophaes sur l’arbrisseau qui les nourrit et qui croit si abondamment au bord de cette rivière torrentueuse (1). Bientôt elle commença à gravir la montée de Pariset et trouva une Faune et une Flore bien différentes de celles des plateaux du nord de la France. Les nuages s’éclaircissaient, la pluie cessait de tomber; les premiers rayons de soleil joyeusement accueillis permettaient de voir voler quelques Lépidoptères diurnes, et les mâles du Rhizotrogus ater. Nos collègues, après avoir atteint un petit plateau sur le sommet duquel on aperçoit la vallée du Graisivaudan, arrivaient devant le château de M. F. Réal.

Nous avions reçu, avec un accueil cordial, d’utiles ren seignements sur les moyens de gravir la montagne en partie couverte de roches au milieu desquelles il n'était pas tou— jours facile de trouver un passage. Mais la tâche, quoique rude, était loin de nous décourager ; on soulevait des pierres et les insectes de la zone sous-alpine commençaient à être pris. Dans de petites grottes et sur les rochers du parc, les lépidoptéristes recueillaient la Gnophos pullata, la G. fur-

(1) Le mauvais temps empêcha plusieurs de nos collègues d'aller à Seyssins pour y recueillir les chenilles des Sphinx vespertilio et ænotheræ sur l'Epilobium angustifolium.

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vata, et les Larentia tophaceata et olivata. On fit une halte au petit hameau de Pariset, pour y prendre un modeste repas qu’un bon appétit rendit excellent.

Pourquoi ne consignerais-je point ici un fait qui nous a frappés ? Il prouve que les montagnards ont gardé un reste des vertus et de la bonne foi primitives dont, trop souvent, on cherche en vain la trace chez les habitants de la plaine bien plus avancés en civilisation.

Après avoir payé notre déjeuner, dont le prix était fort modéré, nous donnâmes, à notre vieille hôtesse, la moitié d'un saucisson volumineux, apporté par précaution de Grenoble. La bonne femme voulait absolument réduire la carte déjà soldée, et ce ne fut qu'à grand’peine que nous avons pu lui faire accepter, comme don gratuit, cet échantillon des produits culinaires de la ville.

Le repas terminé, les nuages avaient disparu, un soleil radieux brillait sur nos têtes, nous partîmes pleins d’ardeur. Une vaste grotte située auprès du hameau fut explorée dans toutes ses profondeurs, et les amateurs de Géométrides et de ces Microlépidoptères, si intéressants à étudier, nous signalèrent la prise, par MM. Millière et Bruand, d’une jolie Platyomide, Tortrix dumicolana. On trouva dans cette grotte une variété d’un gris-blanc de la Gnophos pullata, les Acidalia contiguaria, incanaria var. Canteneraria, et bon nombre d'autres espèces dont j'aurai soin de vous donner plus tard la liste exacte.

Mais la chasse aux insectes, la recherche des plantes, avaient commencé de toutes parts en quittant les maisons, ou plutôt les chaumières de Pariset. Nous nous disposions à gravir la montagne de Saint-Nizier jusqu'au sommet tridenté, appelé les Trois-Pucelles. Il ne pouvait plus y avoir

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d'ensemble dans notre pérégrination; dispersés par petits groupes, nous ne devions plus nous réunir que pour le retour. On ramasse autour de Pariset, quelques Coléoptères, Aphodius scrutator, Staphylinus fossor et lutarius etc., M. Daube trouve la Capnodis tenebricosa ; dans une sorte de défilé, entre des roches, les Satyrus Hermione et cordula étaient très abondants.

Nous visitons un petit plateau où se trouvent les ruines d’une Tour, appelée Tour-sans-venin , bâtie, dit la légende, par Roland, et que devaient fuir tous les animaux venimeux. Près de là est un cimetière où la rareté des tombes indique à la fois le petit nombre d'habitants du hameau et leur longévité.

Aux environs de la Tour-sans-venin, nous aurions pu prendre abondamment le Parnassius Apollo qui planait ou volait doucement parmi une myriade de sombres Satyrus cordula ; ils formaient de la sorte un singulier mélange de blanc et de noir.

En continuant l'ascension, nous atteignimes la faune exclusivement alpine. Les noirs ÆErebia faisaient à leur tour ressortir les teintes dorées des Polyommatus virgaureæet eurydice. Puis les prairies pastorales nous offraient le Lycœna damon, la gracieuse Acidalia flaveolaria. Sur la Seabiosa sylvatica nous observâmes une assez grande quantité de Zygæna trifolii. Tout en butinant , et après avoir traversé les zones de sapins, où nous voyions les travaux de l'Anobium abietis, nous avons atteint la base des inaccessibles dentelures dont j'ai parlé. Nous trouvons alors, en soulevant des pierres, les Cymindis axillaris, Feronia Hagenbachii, Amara picea, etc.

La journée s’avançait, il fallait penser à regagner

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Grenoble, où notre première séance devait avoir lieu. La descente ne fut pas faite sans profit, car les Géomètres commençaient à sortir de leurs retraites. M. E. Martin prenait, près de Pariset, la Typhonia lugubris, mais il ne put trouver le fourreau de la chenille, malgré toutes ses recherches.

Ceux qui n’avaient point gravi les hauteurs et qui revenaient les premiers reçurent, chez M. Réal, un accueil non moins bienveillant que celui du matin. Il leur fit visiter sa belle propriété, d’où la vue des montagnes et de la magnifique vallée du Graisivaudan est vraiment admirable; il les conduisit, tout en leur communiquant ses expériences et ses recherches sur la conservation des vers à soie et leurs maladies, jusqu’à l’'Hermitage de Jean-Jacques Rousseau, faisant partie de son domaine. Plusieurs Sphinx pinastri furent trouvés venant d’éclore au pied des arbres qui avaient nourri leurs chenilles. Vers six heures du soir notre réunion était effectuée et nous partions pour Grenoble, où la première séance fut tenue; vous en connaissez déjà les détails par le procès-verbal que j'ai eu l'honneur de vous soumettre.

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