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les répéter. Mais puis-je ne point vous rappeler cette longue galerie des Cartes où sont représentées toutes les maisons de l'Ordre et où le Révérend Père Général voyait avec plaisir plusieurs de nos collègues, venus de loin, reconnaître des lieux qui leur étaient familiers ? Et la salle capitulaire avec la statue de Saint-Bruno, les portraits des cinquante premiers Généraux des Chartreux et la copie retouchée par Le Sueur, de la vie de Saint-Bruno, dont vous avez tous admiré au Louvre la belle collection originale? Pour moi, je l'avoue, j'ai regretté de les avoir vus trop vite, j'y suis revenu avec M. Goumain, nous y avons même copié plusieurs inscriptions, que je reproduis dans une note (4). Faut-il passer sous silence, la chapelle de Saint-Louis, si richement ornée, fondée par Louis XII, la chapelle des morts et le buste remarquable en marbre blanc, qui est sur la porte d'entrée? Je tiens à vous rappeler d’une manière toute spéciale, la chapelle dans laquelle le Révérend Père Général dit sa messe habituelle, et où il a eu la bonté de nous introduire. Le maître-autel est un curieux ouvrage de
(1) La sentence qui occupe la place où ne se trouvera pas de longtemps, nous l’espérons bien, le portrait du R, P. Général, est la suivante : Judicium durissimum his qui præsunt, fier.
Voici quelques-unes des inscriptions placées sur la porte des Chartreux, Cellule C. Tbit homo in domum æternitatis suæ. Omni momento ad ostium æœternitatis sto. — Cellule E. Vanitas vanitatum et omnia vanitas prœter amare Deum et illi soli servire. — Cellule G. Domine si sine te nihil, totum in te. — Cellule M. Quam amabilis est locus iste : non est hic aliud nisi domus Dei et porta cæli. — Cellule O. Pax huic domui. — Cellule X. Mane in secreto et fruere Deo tuo, — Cellule LL, Dum non es in patria, cella tua sit paradisus.
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marqueterie fait avec les racines de divers bois du désert de Chartreuse et très artistement ajustés. Il n’y a que deux stalles située l’une et l’autre de chaque côté devant l'autel; elles sont destinéesgux grands personnages qui ont seuls le privilége d’assister à cette messe.
Quel touriste n’a pas été frappé d’admiration en parcourant le vieux cloître éclairé par cent trente fenêtres et où les chapiteaux des colonnes sont d’une ciselure si délicate. Nous sommes passés respectueusement devant le champ du repos situé au milieu de ce cloître. Deux de nos collègues qui avaient vu le portrait d’un oncle parmi les Généraux de la salle capitulaire, ont retrouvé dans le cimetière le nom qu’ils cherchaient , sur la croix de pierre qui indique seule les tombes des supérieurs.
Il nous a été permis de voir un vénérable Père Chartreux dans sa retraite. Il réclamait les secours de la médecine , et réunis en consultation MM. les docteurs Boisduval , Cartereau et moi-même avons été heureux de les lui donner. Sa cellule , comme toutes celles des Pères, offrait une première pièce ou oratoire, et, à l'étage inférieur, un atelier et un petit jardin.
En revenant par les cloîtres, le silence que nous gardions a cessé un instant, une légère animation s’est manifestée dans notre petite troupe. C'était la découverte d’une Apamea captiuncula , espèce considérée jusqu’à ce jour comme exclusive aux Alpes de la Styrie et de l'Oural, et qui doit faire dorénavant partie de la Faune française.
Elle venait d’être prise dans le cloître même, sur la mu raille, auprès de l’une des fontaines où l’eau en tombant rompt seule le silence de cette solitude.
Le Révérend Père Général a bien voulu nous laisser péné-
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trer dans la cuisine où s’apprêtaient les repas auxquels nous faisions si bien honneur. Nous y avons remarqué des dalles gigantesques en dolomie , servant de tables et une exquise propreté. Dans la grande salle du réfectoire, nous avons touché les humbles objets qui servent aux vénérables Pères dans les repas que la règle leur permet de prendre en commun.
Le Révér. Père Général a eu encore l'extrême obligeance de nous montrer plusieurs manuscrits précieux renfermés dans sa propre cellule et de placer sous nos yeux les richesses de la bibliothèque du Monastère. Nous avons, M. Léon Fairmaire et moi-même, sollicité l'honneur de lui Offrir la Faune Entomologique Française, et j'espère, Messieurs et chers collègues, que vous donnerez un souvenir à l'ouvrage qui vous est dédié lorsque vous retournerez à la Grande-Chartreuse.
Après avoir remercié le Révérend Père Général, notre petite troupe se répandit au dehors et s’y dispersa dans toutes les directions. Ce jour là et pendant ceux qui suivirent, malgré un temps peu favorable, nous avons exploré la bergerie de Vallombrey, la ferme de Chartreusette, la montagne du Col d’où l’on découvre le lac du Bourget, le mont Bovinant, le mont Aliénard.
En soulevant des pierres, près de la bergerie et de Bovinant, nous avons trouxé les Feronia Prevostii cuivreuses, et leurs variétés noires ou bronzées, Feronia Hagenbachii, externepunctata, Yvanii, V'Athous Dejeanii & et &, le Corymbites cupreus, les Otiorhynchus armadillo et tenebricosus, etc. Sur les fleurs, et, entr'autres, sur la Spiræa aruncus, qu'on pourrait appeler la plante des précipices,
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étaient posées la Pachyta virginea, la P. octomaculata, et beaucoup d’autres espèces moins spéciales aux montagnes.
Nous nous sommes à plusieurs reprises rendus à la chapelle de Saint-Bruno, en passant devant Notre-Dame de Casalibus. Toutes les fois que le soleil brillait nous avons pu prendre, en fauchant dans les clairières ou les petites prairies, le Molorchus umbellutorum et diverses espèces d’Anthophaqus et d’Oreina.
M. Bellevoye a trouvé le rare Trigonurus Mellyi dans la mousse recouvrant un vieux tronc de sapin. L'Erebia Pyrrha se reposait sur les épis de l'Orchis globosa. La Geometra tinctaria n’était pas rare dans ces localités.
La prairie qui domine le Monastère nous a offert, au milieu de plantes superbes de végétation, des Lilium martagon, une grande quantité de Lépidoptères diurnes; parmi les autres insectes, je ne ferai que mentionner une très grande quantité de Locusta verrucivora, d'Acrydide, tels que les Stenobothrus scalaris, variegatus, et de la Tipula varipennis.
Autour du monastère, plusieurs espèces de Lépidoptères ont été prises; je dois vous signaler plus spécialement les ÆEupithecia semigraphata, Larentia infidata, flavicinctata , la variété citrinata de la Gnophos glaucinata, Tinea Cartusianella, etc.
Dans les bois de sapins qui se trouvent contre les rochers, M. Boisduval a remarqué sur la Dentaria pinnata, la chenille d'une Püéride, probablement la P. rapæ, qu'il ne s'attendait point à. trouver à une pareille hauteur et sur cette plante.
L’ascension du grand Som n'a pu être faite par la majeure
partie d’entre nous. Quelques-uns plus privilégiés ont attendu le beau temps pour atteindre ce sommet élevé. Leurs récoltes entomologiques n’ont pas été extraordinaires. L'exploration des sommets de Charmanson, de Chamechaude n’a pas donné de grands résultats.
La veille du départ officiel, plusieurs de nos collègues sont revenus à Grenoble, par la route du Sappey. Ils nous ont fait part de leurs impressions. En passant près de Saint- Pierre-de-Chartreuse, dont les maisons sont espacées au pied du mont de Chamechaude, jusqu’au col d'Entremont, et, en traversant le col de Portes, ils ont pris quelques Lépidoptères saxicoles. Je citerai la rare Polia dumosa trouvée par M. E. Martin, près du hameau du Sappey.
Notre Président avait été obligé, par suite de Ja disparition, pour ne pas dire plus, des plantes vivantes et destinées à son jardin qu'il avait recueillies sur le mont Bovinant, de revenir les chercher ; il avait gravi les hauteurs d’Aliénard. Il a rapporté avec les mêmes plantes plusieurs Coléoptères de ces régions alpines, Feronia et Oliorhynchus, et une galle de Rhododendron, dont l'habitant, à mon grand regret, ne s’est point développé. :
Quelques collègues retardataires étaient arrivés à la Chartreuse, dans les derniers jours. J'avais entendu dire que l'un d'eux était venu tout exprès de Saint-Étienne pour chercher la larve du Ceruchus tarandus. J'ai vu, en effet, les. captures que M. Chambovet était venu faire en toute assurance, grâce à la connaissance qu'il avait des mœurs de cette larve. Je tiens même à vous donner ici les renseignements que j'ai écoutés avec tant de plaisir à la Grande-Chartreuse.
Ces faits ont été observés par un collègue aussi modeste que zélé.
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Les larves de Ceruchus tarandus que M. Chambovet a élevées, ont mis quatre années pour se transformer en insectes parfaits. Il est probable, cependant, que ce terme doit être réduit de moitié dans l’état de nature, car, dans les éducations que l'on fait artificiellement, on retarde souvent les larves dérangées dans leur accroissement.
Les larves élevées provenaient d'œufs récoltés le 15 août 1854, et c’est à la fin du mois de mai de la présente année 1858 que M. Chambovet a obtenu l’éclosion d’une femelle. Les autres larves ne se sont pas développées complétement.
Ce n’est qu’en juin et juillet qu’on trouve à la Grande- Chartreuse, mais non pas toutes les années , des mâles et des femelles de C. tarandus; plus tard, du 10 au 20 août, on ne rencontre plus que des femelles occupées à pondre. A cet effet, elles perçent les troncs de sapins, renversés à terre et décomposés, d’un trou perpendiculaire d’abord
rond dans sa partie supérieure, puis
Z CO; ovale dans le reste de sa profondeur.
La partie ronde a le diamètre de la largeur de l’insecte; la partie ovale
ET == en a la largeur et la longueur, et
quelquefois trois ou quatre fois la = longueur lorsque deux ou trois fe- = melles s’y sont réunies. Quant à la =, D— profondeur, elle atteint le centre = Æ— de l'arbre et souvent le dépasse de =. CE : beaucoup. J'indique par un dessin =, D cette disposition facile à comprendre.
LH m= (1. Coupe transversale. 2. Coupe longi-
tudinale.)
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C’est dans la partie ovale que les femelles déposent leurs œufs, dans des entailles faites les unes au-dessus des autres aux deux pôles extrêmes de la cavité ovalaire et dans toute la hauteur. Les œufs sont d’un jaune ferrugineux , sans éclat, presque tomenteux. Ils sont recouverts avec soin dans leur loge d'un peu de sciure de bois bien tassée.
Après la ponte, il est sûr que les femelles meurent dans les trous qu'elles ont creusés, car, dans presque tous et à toutes les époques de l’année, on trouve leurs corps ou leurs débris.
Je m’abstiendrai de parler de la larve dont vous connaissez la description donnée par M. Mulsant, dans son Histoire naturelle des Lamellicornes de France, page 593.
M. Chambovet a remarqué encore que les larves, en petit nombre, qui ont atteint tout leur développement à la fin du mois d'août se changent en nymphe à cette époque et donnent l’insecte parfait en octobre. Notre collègue m'a écrit qu’il a vu éclore dans le courant de ce mois une des larves que j'avais vues à la Grande-Chartreuse; elle a produit un insecte femelle. Il est probable que ces insectes précoces passent l'hiver dans l’intérieur des troncs de sapins et n'en sortent qu'avec les autres éclos plus tard. On ne peut, en effet, trouver des individus avant le mois de juin.
M. Chambovet a observé les deux larves du Callidium rufipes et du Molorchus umbellatorum qui vivent dans les tiges mortes de la Ronce. La première après avoir acquis tout son développement entre l'écorce et le bois, pénètre dans la moelle pour s’y changer en nymphe; la seconde passe toute sa vie dans la moelle, où elle trace une longue galerie. Les deux insectes parfaits éclosent du 20 au 25 mai.
Voici quelques détails intéressants sur les larves de l’Hyle-
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cœtus dermestoides. Elles vivent dans les souches de Hêtre encore saines et revêtues de leur écorce. Elles perçent une galerie droite et horizontale de 20 à 25 centimètres de profondeur , d'égale largeur à peu près partout. Cette galerie, qu’elles élargissent à mesure que leur corps grossit, se termine à la surface de l'écorce par une très petite ouverture. Ce pertuis a probablement servi à l'introduction de l'œuf; la larve en profite pour nettoyer sa galerie, et ce sont les débris déblayés par cette voie qui dévoilent sa présence. Cette larve met deux années pour atteindre son développement complet; l’insecte parfait éclot du 5 au 15 mai.
Le fait le plus curieux de l'histoire de cette larve est la manière dont elle avance dans sa galerie. Son corselet se
‘ dilate ou se contracte latéralement, suivant la volonté de l'animal, non pas en se gonflant ou en se dégonflant tour à tour, mais bien en s’aplatissant ou en se creusant en tuile à canal, ses bords se relevant en haut. Elle prend de la sorte un point d'appui antérieur en aplatissant son corselet, le second point d'appui est fourni par la pointe cornée et fortement râpeuse qui termine son corps. Veut-elle avancer, elle archoute sa pointe terminale et s'étend le plus possible ; elle dilate alors son corselet et, se raccourcissant, elle arcboute de nouveau la pointe cornée, pour étendre de nouveau son corps et ainsi de suite. Ces mouvements sont très rapides, et, quoique la larve de l'Hylecœtus soit privée de pattes, elle s'enfonce rapidement au fond de son trou.
Une des larves que M. Chambovet a le plus facilement élevées, est celle de la Pyrochroa coccinea. Vous savez que mon vénéré maître, M. Léon Dufour, en a publié la description et l'anatomie dans les Annales des Sciences naturelles (2e série, tome XII, page 321, 1840). M. Chambovet
a constaté qu’elle se contente du liber décomposé et humide des arbres les plus opposés, tels que Peuplier, Chêne, Pommier, Noyer et Frêne. Il suffit, pour en avoir constamment, d'établir les unes au-dessus des autres, dans un grand pot à fleurs de jardinier, des couches de vieilles écorces garnies de leur liber et de combler les joints avec cette espèce de sciure produite par les larves des gros Longicornes. Quand le pot est presque rempli, on y met les premières larves de Pyrochroa qu’on a pu se Procurer, puis on le recouvre d'une gaze métallique. Les insectes qui naîtront s'y propageront indéfiniment si on laisse quelques femelles fécondées.
La durée totale de la vie de ces larves est de deux années. L'époque de leur éclosion est très irrégulière, mais c'est du 15 mai au 15 juin que paraît le plus grand nombre d'individus.
Après avoir eu les renseignements qui précèdent, nous allons faire une dernière promenade sur les prairies qui dominent la Chartreuse. Chemin faisant, je trouve la Strangalia aurulenta dans une souche de sapin. Sur les deux espèces de Cacalia nous prenons les Oreina, qui y sont abondantes. La Grande-Chartreuse attire nos regards et nous paraît, en quelque sorte, en relief avec son immense cloître rectangulaire, ses bâtiments d'entrée surmontés aux quatre angles par un toit aigu, ses clochers, son grand mur d’enceinte. En revenant par la prairie, je cueille plusieurs pieds de Campanula rhomboidalis qui me paraissent anormaux. Les fleurs offrent un gonflement de l'ovaire, et je constate qu’il est habité par des larves ou des nymphes. Je vous donnerai, en terminant mon Rapport,
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l'histoire de cette galle de la Gampanula rhomboidalis produite par un Curculionite.
Pendant cette dernière journée de notre séjour à la Chartreuse, et c'était un dimanche, nous avions assisté à l'office du matin, comme le lendemain de notre arrivée nous avions assisté à l’office de la nuit.
Vous vous rappelez, Messieurs, que l’église de la Grande- Chartreuse n’offre rien de saillant, au point de vue de l’architecture. Les Pères Chartreux occupent seuls le chœur, une séparation en boiserie surmontée d’un groupe sculpté, les isole des frères convers et donnés. L'office est psalmodié simplement; quand il touche à sa fin, les religieux se couchent à terre. Pendant sa durée, ils relèvent et abaissent plusieurs fois leurs capuchons blancs.
Les matines, ou l'office de la nuit, ont un caractère sépulcral. Les religieux arrivent successivement avec une lanterne, dont la lumière disparaît aussitôt qu’ils ont pris place dans leurs stalles. On n'aperçoit que vaguement les vêtements blancs au milieu des ténèbres, rendues visibles par la tremblante clarté de la lampe du chœur. Les chants s’élèvent et se poursuivent dans l'obscurité, puis ils cessent tout à coup pour recommencer sur le mème mode lent et grave.
Les préparatifs du départ ont été faits, en mettant à contribution la pharmacie du couvent, où nous avons trouvé du chloroforme pour asphyxier nos captures entomologiques et les empêcher de s’entre-dévorer. Nous y avons remplacé les flacons, qui ne se brisent que trop souvent pendant les chasses. De cette pharmacie assez complète sortent en foule des médicaments distribués gratuitement à tous les nécessiteux, et la liqueur si connue de la Chartreuse. Les rayons
offrent de curieux vases à médicaments d’une forme antique, et portant l'indication de leur contenu pharmaceutique, tracée en vieux caractères. Le frère jardinier a eu besoin de nos conseils pour les pieds d'Angélique couverts d’Aphis, qui leur étaient fort nuisibles. Appelé auprès de ces malades d’un nouveau genre, j'ai prescrit pour traitement les lotions savonneuses, et je sais que les plantes ont été débarrassées de leurs parasites.
Nous avons pris congé du Révérend Père Général des Chartreux en lui témoignant combien nous avions été touchés de l’accueil qui nous avait été fait, et nous avons quitté les bons Religieux, dont l'hospitalité restera toujours présente à notre souvenir.
En revenant par Saint-Laurent-du-Pont, et en suivant le cours du Guiers, j'ai eu pour compagnon M. Chambovet. J'étais sûr qu'il ne m'avait encore fait connaître qu’une partie de ses remarques entomologiques. Cet obligeant collègue m'a communiqué, de grand cœur, ses observations faites à Saint-Étienne, et l'intérêt que j'ai eu à les entendre m'engage à les rapporter.
Vous savez, Messieurs, que lesfemelles de l’Hoplia cærulea sont difficiles à trouver ; M. Mulsant signale ce fait, sur lequel M. Léon Dufour a pareillement insisté (1). M. Chambovet est parvenu à en prendre un grand nombre, et voici comment. Il avait essayé bien des fois de chercher, sur les bords de la Loire, la femelle de ce joli insecte au pied des plantes sur lesquelles les mâles étaient extrêmement communs. Je creusais laterre, me disait-il, je retournais les pierres
(1) Voyez Muzsanr, Lamellic, de France, p. 517, et L. Duroun, Ann, Sc. naturelles, L° série, IX, p. 5.
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sans rien trouver. Découragé, j'abandonnai ce système et me mis à étudier l'allure des mâles, qui, placés de manière à être bien éclairés par le soleil, se tenaient cramponnés au sommet des Saules nains au moyen de leurs quatre pattes antérieures, tandis qu'ils avaient leurs deux grandes pattes libres, relevées au-dessus de leurs élytres.
Insensibles à mon passage ou à mon approche, ces Hoplia& ne donnaient aucun signe de cette crainte, que l'instinct de la conservation produit chez la plupart des autres insectes. Or, comme ils n'étaient point endormis, mais en éveil, leur attitude n’était point. indifférente ou prise en vain. Pour m'en assurer, j'en ramassai un grand nombre que j'établis autour de moi, et j'attendis. Bientôt, je vis passer au vol un insecte peu brillant, que j'atteignis d’un coup de filet, c'était une femelle de cette espèce d’Hoplia, bientôt j'en eus pris une seconde, en une heure, j'en avais, par ce moyen, recueilli une douzaine.
J'étais curieux de savoir comment la réunion des sexes s’effectuait dans ce sérail de mâles où la femelle jetait le mouchoir. Je ne perdis pas de vue la première qui parut. Elle vint, après quelques détours, se poser sur un mâle aux aguets, qui, la saisissant aussitôt avec ses longues pattes élevées au-dessus de ses élytres, la fit glisser sous luiet s’en rendit maître.
Mais les choses ne se passent pas toujours aussi simplement. Il arrive parfois qu’au moment où une femelle s’abat sur un mâle un peu trop lent, elle s’envole de suite, ou bien un mâle, voisin du premier, ayant vu la femelle se poser, s’en empare sur le corps même du premier mâle. Il s'ensuit alors une lutte pendant laquelle d’autres mâles arrivent et les combattants ne forment plus qu’une boule
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vivante d’un azur brillant, jusqu'au moment où l’un d’eux est resté vainqueur.
La même femelle s’accouple plusieurs fois, puis elle s’enfonce dans la terre pour lui confier sa progéniture.
M. Chambovet a élevé un grand nombre de larves. Les babitudes de la plupart d’entr'elles sont connues. Mais comme les faits de cette nature ne perdent pas à être constatés plusieurs fois, je les consigne tels que notre collègue me les a communiqués :
Les larves des Pogonocherus pilosus et Grammoptera ruficornis vivent dans le canal médullaire du Lierre, et ne creusent une loge dans le bois que pour s’y métamorphoser. Elles éclosent du 10 au 30 mai.
Les Hallomenus fuscus, Orchesia micuns, Mycetophagus multipunclatus et Dorcatoma Dresdensis, vivent et subissent toutes leurs métamorphoses dans l'intérieur du Potyporus sulphureus desséché. Les insectes parfaits éclosent tous du 15 mai au 10 juin.
Les Lycoperdons morts ont fourni à notre collègue, les Pocadius ferrugineus, Golgia succinta, Lycoperdina bovistæ et Dorcatoma bovistæ: Tous ces insectes sont éclos au premier printemps. Cependant, il lui est souvent arrivé de prendre, vers la in d'octobre, des Pocadius et des Lycoperdina à l'état parfait.
Le Peuplier nourrit les larves du Melanophila decastigma et de l’Agrilus sexguittatus. Le premier est éclos du fer au 15 août, l’Agrilus, du 25 au 30 juin. Ces insectes déposent leurs œufs sur les arbres récemment abattus. La larve du Melanophila vit entre l'écorce et le bois, et, lorsque le moment de la transformation en nymphe approche, elle établit